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Les USA, Empire de la barbarie
Le secret de
Guantánamo
Thierry Meyssan

Détenu sortant d’une séance
de conditionnement à Guantánamo
Mercredi 28 octobre 2009
Vous pensez être informé sur ce
qui s’est passé à Guantánamo et vous vous étonnez que le
président Obama n’arrive pas à fermer ce centre de torture. Vous
avez tort. Vous ignorez la véritable finalité de ce dispositif
et ce qui le rend indispensable à l’administration actuelle.
Attention : si vous souhaitez continuer à penser que nous avons
des valeurs communes avec les États-Unis et que nous devons être
alliés avec eux, abstenez-vous de lire cet article.
Chacun se souvient de ces photographies de tortures qui
circulaient sur Internet. Elles étaient présentées comme les
trophées de guerre de quelques GI’s. Néanmoins, les grands
médias, ne pouvant en vérifier l’authenticité, n’osaient pas les
reproduire. En 2004, la chaîne CBS y consacra un reportage. Ce
fut le signal d’un grand mouvement de dénonciation des mauvais
traitements infligés aux Irakiens. La prison d’Abu Ghraib
montrait que la prétendue guerre contre la dictature de Saddam
Hussein était en réalité une guerre d’occupation comme les
autres, avec le même cortège de crimes. Sans surprise,
Washington assura qu’il s’agissait d’exactions perpétrées à
l’insu du commandement par quelques individus
non-représentatifs, qualifiés de « pommes pourries ». Quelques
soldats furent arrêtés et jugés pour l’exemple. Le dossier était
clos jusqu’aux prochaines révélations.
Simultanément, la CIA et le Pentagone
préparaient l’opinion publique aux États-Unis et dans les États
alliés à changer de valeurs morales. L’Agence avait nommé un
agent de liaison avec Hollywood, le colonel Chase Brandon (un
cousin de Tommy Lee Jones) et engagé de célèbres écrivains
(comme Tom Clancy) et scénaristes pour écrire de nouveaux films
et séries télévisées. Le but : stigmatiser la culture musulmane
et banaliser la torture dans la lutte contre le terrorisme.
À titre d’exemple, les aventures de l’agent Jack Bauer, dans la
série 24H, ont été abondamment subventionnées par
l’Agence pour que chaque saison repousse un peu plus loin les
limites de l’acceptable. Dans les premiers épisodes, le héros
intimide des suspects pour leur extorquer des renseignements.
Dans les épisodes suivants, tous les personnages se soupçonnent
les uns les autres, et se torturent à leur tour, avec de moins
en moins d’états d’âme et de plus en plus de certitude du devoir
à accomplir. Dans l’imaginaire collectif, des siècles
d’humanisme furent balayés et une nouvelle barbarie s’imposa. Le
chroniqueur du Washington Post, Charles Krauthammer (par
ailleurs médecin psychiatre) pouvait présenter l’usage de la
torture comme « un impératif moral » (sic) en ces temps troublés
de guerre contre le terrorisme.
Vint la confirmation par l’enquête du
sénateur suisse Dick Marty au Conseil de l’Europe que la CIA
avait enlevé des milliers de personnes dans le monde, dont des
dizaines, voire des centaines sur le territoire de l’Union
européenne. Puis ce fut l’avalanche de témoignages sur les
crimes perpétrés dans les prisons de Guantánamo (Caraïbes) et de
Baghram (Afghanistan). Parfaitement conditionnée, l’opinion
publique des États membres de l’OTAN accepta l’explication qu’on
lui donna et qui cadrait si bien avec les intrigues romanesques
dont elle était abreuvée : pour sauver des vies d’innocents,
Washington avait recours à des pratiques clandestines ; on
enlevait des suspects et on les faisait parler par des méthodes
que la morale réprouve mais que l’efficacité commande.
C’est à partir de cette narration simpliste que le candidat
Barack Obama s’est dressé contre l’administration Bush sortante.
Il a érigé l’interdiction de la torture et la fermeture des
prisons secrètes en mesures phares de son mandat. Dès son
élection, durant la période de transition, il s’est entouré de
juristes de très haut niveau qu’il a chargé d’élaborer une
stratégie pour clore ce sinistre épisode. Une fois installé à la
Maison-Blanche, il a consacré ses premiers décrets présidentiels
à la mise en œuvre de ses engagements en la matière. Cet
empressement a conquis l’opinion publique internationale, a
suscité une immense sympathie pour le nouveau président et a
rénové l’image des États-Unis dans le monde.
