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Ce n’est pas pour défendre le Hamas, mais il n’est plus
possible de garder le silence sur cette farce internationale qui
se déroule sous nos yeux. Les Palestiniens ont opté pour le
Mouvement Hamas, d’une manière démocratique dont tout le monde
a été témoin. À vrai dire, je ne suis pas très heureux de ce
choix, quoique je le comprenne parfaitement. Mais que la démocratie,
dont les Américains nous ont rebattu les oreilles, se transforme
en serpillière, voilà ce qu’aucun être raisonnable ne peut
comprendre.
L’attitude des États-Unis et d’Israël face aux résultats
des élections législatives palestiniennes suscite le dégoût et
la colère. Qu’est-ce que c’est cette arrogance que seule une
puissance idiote peut engendrer ?!
Les sanctions se profilent à l’horizon, à croire que le
message des Américains aux Arabes stipule que la démocratie est
l’équivalent de la famine, de la misère et de l’isolement
international. De leur point de vue, la démocratie, c’est
choisir ce qu’ils décident pour nous, c’est-à-dire, ne pas
choisir et nous soumettre de facto à une dictature flagrante,
mais déguisée sous un autre nom. Rappelons que Rabin a été
assassiné en Israël et que les élections qui ont suivi cet
assassinat ont donné le pouvoir au Likoud. Rappelons aussi que le
Likoud était contre l’Accord d’Oslo et que l’unique préoccupation
de Netanyahu était de le vider de son contenu. Et pourtant, les
Américains n’ont pas brandi les sanctions contre Israël ni
menacé de lui couper les aides. Voilà qui s’appelle respect de
la démocratie ! Inutile d’ailleurs de rappeler comment le
Likoud avait enterré le processus de paix : nous avons
encore devant les yeux le spectacle des blindés israéliens détruisant
la Mouqataa, transformant la vie de Yasser Arafat en enfer
empoisonné.
Personne ne s’y était opposé alors, et les États-Unis, au
lieu de protéger l’initiative de paix qu’ils avaient parrainée
à la Maison-Blanche se sont empressé de diriger leur foudre sur
la corruption de l’Autorité palestinienne et sur le terrorisme,
supposé être le fait du leadership palestinien.
Sharon a assassiné la paix et, aujourd’hui, le gouvernement
d’Olmert fait main basse sur la Vallée du Jourdain, qui représente
le tiers de la Cisjordanie, proclamant que le maximum qu’on
pourrait concéder aux Palestiniens ce sont les bantoustans du
racisme, de l’humiliation et de l’ignominie.
Nonobstant, Madame Condaleeza Rice paraît surprise de la victoire
du Hamas ! Bush a fait pression sur le gouvernement
palestinien pour tenir ces élections, Israël a facilité l’opération
en autorisant la participation des habitants de Jérusalem. Nous
sommes en droit de nous demander s’ils étaient conscients que
les résultats allaient aboutir à cette situation et s’ils ont
saisi l’occasion pour parvenir à la solution finale en
exterminant politiquement les Palestiniens ? Sinon, sont-ils
si ignorants au point de s’étonner en constatant que la démocratie
ne signifiait en aucun cas la reddition, et que les Palestiniens
venaient de les mettre devant une conclusion inéluctable, issue
de la décision israélienne qui visait à saper la paix et à
tuer dans l’œuf l’idée même d’un État palestinien.
Non, il ne s’agit pas de défendre le Hamas ou son choix
politique et idéologique, il s’agit surtout de défendre la
logique. La logique démocratique stipule le respect des électeurs
en premier lieu. Pourquoi donc respecter le choix de la droite
raciste qui a aligné les Israéliens derrière Netanyahu, Sharon
et Olmert, et ne pas respecter le choix du Hamas voté par les
Palestiniens ?
Les Palestiniens viennent de ramener le problème à la case de départ :
Israël ne leur reconnaît pas le droit à un État, pourquoi
devraient-ils donc reconnaître l’État israélien ? La
colonisation s’étend en Cisjordanie, comment reconnaîtraient-ils
un État dont les frontières sont constituées par un flux
territorial qui ne cesse de dévorer leur terre ?
Il semblerait que le problème ne concerne pas les choix
politiques du peuple palestinien mais plutôt la politique générale
imposée par la droite sharonienne et qui peut se résumer en deux
points :
- Acculer le peuple palestinien à une guerre civile dévastatrice,
c’est-à-dire, pousser l’Autorité palestinienne et les
courants islamiques vers un affrontement militaire qui ne mènerait
nulle part. C’est ce que Yasser Arafat avait déjà refusé et
ce que le Fatah continue de refuser. Le consensus national
palestinien est clair à ce sujet.
- Imposer un règlement unilatéral qui consiste à annexer
60% de la Cisjordanie, brisant ainsi la continuité géographique
entre les bantoustans palestiniens.
Face à ces deux objectifs déclarés, l’administration américaine
se tient fermement aux côtés du sharonisme en incitant les
Palestiniens à considérer les actes d’Israël comme des
concessions douloureuses. En d’autres termes, disons que les États-Unis
continuent de berner les Palestiniens, tandis qu’Israël se
charge de les exterminer.
Aussi, face à la vision sclérosée vécue par le Fatah après
Arafat, le peuple palestinien a voulu affirmer qu’il entendait
marquer ses propres choix, à l’instar de tous les peuples
vivants sur la terre.
La réaction à son nouveau choix n’est pas très différente à
celle de son ancien choix. Lorsque les Palestiniens ont choisi le
règlement, ils ont reçu leur réponse par la destruction de la
Mouqataa. Lorsque Mahmoud Abbas a été élu et a refusé de
s’engager dans une guerre civile, il a été considéré comme
un non-partenaire et le désengagement de Gaza a été mené de façon
unilatérale. Aujourd’hui, les Israéliens refusent de traiter
avec le gouvernement du Hamas. Une question se pose alors :
si Israël était vraiment disposé à négocier avec le
gouvernement du Fatah, pourquoi cela ne s’était-il pas fait après
la disparition d’Arafat, qui était, selon eux, l’obstacle à
la paix ?
L’obstacle porte un nom unique : le choix israélien,
soutenu par les États-Unis que dominent les néo-conservateurs,
c’est le refus de la paix. Israël ne veut pas la paix pour la
simple raison qu’il veut la terre. L’équation du règlement
qui s’est incarnée dans sa forme la plus misérable dans
l’accord israélo-égyptien de Camp David consistait à négocier
la paix contre la terre. Il est vrai que cette équation
comportait beaucoup d’humiliation pour les Arabes, mais il
s’agissait surtout de récupérer la terre, quitte à ce que la
dignité n’en sorte pas entièrement sauve.
Or, en ce qui concerne l’affaire palestinienne, le problème est
différent : Israël veut à la fois la terre et la paix, les
Palestiniens n’ont qu’à souscrire au régime de l’esclavage
et de l’apartheid. Israël sait bien qu’il n’existe aucun
Palestinien raisonnable qui choisirait d’aller de son propre gré
à la mort, il a donc décidé de briser les Palestiniens, de les
appauvrir, de les humilier, en prévision de leur éradication sur
le plan politique. La véritable question est là. Aussi, il n’y
a pas de raison pour que le Hamas donne des leçons de
nationalisme aux autres.
Il s’agit de savoir comment le mouvement national palestinien
pourrait reprendre les rennes de l’initiative et comment il
pourrait mettre en place les mécanismes de la Résistance en vue
d’un long combat historique.
Elias Khoury
Al-Quds al-Arabi, 21 février 2006
Traduit de l’arabe par Rana Samara
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