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Les Indigènes du Royaume
Lettre ouverte à Caroline Fourest
Meriem Laribi

Jeudi 26 novembre 2009
Cela fait maintenant cinq années que je vous vois vous acharner
contre Tariq Ramadan de façon obsessionnelle et éhontée.
Aujourd’hui, je vous écris, non pas dans le but de vous dire ce
que je pense de cet homme, mais ce que je pense de ce que vous
faites. C’est votre démarche que je vais critiquer. Je n’ai ni
le temps ni l’envie de répondre dans les détails à ce que vous
déblatérez à son propos, pourtant, je le pourrais sans aucun
problème. Je pourrais démonter, point par point chaque
accusation que vous portez contre lui. Votre technique de
manipulation est vraiment simple à démonter. Ça vole tellement
bas !
En effet, vous prétendez tirer vos « citations » de Tariq
Ramadan, de manière objective, à partir de cassettes et vous
dites aux gens que ces cassettes sont très difficiles à obtenir.
Autrement dit, vous essayez de faire croire que vous avez fait
un énorme travail d’investigation pour obtenir ces
enregistrements. Laissez-moi rire ! La vérité est que ces
cassettes sont disponibles dans toutes les librairies
musulmanes, que vous les avez vous-mêmes achetées là et que vous
en faites des citations tronquées, sorties de leur contexte et
ornées de vos analyses bidons, anachroniques et islamophobes.
J’ai entrepris moi-même un travail de transcription fidèle de
ces enregistrements de conférences et j’espère pouvoir un jour
publier ces textes dans une compilation.
En fait, si ! Je vais vous dire ce que je pense de Tariq
Ramadan. Car même si vous ne le méritez pas, ceux qui vous
lisent et se questionnent, ceux que vous avez évoqués chez
Frédéric Taddeï le 16 novembre dernier, eux, le méritent. Les
gens victimes de votre désinformation sont victimes du système
politique actuel qui ne tend les micros qu’à ceux qui
l’arrangent. Vos lecteurs méritent donc d’entendre un autre son
de cloche. Je les invite d’ailleurs à aller voir Tariq Ramadan
en conférence et à ne pas hésiter à aller discuter avec lui
après celles-ci. Il est toujours ouvert au dialogue. La preuve,
c’est qu’il a daigné dialoguer avec vous.
J’ai rencontré Tariq Ramadan il y a presque six ans. Je l’avais
contacté par Internet au moment où il se faisait attaquer de
toute part après avoir publié un texte intitulé « Les
nouveaux intellectuels communautaires ». Son propos
politique m’intéressait mais, à l’instar des gens qui vous
lisent, j’avais une appréhension quasi phobique à discuter avec
une personne qui s’exprime à partir de références religieuses et
plus précisément islamiques. J’avais des raisons objectives
(contrairement à vous) d’être dans cet état. Etant Algérienne
exilée en France pendant les années 90, j’avais depuis l’âge de
huit ans subi au quotidien la pression des radicaux dans mon
pays. Je ne rentrerai pas ici dans des détails qui pourraient
vraiment vous montrer à quel point je pouvais être allergique au
discours politico-religieux car je n’ai pas entrepris cette
rédaction pour parler de moi.
J’ai donc rencontré Tariq Ramadan pendant la période où il a été
le plus médiatisé et attaqué. Il a pris deux heures pour
rencontrer une inconnue, une simple personne, sans aucun pouvoir
ni importance, qui demandait juste une confrontation d’idées.
Bien qu’acquise à ce qu’il avait pu dire sur les intellectuels
pro-israéliens, j’ai, pendant deux heures, testé sa tolérance
religieuse. Depuis six ans, je la teste.
Cette rencontre m’a donné de nombreuses leçons sur les préjugés.
Je lui ai dit mes doutes et mes questions. Il connait mes points
de vue et n’a jamais au grand jamais tenté de me convaincre de
quoi que ce soit. Tout ce qu’il m’a dit de religieux depuis six
ans, c’est : « que Dieu te protège ». Il ne juge pas, il
accompagne et n’impose rien. Que ceux qui vous lisent sachent
que Tariq Ramadan est un homme simple, ouvert, plein d’humour et
vit vraiment avec notre temps. Aucun rapport avec le personnage
sombre, archaïque et douteux que vous tentez de décrire. Tout ce
que vous dites est ridicule quand on le connaît, quand on
l’écoute et quand on le lit, avec son propre esprit d’analyse.