Seulement voilà : un an après l’élection de
Barack Obama, si quelques centaines de cas individuels ont été
réglés, rien n’a changé sur le fond. Guantánamo est là et ne
sera pas fermé dans l’immédiat. Les associations de défense des
droits de l’homme sont formelles : les violences contre les
détenus ont empiré.
Interrogé à ce sujet, le vice-président Joe Biden a déclaré que
plus il avançait dans ce dossier, plus il découvrait des aspects
qu’il ignorait jusque là. Puis, énigmatique, il a mis en garde
la presse, assurant qu’il ne fallait pas ouvrir la boîte de
Pandore.
De son côté, Greg Craig, le conseiller juridique de la
Maison-Blanche, a souhaité présenter sa démission, non qu’il
considère avoir failli à sa mission de fermer le centre, mais
parce qu’il estime désormais qu’on lui a confié une tache
impossible.
Pourquoi donc le président des États-Unis ne
parvient-il pas à se faire obéir ? Si l’on a déjà tout dit sur
les exactions de l’ère Bush, pourquoi évoquer une boîte de
Pandore et que craindre ?
C’est qu’en réalité, le système est plus
vaste. Il ne se limite pas à quelques enlèvements et à une
prison. Surtout, sa finalité est radicalement différente de ce
que la CIA et le Pentagone ont fait croire.
Avant de commencer notre descente aux enfers, il convient de
lever une confusion.

Le secrétaire à la défense
Donald Rumsfeld a participé aux réunions du Groupe des Six
chargé de choisir les tortures mises en œuvres par les forces
US. Ici, il visite la prison d’Abu Graib (Irak).
Contre-insurrection
Ce qui a été fait par l’Army à Abu Ghraib, du
moins au début, n’avait rien à voir avec ce qui est expérimenté
par la Navy à Guantánamo et dans ses autres prisons secrètes. Il
s’agissait simplement de ce que font toutes les armées du monde
lorsqu’elles se transforment en police et affrontent une
population hostile. Elles la dominent en la terrorisant. En
l’occurrence, les Forces de la Coalition ont reproduit les
crimes commis lors de la Bataille d’Alger par des Français
contre des Algériens qu’ils appelaient encore leurs
« compatriotes ». Le Pentagone a rappelé le général français à
la retraite Paul Aussaresses, spécialiste de la
« contre-insurrection », pour qu’il briefe les officiers
supérieurs.
Durant sa longue carrière, Aussaresses a
accompagné les États-Unis partout où ils ont livré des « guerres
de basse intensité », principalement en Asie du Sud-Est et en
Amérique latine.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les
États-Unis installent deux centres de formation à ces
techniques, la Political Warfare Cadres Academy (Taiwan) et la
School of Americas (Panama). Des cours de torture y furent
dispensés aux responsables de la répression dans les dictatures
asiatiques et latino-américaines. Dans les années 60-70, ce
dispositif fut coordonné au sein de la World Anti-Communist
League, où siégeaient les chefs d’État concernés [1].
Cette politique prit une ampleur considérable lors des
opérations Phoenix au Vietnam (neutralisation de 80 000
individus soupçonnés d’appartenir au Viet Cong) [2]et
Condor en Amérique latine (neutralisation des opposants
politiques à l’échelle du continent) [3].
Le schéma articulant des opérations de nettoyage de zones
insurgées à des escadrons de la mort a été appliqué à
l’identique en Irak, notamment lors de l’opération Iron Hammer [4].
La seule nouveauté est la distribution aux GI’s d’un classique
de la littérature coloniale, The Arab Mind, de
l’anthropologue Raphael Patai, avec une préface du colonel
Norvell B. De Atkine, patron de la John F. Kennedy Special
Warfare School, nouvelle dénomination de la sinistre School of
Americas depuis qu’elle a été déménagée à Fort Bragg (Caroline
du Nord) [5].
Ce livre, qui présente sur un ton savant des préjugés stupides
sur les « arabes » en général, comprend un célèbre chapitre sur
les tabous sexuels qui a inspiré les mises en scène d’Abou
Ghraib.
Les tortures commises en Irak ne sont pas des
cas isolés, comme l’a feint l’administration Bush, mais
s’intègrent dans une stratégie de contre-insurrection. Le seul
moyen d’y mettre fin, ce n’est pas de les condamner moralement,
c’est de résoudre la situation politique. Or Barack Obama
repousse toujours à plus tard le retrait des forces étrangères
d’Irak.

