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The Guardian
Un
accueil royal pour Israël
Tony Greenstein
Le 25 mars 2008
Le 7 avril, le prince
Philip sera l’hôte d’un dîner au château de Windsor organisé
par le Fonds National Juif (FNJ). Ils vont marquer le 60ème
anniversaire de création de l’état d’Israël. Cependant, ce
n’est pas un diner privé, et le FNJ n’est pas une
organisation ordinaire non plus.
Le FNJ a été créé en
1901 comme l'aile
en charge de la colonisation des terres de l'Organisation
Sioniste Mondiale. Il est devenu l’un des instruments principaux
impliqués dans la planification pour la dépossession et
l'expulsion des Palestiniens. Jusqu’à 1948, le FNJ a acheté
des terres pour la colonisation, souvent des propriétaires absentéistes,
et puis il a expulsé les paysans de ces terres. Contrairement à
la pratique normale sous domination coloniale, les Palestiniens
n'ont pas été réemployés comme ouvriers salariés, mais chassés
complètement des terres. C'était le concept des terres juives.
Mais même en 1947, moins
de 7% des terres de la Palestine avaient été achetées.
Le
FNJ a joué un rôle crucial dans la planification du nettoyage
ethnique de la Palestine. Dans les années conduisant à la création
de l'état d'Israël, le FNJ était une voix prépondérante dans
l'établissement d'un consensus au sein de la direction sioniste
pour le « transfert ». Bien que non discuté
ouvertement entre les dirigeants sionistes, il était admis qu'un
état juif ne pourrait voir le jour que si les Arabes aient été
transférés à l'extérieur de l'état. La Palestine était une
terre où à peine un tiers des habitants étaient juifs (ceci
en 1947 après une immigration massive des Juifs vers la Palestine
durant le mandat britannique et notamment pendant la deuxième
guerre mondiale, alors que leur nombre ne dépassait pas 13% en
1922, Ndt), et même dans la zone attribuée par l'ONU à un
état juif, à peine la moitié des habitants étaient juifs.
Comme chef du département de colonisation des terres, Josef
Weitz, a écrit dans son journal en 1940 :
« La
seule solution est de transférer tous les Arabes d’ici aux pays
voisins. Pas un seul village ni une seule tribu ne doivent être
laissés ».
[Ilan Pappe : Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, page 62]
Weitz
a formé plus tard sous l’autorité de David Ben Gourions, une
Commission de Transfert. Et entre 1947 et 1949, une possibilité
de mettre ces idées en pratique s’est présentée. Comme Tom
Segev l’a rappelé dans Haaretz, une réunion a eu lieu à Haïfa
le 27 mars 1948, concernant le sort des bédouins arabes
d’Al-Ghawarina dans la région de Haïfa. « Il faut les
faire partir d’ici, afin qu'ils ne viennent pas, eux aussi,
rajouter encore à nos problèmes », a écrit Josef Weitz
dans son journal personnel.
Le
FNJ occupe une position unique en Israël. Il est théoriquement
une organisation indépendante, mais en réalité il s'agit d'une
section de l’état en sous-traitance externe, contrôlée par
des bureaucrates non élus et irresponsables, réalisant des
fonctions que l'état lui-même ne peut faire ouvertement. Le FNJ
fonctionne comme un avant-poste idéologique du mouvement du Grand
Israël, et lorsque l'armée israélienne a rasé les villages
palestiniens d’Imwas, Yalu et Beit Nuba en 1967, et a expulsé
leurs habitants, le FNJ a pris en charge la construction du Parc
National du Canada sur leurs ruines.
Le
statut du FNJ a été formalisé par la loi KKL de 1953 (KKL =
FNJ ou Keren Kayemet Le-Israël, en hébreu, Ndt) selon laquelle
ses statuts d'association devraient être approuvés par le
ministre de la justice. En novembre 1961 une convention a été
signée entre l'état d'Israël et le FNJ qui accordait à ce
dernier le contrôle effectif de la politique de la répartition
des terres de l'état d'Israël qui, ensemble avec
l'Administration des Terres Israéliennes, contrôlaient 93% des
terres israéliennes. Selon l'article 3a de ses statuts, le FNJ a
été créé « dans le but d’installer les Juifs sur les
terres et les propriétés » qu’il pourrait obtenir.
La famille royale
britannique a un rôle constitutionnel plus important que leurs
privilèges privés. On les considère comme les représentants de
société britannique et on verra inévitablement leur invitation
au FNJ comme l'octroi d'un certificat royal d’approbation de la
Nakba, la catastrophe palestinienne. Le rôle britannique dans
l'armement des milices sionistes qui se sont attaqués comme des
loups sur des villageois en grande partie sans défense, tout en
écrasant le soulèvement national palestinien de 1936, est
suffisamment infâme pour se passer de la célébration de la
monarchie des conséquences de la perfidie britannique.
Ce n’est pas que
l'association entre la famille royale et les aspects les plus
barbares du colonialisme, soit quelque chose de nouveau. La
famille royale d'aujourd'hui peut tenir des dîners de gala pour célébrer
l'abolition de la traite négrière et rendre hommage à
Wilberforce (1759-1833, homme politique anglais et philanthrope
qui a combattu toute sa vie pour l’abolition de l’esclavage,
Ndt), mais quand l'esclavage était un intérêt général,
ses partisans les plus ardents étaient les membres de la famille
royale. Elisabeth I était entrée dans le monde des affaires
comme un partenaire du négrier John Hawkins, Charles II était un
actionnaire principal dans la Compagnie Royale Africaine (compagnie
anglaise de traite négrière entre 1672 et 1731 et puis de trafic
d’ivoire et d’or jusqu’à 1752 l’année de sa dissolution,
Ndt), et William IV, alors duc de Clarence, s’était prononcé
fortement contre l’abolition de la traite négrière et
l’affranchissement des esclaves à la Chambre des Lords.