On n’a pas besoin de vous Caroline Fourest pour comprendre un
homme qui parle d’une manière on ne peut plus claire et
explicite. Personnellement, j’ai même assisté à des formations
qu’il a données en banlieue parisienne sur la manière dont les
Musulmans doivent s’investir dans l’espace public et il n’y
avait dans ses paroles que des critiques envers ces musulmans-là
pour les pousser à s’investir davantage, à partir de leurs
références et avec le message de paix et d’ouverture qu’offre
l’islam, dans l’espace public afin de combattre l’injustice
sociale en France. Je l’ai vu à de multiples reprises critiquer
violemment la tendance de renfermement sur soi qu’ont certains
musulmans. Que voulez-vous de plus ? Ou plutôt, que ne
voulez-vous pas ? Les entendre ces gens-là sans doute ! Qu’ils
viennent avec d’autres références que les vôtres défendre les
droits des Français de tous horizons. C’est cela qui vous
dérange.
Il y a une chose qui m’a marquée dans le discours de Tariq
Ramadan, c’est qu’il n’utilise jamais le verbe « tolérer ». Pour
lui, tolérer est déjà une forme de rejet. Il parle de « respect
» des personnes quelles que soient leurs orientations
religieuses, politiques ou sexuelles. Il parle de respect. Tu
existes, j’existe, tu as tes particularités et tes croyances,
j’ai les miennes, on se respecte, on vit ensemble. C’est ce que
dit Tariq Ramadan et vous, vous êtes une menteuse. Il maîtrise
son verbe et vous le caricaturez sciemment, il est précis et fin
et votre critique est grossière et malhonnête. Vous faites
l’idiote, celle qui aimerait bien le comprendre mais qui n’y
arrive pas, alors que vous comprenez parfaitement. S’il y en a
un qui travaille chaque jour pour le vivre ensemble, c’est lui.
S’il y en a une qui perd son temps parce qu’elle n’arrivera
jamais à détruire le libre arbitre et la pensée autonome des
gens, c’est vous !
Par ailleurs, la droiture, la persévérance et le calme de Tariq
Ramadan sont impressionnants. C’est un ouvrier de l’ouverture.
Il se décrit lui-même comme un pont qui tente de faire en sorte
que les cultures, non pas coexistent, mais s’ouvrent l’une à
l’autre et vivent ensemble dans le respect. Il explique la
laïcité aux Musulmans français, leur dit en permanence que
celle-ci ne s’oppose en aucune façon à leur religion et qu’ils
doivent respecter les lois du pays dans lequel ils vivent. Il
dit aux Français que l’islam n’est pas là pour menacer leur
existence et qu’en se renseignant un peu, ils verront que ce
n’est ni la religion d’indigènes barbares ni celle de
terroristes obscurs. Voilà ce qu’il dit. Il travaille avec
acharnement depuis plus de vingt ans à faire entendre une voix
islamique de paix et de dignité. Cessez de mentir !
Parlons de vous maintenant. Tariq Ramadan a fait preuve d’un
calme remarquable en face de vous chez Frédéric Taddeï.
N’importe quelle personne qui a les mêmes positions que lui, et
nous sommes des milliers et des milliers, ne vous en déplaise,
serait sortie de ses gonds au bout de quelques minutes. Vous
avez fait preuve d’une malhonnêteté intellectuelle comme j’en ai
rarement vu. Il ne pouvait ouvrir la bouche sans que vous ne
soyez, en bruit de fond, en train de commenter d’une façon
cynique et autoritaire. Pour qui vous prenez-vous exactement ?
Vous parlez comme si vous déteniez la vérité absolue sur toute
chose. Vous parlez « au nom des Algériens » ? Mais vous rigolez
ou quoi ? C’est grave de dire ça vous savez ? Pour qui vous
prenez-vous ? Qui êtes-vous ? Je vais vous dire qui vous êtes :
vous êtes une personne ingrate qui ne doit son existence
médiatique qu’à l’homme à terre sur lequel vous êtes en train de
boxer depuis cinq ans. Lâcheté. Heureusement que cet homme n’est
pas réellement à terre, que sa base - un nous, divers
et variés - ne le laissera pas tomber.
Caroline Fourest, voici maintenant ce que je pense de votre
démarche :
Je pense que Tariq Ramadan est votre fonds de commerce. Vous
n’existez qu’à travers lui. Vous savez pertinemment que son nom
fait vendre. Vous savez également que Tariq Ramadan n’est pas un
radical mais l’avouer vous ferait disparaître, donc, choix pro,
mieux vaut persévérer dans le mensonge.
La faiblesse de votre éthique est pitoyable. Vous ne méritez que
l’indifférence et quand vous aurez fini de vous agiter, j’espère
que vous réaliserez que vous êtes totalement passionnée par
Tariq Ramadan. Je ne connais rien en psychologie mais je
trouverais intéressant qu’on analyse votre comportement
convulsif au service du ronronnement médiatique qui se croit
dominant.
Vous ne dominez rien, vous ne touchez personne.
Le jour où vous vous réveillerez, posez-vous juste cette
question :
De Tariq Ramadan et vous, de qui se souviendront les gens,
l’histoire, les librairies, les bibliothèques ?
Vous avez déjà perdu… et vous le savez… et c’est ce qui vous
rend si haineuse.
Meriem Laribi, enseignante de français
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