Auteur à succès, inventeur
de la psychologie positive, professeur à l’université de
Pennsylvanie et ancien président de l’American Psychological
Association, Martin Seligman a supervisé les tortures
expérimentées sur les prisonniers à Guantanamo.
Les expériences du professeur
Biderman
C’est dans une toute autre perspective qu’un
psychiatre de l’Armée de l’air, le professeur Albert D. Biderman,
étudia pour la Rand Corporation le conditionnement des
prisonniers de guerre US en Corée du Nord.
Bien avant Mao et le communisme, les Chinois avaient mis au
point des méthodes raffinées pour briser la volonté d’un détenu
et lui inculquer des aveux. Il les avaient utilisées durant la
guerre de Corée et avaient obtenu quelques résultats : des
prisonniers de guerre US avouant avec conviction devant la
presse des crimes qu’ils n’avaient peut-être pas commis.
Biderman présenta ses premières observations lors d’une audition
au Sénat, le 19 juin 1956, puis à l’Académie de médecine de New
York, l’année suivante (Voir documents téléchargeables
ci-dessous). Il distingua cinq stades par lequel passent les
« sujets ».
1.
Tout d’abord le prisonnier refuse de coopérer et se mure dans le
silence.
2.
Par un mélange de brutalités et de gentillesse, on peut le faire
passer à un second stade où il va être conduit à se défendre de
ce dont on l’accuse.
3.
Puis, le prisonnier commence à coopérer. Il continue à clamer
son innocence, mais il cherche à satisfaire ses interrogateurs
en reconnaissant qu’il a peut être commis une faute sans le
vouloir, par accident ou par inadvertance.
4.
Lorsqu’il traverse la quatrième phase, le prisonnier est
complètement dévalorisé à ses propres yeux. Il persiste à nier
ce dont on l’accuse, mais il confesse sa nature criminelle.
5.
À la fin du processus, le prisonnier admet être l’auteur des
faits qu’on lui reproche. Il invente même des détails
supplémentaires pour s’accuser et réclame son châtiment.
Biderman examine également toutes les
techniques utilisées par les tortionnaires chinois pour
manipuler les prisonniers : isolation, monopolisation de la
perception sensorielle, fatigue, menaces, gratifications,
démonstrations de puissance des geôliers, dégradation des
conditions de vie, contrainte. La violence physique est
secondaire, la violence psychologique est totale et permanente.
Les travaux de Biderman sur le « lavage de
cerveau » ont acquis une dimension mythique. Les militaires US
ont craint que leurs hommes puissent être retournés par
l’ennemi, conditionnés pour dire n’importe quoi et peut être
pour faire n’importe quoi. Ils ont donc conçu un programme d’entrainement
de leurs pilotes de chasse de sorte que ceux-ci deviennent
réfractaires à cette forme de torture et ne puissent être
retournés par l’ennemi s’ils étaient faits prisonniers. Cette
formation est nommée SERE, acronyme de Survivre, s’Évader,
Résister, s’Échapper (Survival, Evasion, Resistance, Escape). Si
initialement le cours était donné à la School of Americas, il a
été étendu aujourd’hui à d’autres catégories de personnel
militaire et est dispensé sur plusieurs bases. En outre des
formations de cette nature ont été instituées dans chaque armée
membre de l’OTAN.
Ce que l’administration Bush a décidé, après
l’invasion de l’Afghanistan, c’est d’utiliser ces techniques
pour inculquer des aveux à des prisonniers qui justifieraient
ainsi, a posteriori, l’implication de l’Afghanistan dans les
attaques du 11-Septembre et validerait la version officielle des
attentats.
De nouvelles installations ont été
construites sur la base navale de Guantánamo et des expériences
y ont été menées. La théorie d’Albert Biderman a été complétée
par un psychologue civil, le professeur Martin Seligman. C’est
une personnalité très en vue qui a été notamment président de
l’American Psychological Association.
Seligman a montré une limite de la théorie
des réflexes conditionnés d’Ivan Pavlov. On place un chien dans
une cage dont le sol est divisé en deux parties. On électrifie
aléatoirement un côté ou l’autre du sol. L’animal saute d’un
endroit à l’autre pour se protéger — jusque là, rien de
surprenant—. Puis, on accélère les choses et parfois on
électrifie toute la cage. L’animal se rend compte qu’il ne peut
pas s’échapper et que ses efforts sont vains. Bientôt, il
renonce, s’allonge sur le sol et entre dans un état second qui
lui permet de supporter passivement la souffrance. On ouvre
alors la cage. Surprise : l’animal ne fuit pas. Dans l’état
psychique où il s’est placé, il n’est plus en mesure de
s’opposer. Il reste allongé à endurer la douleur.
