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Stupidité politique
Ghassan Andoni


Une analyse qui accuse de stupidité les dirigeants des Etats occidentaux et particulièrement l’Europe. Stupidité au regard des résultats et du gâchis, car s’agit-il vraiment de stupidité ?

Si l’on en croit les déclarations répétées des représentants des Etats-Unis et de l’Europe, la démarche internationale dans le conflit Palestine-Israël serait fondée par les responsabilités historiques des deux côtés, les intérêts des pays occidentaux dans la région, « la guerre mondiale contre le terrorisme », le souhait d’élargir le conflit et de retenir le processus diplomatique comme la seule voie pour le résoudre.

La responsabilité historique émane de certains pays de l’Union européenne et des USA dont les erreurs ont dicté l’histoire moderne des Palestiniens et des Juifs, et en conséquence, ont sévèrement influencé leurs relations durant ces cent dernières années.

Considérant les responsabilités historiques et le souhait de désamorcer le conflit, toute une pile de résolutions et d’initiatives des Nations unies, résolument ambiguës, a été adoptée en 50 ans. Leur ambiguïté délibérée reflète un manque de volonté de la part de la communauté internationale pour imposer une solution au problème.

Même quand il n’est pas possible d’esquiver complètement les responsabilités historiques et avec un parti pris évident en faveur d’une partie au conflit, le manque d’intérêt - ou le manque de volonté - pour imposer une réponse à la crise, a laissé les pays occidentaux dans une position relativement distante.

Cependant, récemment, après la guerre du Golfe de 1991, une implication internationale plus forte dans le processus diplomatique a indiqué un tournant radical de la part des Etats-Unis en particulier, et des pays de l’UE à un moindre degré.

Apparemment, cette implication serait motivée par une « nécessité » d’intervenir militairement et directement dans la région et par le renforcement qui a suivi des groupes radicaux du Moyen-Orient, lesquels ont ciblé les sociétés et les intérêts occidentaux. On pourrait dire que le lien entre la poursuite d’une crise israélo-palestinienne ouverte et la radicalisation au Moyen-Orient est apparu plus évident aux dirigeants politiques des pays occidentaux.

La fenêtre ouverte par cette volonté grandissante internationale de s’engager activement dans la recherche d’une solution diplomatique a été, je crois, refermée par la stupidité politique.

La première stupidité vient de la définition du terrorisme. Celle-ci a été élargie au point d’ôter le droit aux pays occupées de résister contre l’occupant, au point de légitimer la violence des Etats - structures organisées - et de délégitimer une violence employée par un groupe de résistance, non institutionnel. En agissant ainsi, on ôté toute place à la discussion sur ce qu’est le droit légitime de se défendre soi-même ; ce droit n’est donné qu’aux seuls Etats, sans tenir compte des moyens utilisés, et il est refusé à des groupes de résistance qui ont combattu une occupation militaire pendant presque une décennie. Cette exclusion totale est apparemment appliquée, elle ne laisse aucune possibilité à de tels groupes de modifier leurs méthodes de résistance et les oblige à une position défensive.

En examinant les solutions pragmatiques, les pays occidentaux ont commis une deuxième stupidité. D’abord, et en contradiction avec les résolutions des Nations unies, qui servent de référence pour toute initiative politique, les USA ont abandonné, diplomatiquepment, leur position de médiateur et adressé des lettres de garanties à Israël. Ensuite, avec le triomphe du Hamas aux élections législatives palestiniennes, l’Europe a commis sa propre stupidité en suivant les Etats-Unis sur la voie du chantage politique contre les Palestiniens.

Inutile de dire que là existe une énorme différence entre déclarer le gel des relations avec le nouveau gouvernement palestinien - à cause des divergences politiques ou des réserves à l’égard de la nature idéologique de ce gouvernement - et conditionner les aides par des concessions politiques. En outre, et alors qu’il pourrait être légitime de demander au nouveau gouvernement de s’acquitter des obligations signées par son prédécesseur, il est illégitime par contre de conditionner l’octroi des aides par l’adhésion à une position politique dictée.

Une telle démarche a amené également les Européens à abandonner leur position ambiguë de médiateur entre les parties. Effectivement, il s’agit pratiquement d’une déclaration d’hostilité à l’égard de ce gouvernement démocratiquement élu. La question est : pourquoi l’Europe veut-elle se faire un ennemi inutilement ?

En Israël, Benjamin Netanyahu, qui s’est opposé officiellement à la signature des accords d’Oslo et à tout accord qui en découlait, est venu au pouvoir par des élections démocratiques. Il lui a été laissé tout l’espace et le temps de traiter des questions gouvernementales sans lui imposer des conditions ou le sanctionner. Netanyahu avait apporté avec lui une conception bizarre de la réciprocité ; or le même concept, mais venant du Hamas, est sanctionné aujourd’hui. Et Netanyahu avait obtenu non seulement le temps mais aussi le soutien pour essayer de modifier les accords signés antérieurement.

Je désapprouve personnellement le programme politique du Hamas, mais j’estime que la stupidité politique des réactions, tant du côté des Etats-Unis que de l’Europe, est plus nocive aux perspectives de paix au Moyen-Orient que les attitudes radicales, l’entêtement et la brutalité des deux parties au conflit.

Les Palestiniens n’auraient pas élu le Hamas s’ils n’avaient pas estimé que quelque chose de fondamental viciait le processus diplomatique, totalement gelé. Leur dénier le droit d’essayer de changer ce processus est la plus stupide des stupidités.


Ghassan Andoni
samedi 8 avril 2006 - http://www.imemc.org/content/view/1...
Traduction : JPP


 Source : CCIPPP
 http://www.protection-palestine.org/article.php3?id_article=2487


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