Avec l’exception du cas
isolé de la Princesse Diana et sa campagne contre des mines
terrestres, la famille royale était associée aux aspects les
plus ataviques et sanglants du règne impérial britannique. De la
révolte indienne et le massacre d'Amritsar (le 13 avril 1919,
les soldats de l’armée de colonisation britannique tirent sur
un rassemblement politique pacifique à Amritsar, Pendjab, causant
379 morts et 1200 blessés environ, Ndt) au camp de la mort
Hola au Kenya (le 3 mars 1959 des prisonniers kenyans au camp
de détention de Hola furent battus durant 3 à 4 heures par les
gardes du colonisateur britannique provoquant la mort de 11
prisonniers et des blessures graves à 60, Ndt), la famille
royale était toujours associée au militarisme et à l'empire. Le
rôle du prince Harry en Afghanistan n’est qu’une suite de
cette histoire sans gloire.
En
1995, un couple arabe, les Kadans, a essayé d'acheter un
appartement à Katzir. Pendant 10 ans, le FNJ et l'Autorité des
Terres Israéliennes (ILA, Israeli Lands Authority) ont tenté
d'empêcher la location-vente des terres « juives » à
des non-Juifs. Finalement, la Cour suprême a statué que les
terres ne pouvaient être vendues qu’à des Juifs uniquement.
Cela a causé d'énormes embarras chez les Juifs du monde entier.
Comment les Juifs pourraient-ils protester contre l'antisémitisme,
alors qu’ils approuvent de manière flagrante des pratiques
racistes en Israël ? Le mouvement de réforme américaine, à
laquelle adhèrent la plupart des Juifs, a clairement condamné
cette pratique.
Cependant,
le FNJ lui-même, était loin d'être embarrassé. Il a entamé
une campagne visant à annuler la décision du tribunal, et l'été
dernier il a déposé un projet de loi à la Knesset, qui a été
votée en première lecture par 64 contre 16 voix. Sous le titre
« KKL-FNJ - Tutelle pour le peuple juif sur sa terre »,
le FNJ écrit
sur son site que:
« Un
sondage commandé par KKL-FNJ révèle que plus de 70% de la
population juive en Israël s'oppose à l'attribution des terres
KKL-FNJ aux non-Juifs, tandis que plus de 80% préfère la définition
d'Israël comme état juif, plutôt que comme l'état de tous ses
citoyens ».
Les
implications sont claires. Si Israël est un état juif, alors il
ne peut pas être un état de ses citoyens, et encore moins un état
démocratique. Cette situation a incité le journal libéral israélien,
Haaretz, de publier un
franc éditorial intitulé "Un état juif raciste",
dans lequel il écrivait :
« Chaque
jour, la Knesset a la possibilité d'adopter des lois qui pourront
faire progresser Israël comme un état juif démocratique, ou le
faire transformer en un état juif raciste. Il y a une ligne très
fine entre les deux [situations]. Cette semaine, la ligne a été
franchie ».
Même
le vieux journal posé ‘Jewish Chronicle’ a lancé
un débat : « Est-ce que c’est raciste de réserver
des terres israéliennes pour les Juifs uniquement ? »
Pourtant,
ceci fait partie d'un débat plus large sur le « problème démographique »,
qui n’est qu’un abrégé de « le fait est qu’il y a
trop d'Arabes ». Des universitaires tels que le professeur
Arnon Sofer, de l'Université de Haïfa, sont bien
clairs sur ce « problème » :
« Il
ne faut pas oublier que le même jour où les forces de défense
israéliennes déploient des efforts et parviennent à éliminer
tel terroriste ou tel autre, dans cette même journée, comme dans
tous les jours de l'année, à l'intérieur des territoires à
l'ouest d'Israël, plus de 400 enfants sont en train de naître,
dont certains deviendront de nouveaux auteurs d'attentats-suicide ».
Le
FNJ se trouve de l'autre côté de la clôture que ceux qui
veulent voir Israël comme un état de tous ses citoyens, et pas
seulement les Juifs. C’est déjà dommage que notre premier
ministre, Gordon Brown, soit un mécène du FNJ. Mais, pour la
famille royale, recevoir comme leurs invités ceux qui se
consacrent au maintien d'Israël comme un état de seulement une
partie de ses citoyens, est une honte.
Une
lettre du brigadier Sir Miles Hunt Davies, le secrétaire
personnel du duc d'Edimbourg, cherche à excuser l’accueil royal
du FNJ en affirmant que « les recettes du dîner vont à un
certain nombre d'associations de bienfaisance, dont l'une sera
‘Le Prix Israélien de la Jeunesse pour les Jeunes’ (Israeli
Youth Award for Young People),
qui est la branche israélienne du ‘Prix du Duc d’Edimbourg’
(Duke of Edinburgh’s Award). Cette association de bienfaisance
joue un rôle important en essayant de combler le fossé entre les
jeunes de toutes confessions et origines, dans différents
endroits dont Israël et la Jordanie ».
Ainsi,
selon cette logique, la famille royale sera l'hôte d'un dîner
pour une organisation qui est clairement discriminatoire à
l'encontre des Palestiniens et des non-Juifs, car les recettes
seront versées à une organisation de bienfaisance qui,
apparemment, fait tout à fait le contraire. Il fallait y penser.
http://commentisfree.guardian.co.uk/tony_greenstein/2008/03/israels_royal_welcome.html
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