La Navy a constitué une équipe médicale de
choc. Elle a notamment fait venir à Guantánamo le professeur
Seligman. Ce praticien est une star, connue pour ses travaux sur
la dépression nerveuse. Ses ouvrages sur l’optimisme et la
confiance en soi sont des best-sellers mondiaux.
C’est lui qui a supervisé des expériences sur cobayes humains.
Certains prisonniers, soumis à de terribles tortures, finissent
spontanément par se placer dans cet état psychique qui leur
permet de supporter la douleur, mais les prive de toute capacité
de résistance.
En les manipulant ainsi, on les amène rapidement au stade 3 du
processus de Biderman.
S’appuyant toujours sur les travaux de
Biderman, les tortionnaires états-uniens, guidés par le
professeur Seligman, ont expérimenté et amélioré chaque
technique coercitive.
Pour ce faire, un protocole scientifique a été élaboré qui se
base sur la mesure des fluctuations hormonales. Un laboratoire
médical a été installé à Guantánamo. Des prélèvement de salive
et de sang sont opérés à intervalles réguliers sur les cobayes
pour évaluer leurs réactions.
Les tortionnaires ont sophistiqué leurs crimes. Par exemple,
dans le programme SERE, on monopolisait la perception
sensorielle en empêchant le prisonnier de dormir avec une
musique stressante. Ils ont obtenu des résultats bien supérieurs
en diffusant des cris de bébés inconsolables durant des journées
d’affilée. Ou encore, on manifestait la toute puissance des
geôliers par des passages à tabac. À Guantánamo, ils ont créé l’Immediate
Reaction Force. Il s’agit d’un groupe chargé de punir les
prisonniers. Lorsque cette unité entre en action, ses membres
sont revêtus de cuirasses de protection à la Robocop. Ils
extraient le prisonnier de sa cage et le placent dans une pièce
dont les murs ont été capitonnés et tapissés de contreplaqué.
Ils projettent le cobaye contre les murs, comme pour le
fracasser, mais le contreplaqué amortit partiellement les chocs
de sorte qu’il soit hébété, mais que ses os ne soient pas
brisés.
Le progrès principal a été réalisé pour le supplice de la
baignoire. Jadis la Sainte Inquisition plongeait la tête d’un
prisonnier dans une baignoire et l’en retirait juste avant qu’il
ne meure noyé. La sensation de mort imminente provoque
l’angoisse maximale. Mais le procédé était primitif et les
accidents fréquents. Désormais le prisonnier n’est plus plongé
dans une baignoire pleine, mais attaché allongé dans une
baignoire vide. On le noie en lui versant de l’eau sur la tête
avec la possibilité d’arrêter instantanément. Les accidents sont
plus rares. Chaque séance a été codifiée pour déterminer les
limites du supportable. Des assistants mesurent la quantité
d’eau utilisée, le moment et la durée de la suffocation. Lorsque
celle-ci intervient, ils récupèrent les vomissures, les pèsent
et les analysent pour évaluer l’énergie dépensée et l’épuisement
qui s’ensuit.
Ainsi que le résumait le directeur adjoint de la CIA devant une
Commission parlementaire : « Cela n’a rien à voir avec ce que
faisait l’Inquisition, à part l’eau » (sic).
Les expériences des médecins états-uniens
n’ont pas été conduites en secret comme celles du docteur Josef
Mengele à Auschwitz, mais sous le contrôle direct et exclusif de
la Maison-Blanche.
Tout a été rapporté à un groupe décisionnaire composé de six
personnes : Dick Cheney, Condoleezza Rice, Donald Rumsfeld,
Colin Powell, John Ashcroft et George Tenet, qui a témoigné
avoir participé à une douzaine de ces réunions de travail.
Le résultat de ces expériences est néanmoins
décevant. Rares sont les cobayes qui se sont avérés réceptifs.
Il a été possible de leur inculquer des aveux, mais leur état
est resté instable et il n’a pas été possible de les produire en
public face à des contradicteurs.
Le cas le plus connu est celui du pseudo-Khalil Sheikh Mohammed.
