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Index AI : MDE 15/020/2005
ÉFAI
Embargo : jeudi 31 mars 2005 (00 h 01 TU)
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Dans un rapport publié ce jour et intitulé Israël et Territoires
occupés. Les femmes face au conflit, à l'occupation et au
patriarcat (index AI : MDE 15/016/2005), Amnesty International déclare
que les autorités israéliennes et palestiniennes doivent prendre
des mesures concrètes pour mettre un terme aux souffrances des
femmes palestiniennes dont toute la vie est affectée par le
conflit.
«Les Palestiniennes sont les principales victimes de l'escalade du
conflit et des décennies d'occupation israélienne, tout en étant
soumises dans la société palestinienne à un ensemble de lois et
de normes qui font d'elles des êtres inférieurs», a déclaré
Amnesty International.
Le rapport examine les conséquences pour les femmes de l'escalade
de la violence et des restrictions sans précédent à la liberté
de mouvement imposées par Israël aux Palestiniens des Territoires
occupés. Il aborde également l'augmentation des violences contre
les femmes au sein de la famille ainsi que les lois et pratiques
discriminatoires.
L'ensemble de la population palestinienne des Territoires occupés
connaît un niveau de pauvreté et un taux de chômage sans précédent
ainsi que des problèmes sanitaires en raison des restrictions de
grande ampleur. Les entraves à la liberté de mouvement, le refus
de passage ou les retards aux postes de contrôle de l'armée israélienne,
ainsi que les bouclages et les couvre-feux provoquent de nombreuses
complications pour les femmes qui ont besoin de soins médicaux, et
entraînent, dans certains cas, la mort des malades.
De nombreuses femmes ont dû accoucher aux postes de contrôle, sur
le bord de la route, et plusieurs ont perdu leur bébé car les
soldats israéliens leur refusaient le passage. La peur de ne pas
arriver à temps à l'hôpital pour accoucher est devenue une source
profonde d'anxiété pour les femmes dans l'ensemble des Territoires
occupés. C'est ainsi que Rula Ashtiya, qui se rendait à l'hôpital
de Naplouse, a été contrainte d'accoucher sur un chemin de terre
à proximité du poste de contrôle de Beit Furik après que les
soldats israéliens eurent refusé de la laisser passer. Son bébé
est mort quelques minutes plus tard.
Cette femme a déclaré : «[…] Il y avait plusieurs soldats au
poste de contrôle ; ils nous ont ignorés […] Je me suis traînée
derrière un bloc de béton à côté du poste pour avoir un peu
d'intimité et j'ai accouché dans la poussière, comme un animal.
J'ai pris ma fille dans mes bras, elle a bougé un peu, mais elle
est morte au bout de quelques minutes.»
Amnesty International fait observer : «En sa qualité de puissance
occupante, Israël est tenu de garantir les soins médicaux nécessaires
aux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, et particulièrement
aux femmes enceintes, conformément à la quatrième Convention de
Genève. Israël a régulièrement ignoré cette obligation et l'armée
a souvent empêché des hommes, des femmes et des enfants
palestiniens de se rendre à l’hôpital.»
Les organisations médicales sont préoccupées par le nombre
important de femmes enceintes qui sont anémiées ainsi que par le
taux très faible de survie des femmes atteintes d'un cancer du sein
dans les Territoires occupés.
«Les bouclages et les restrictions imposées par Israël ont
d'autres conséquences négatives pour les Palestiniennes qui sont
empêchées de se rendre sur leur lieu de travail ou d'étude et
isolées de leur famille et de leurs réseaux de solidarité, a déclaré
l’organisation. Ceci est particulièrement préjudiciable pour les
femmes qui vivent loin de leur famille et qui sont confrontées à
des difficultés conjugales ou sont maltraitées par leur mari.»
Plus de 4000 habitations et de vastes étendues de terres agricoles
ont été détruites par l'armée israélienne depuis la fin de
l’année 2000, et des milliers de Palestiniens, des femmes et des
enfants pour la plupart, sont sans abri et dans le dénuement. Les démolitions
de maisons et les tensions qui en résultent souvent au sein des
familles affectent tout particulièrement les femmes.
Le rapport indique que les violences au sein de la famille ont
augmenté depuis quatre ans et demi, car la militarisation accrue du
conflit et la dégradation de la situation sécuritaire et économique
qui en découle ont exacerbé le problème d'inégalité des sexes
et le contrôle exercé par les hommes sur les femmes dans la société
palestinienne.
Les lois existantes sont discriminatoires à l'égard des femmes et
elles n'accordent tout au plus qu'une protection minimale aux
victimes de violences domestiques. Les responsables de l'application
des lois et les institutions judiciaires sont le plus souvent réticents
à appliquer la loi, voire incapables de le faire, et l'armée israélienne
empêche souvent les forces de sécurité palestiniennes de remplir
leur tâche. Qui plus est, dans la situation de conflit et de menace
extérieure accrue, il est plus difficile pour les victimes de déposer
une plainte pour des violences domestiques ou des questions
d'"honneur" qui sont considérées, dans la société
palestinienne, comme relevant du domaine privé.
Bien qu'il n'existe pas de statistiques fiables, on estime que les
violences contre les femmes au sein de la famille, notamment les
agressions sexuelles, le viol et les "crimes d'honneur"
ont augmenté depuis quatre ans et demi dans les Territoires occupés
; les responsables de ces homicides ne sont le plus souvent pas
traduits en justice.
Les femmes et les jeunes filles qui risquent d'être tuées par
leurs proches sont souvent dans l'impossibilité de s'enfuir en
raison des bouclages et des restrictions imposées par l'armée israélienne.
Rufayda Qaoud, dix-sept ans, a été violée par deux de ses frères,
et sa mère l'a tuée quand sa famille a découvert qu'elle était
enceinte. La mère, qui affirme avoir tué sa fille pour protéger
«l'honneur» de la famille, n'a pas été poursuivie.
«L'Autorité palestinienne doit prendre des mesures pour mettre un
terme à la violence contre les femmes, elle doit empêcher les
atteintes à leurs droits et ouvrir des enquêtes débouchant sur la
condamnation des responsables de tels agissements, a conclu Amnesty
International. Elle doit également amender les lois
discriminatoires à l'égard des femmes et notamment les articles du
Code pénal qui prévoient une peine légère pour les crimes commis
pour des raisons d'"honneur" ou l'exemption de poursuites
pour les violeurs qui épousent leur victime.»
Israël doit mettre fin aux bouclages et aux restrictions imposées
dans les Territoires occupés, garantir le passage et l'accès aux
soins médicaux sans délai pour les femmes enceintes, entre autres,
et mettre un terme à la destruction d'habitations et de biens
palestiniens.
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