Il s’agit d’un individu arrêté au Pakistan et accusé d’être un
islamiste koweïtien, bien qu’il ne s’agisse manifestement pas de
la même personne. Après avoir été longuement torturé et avoir
notamment été soumis 183 fois au supplice de la baignoire durant
le seul mois de mars 2003, l’individu a reconnu être Khalil
Sheikh Mohammed et s’est accusé d’avoir organisé 31 attentats
différents aux quatre coins du monde, de celui au WTC de New
York en 1993, en passant par la destruction à la bombe d’une
boîte de nuit à Bali et la décapitation du journaliste Daniel
Pearl jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001. Le pseudo-Sheikh
Mohammed a maintenu ses confessions devant une commission
militaire, mais il n’a pas été possible aux avocats et juges
militaires de le questionner en public, tant on craignait que,
hors de sa cage, il ne revienne sur ses aveux.
Pour masquer les activités secrètes des
médecins de Guantánamo, la Navy a organisé des voyages de presse
à l’attention de journalistes complaisants. Ainsi, l’essayiste
français Bernard Henry Lévy a-t-il volontiers joué le témoin de
moralité en visitant ce qu’on a bien voulu lui montrer. Dans son
livre American Vertigo, il assure que cette prison ne
diffère pas des autres pénitenciers états-uniens et que les
témoignages de sévices qu’on y pratiquerait [« ont été plutôt
gonflés » (sic) [6]

Une des prisons off shore de
l’US NAvy. Ici l’USS Ashland.
La cale à fond plat a été aménagée pour recevoir des cages de
prisonniers sur plusieurs niveaux
Les prisons off shore de la Navy
En définitive, l’administration Bush a estimé que fort peu d’individus étaient
conditionnables au point de croire avoir commis les attentats du 11-Septembre.
Elle en a conclu qu’il fallait tester un très grand nombre de prisonniers pour
sélectionner les plus réceptifs.
Compte tenu de la polémique qui s’est développée autour de Guantánamo et afin
d’être sûr de ne pas être poursuivable en justice, la Navy a créé d’autres
prisons secrètes et les a placées hors de toute juridiction, dans les eaux
internationales.
17 bateaux à fond plat, du type de ceux utilisés pour les débarquements de
troupes, ont été aménagés en prisons flottantes avec des cages comme à
Guantánamo. Trois ont été identifiés par l’association britannique Reprieve. Il
s’agit de l’USS Ashland, l’USS Bataan et l’USS Peleliu.
Si l’on additionne la totalité des personnes qui ont été faites prisonnières
en zone de conflit ou enlevées n’importe où dans le monde et transférées dans
cet ensemble de prisons au cours des huit dernières années, ce sont au total 80
000 personnes qui auraient transité dans le système, dont moins d’un millier
auraient été poussées vers les stades ultimes du processus de Biderman.
Dès lors le problème de l’administration Obama se résume ainsi : il ne sera
pas possible de fermer Guantánamo sans révéler ce qui y a été fait. Et il ne
sera pas possible de reconnaître ce qui y a été fait, sans admettre que tous les
aveux recueillis sont faux et ont été délibérément inculqués sous la torture,
avec les conséquences politiques que cela implique.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, douze procès furent jugés par le
tribunal militaire de Nüremberg. L’un fut consacré à 23 médecins nazis. 7 furent
acquittés, 9 furent condamnés à des peines de prison et 7 furent condamnés à
mort. Depuis, un Code éthique régit la médecine au plan international. Il
interdit précisément ce que les médecins états-uniens ont fait à Guantánamo et
dans les autres prisons secrètes.
Documents joints

« Communist attempts to elicit false confessions from Air
Force prisoners of war », par Albert D. Biderman
Bulletin New
York Academy of Medecine 1957 Sep ;33(9):616-25.
(PDF - 964 ko)

« The Manipulation of Human Behavior », sous la direction
d’Albert D. Biderman et Herbert Zimmer
John Wiley & Sons, Inc., New York (1961).
(PDF - 2.4 Mo)

Documents déclassifiés par la Commission des forces armées du
Sénat des États-Unis,
attestant l’usage des tortures de conditionnement à Guantanamo.
U. S. The Senate Armed Services Committee, 17 juin 2008.
(PDF - 3 Mo)
Thierry Meyssan, analyste
politique français, président-fondateur du
Réseau Voltaire et de la conférence
Axis for
Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique
étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage
publié :
L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).
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