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Yediot Aharonot
Quelques questions qui fâchent à
Ehoud Olmert
Shaul Arieli *

[En
refusant de répondre aux questions qui fâchent et même de les
aborder, dont certaines sont posées par Arieli dans cet article,
Olmert contribue à geler la situation. Comme on pouvait s'y
attendre, la réunion d'hier
(dimanche) avec Abbas n'a strictement rien donné. Il se pourrait
bien que cette attitude ne lui laisse que le Hamas et le front du
refus comme seul interlocuteur dans la société palestinienne]
Yediot Aharonot, 10 mars 2007
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3374712,00.html
Par le refus justifié d'Israël de parler au Hamas, et par le
refus destructeur d'Olmert de donner toute substance à ses
rencontres avec Mahmoud Abbas, une situation désastreuse est en
train d'émerger, désastreuse pour les pragmatiques des deux côtés
qui souhaitent avancer vers une solution.
La politique de Sharon et Mofaz, menée "au nom de la sécurité",
sera un obstacle sur le chemin de la stabilité nécessaire pour
entamer un processus, et sera même utilisée par les radicaux
pour lui faire échec.
Si Olmert cherche encore à faire sortir le processus diplomatique
du formol où l'ont placé ses prédécesseurs, par la
"Feuille de route" et par le "plan de désengagement
unilatéral", voici une liste non exhaustive de questions
auxquelles il aura à répondre :
Y a-t-il une chance pour que les dernières personnalités laïques
parmi les dirigeants de l'Autorité palestinienne acceptent le détachement
qui se poursuit de la Jérusalem Est arabe, y compris ses lieux
saints, de l'espace vital palestinien?
Y a-t-il quelqu'un, de l'autre côté, qui accepterait la
poursuite de l'effondrement économique et social de Jérusalem, résultat
de sa coupure de son tissu social naturel et quotidien que
connaissait la zone métropolitaine palestinienne qui s'étendait
de Naplouse à Hebron?
Y a-t-il un seul dirigeant palestinien qui accepterait la séparation
de la Cisjordanie en deux parties, par une enclave qui
comprendrait Ma'aleh Adoumim, enclave plus grande que Tel-Aviv? Et
Israël démantèlerait-il le
Mur, qui a coûté des centaines de millions?
Israël démantèlera-t-il les énormes terminaux construits pour
les Palestiniens à Kalandiya, Gilo, et al-Zaim? Construira-t-il
un nouveau mur entre quartiers israéliens et palestiniens, ou
permettra-t-il aux Palestiniens d'entrer librement dans Jérusalem
et de là en Israël, ce qui ferait de toute la clôture de sécurité
un énorme éléphant blanc?
Comment un dirigeant palestinien, quel qu'il soit, accepterait-il
que continue le régime des autorisations de déplacement mis en
place près des zones tampon, où plus de 95% des Palestiniens
n'ont pas le droit d'être
présents dans la zone comprise entre la clôture et la ligne
Verte?
Et que se passerait-il? Le gouvernement israélien annulerait-il
ce régime purement et simplement et permettrait-il à tout
Palestinien de traverser cette zone et de continuer sans
interruption pour se retrouver en Israël, ou essaierait-il de déplacer
vers l'Est les terres palestiniennes et les milliers de
Palestiniens qui s'y trouvent encore, au prix d'encore quelques
bons milliards? (sans parler du coût humain, ndt).
Y a-t-il une chance pour qu'un gouvernement palestinien, même
dirigé par le seul Fatah, accepte que continue l'existence de la
zone H2 à Hebron (le quartier juif au cœur de la ville, qui fait
tant de bruit, ndt), devenue ville fantôme où des dizaines de
milliers de Palestiniens rasent les murs de peur de se faire
agresser par des colons fanatiques?
Comment les représentants de l'Etat pourraient-ils revenir sur
les considérations de sécurité qu'ils ont présentées à la
Haute cour, arguant qu'il n'y a pas de sécurité sans séparation?
Et puis, y a-t-il quelqu'un
pour penser sérieusement qu'il serait plus logique et possible s'évacuer
35.000 Palestiniens plutôt que 500 colons israéliens?
Et alors, alors seulement, regretterons-nous d'avoir confié aux
mains d'une poignée de ministres sans aucune vision de l'avenir
la continuité d'une présence belliqueuse et voleuse censée
maintenir le lien du judaïsme à la
ville de ses ancêtres, même en cas de paix?
Comment les Palestiniens accepteraient-ils le régime des routes
mis en place aujourd'hui, qui leur interdit tout déplacement sur
la plupart des grandes artères de Cisjordanie, artères
construites sur des terres qui leur ont été confisquées?
Comment Israël permettra-t-il le libre déplacement des
Palestiniens depuis la ligne Verte vers les grandes villes
palestiniennes, sur des routes qui ont été, sans réelles
raisons de sécurité, repoussées dans des zones
tampons, comme les autoroutes 443, 60, 5 et 446? Et que vont
proposer les architectes de l'annexion, "au nom de la sécurité"
: des postes d'inspection sur chaque route, qui coûteraient des
dizaines de millions? Des routes séparées pour les Juifs et les
Arabes, avec au milieu un mur, sur le modèle de la route que l'on
est en train de construire à l'Est de Jérusalem? Ou devront-ils
démanteler des dizaines de kilomètres de clôture construits
sans raison (voir la décision de la Haute cour concernant la
barrière de ciment au Sud du Mont Hebron)?
Comment Saeb Erekat (négociateur en chef de Mahmoud Abbas, ndt)
accepterait-il que se poursuive le détachement de la Vallée du
Jourdain de l'espace vital palestinien, détachement effectué par
un système de check points opérés par de seuls ordres oraux, et
non par écrit? Israël pourra-t-il continuer à empêcher les
"propriétaires absents" palestiniens de retourner
depuis la Jordanie sur les terres dont ils sont propriétaires
dans la Vallée du Jourdain?
Tout comme Sharon et Mofaz en leur temps, Olmert pense lui aussi
que le front palestinien du refus offre à Israël le temps nécessaire
pour créer une situation où "de nouveaux faits accomplis
sur le terrain" renforceraient la position du président
Bush, à savoir qu'il serait irréaliste de s'attendre à ce que
le résultat de négociations soit un retrait total sur les frontières
de 1949 (ou du 4 juin 1967, ce qui revient au même, ndt).
Mais si la politique décrite ci-dessus continue longtemps, Olmert
va se rendre compte que, pendant qu'il s'occupe d'affaires
futiles, ses manœuvres ne font que contribuer à la perpétuation
d'un conflit auquel les radicaux ont grand intérêt, et donner au
Hamas le temps dont il a besoin pour s'établir dans la société
palestinienne sans autre alternative modérée.
* Le colonel (réserve) Saul Arieli est l'un des artisans des
accords de Genève. Il en est l'un des principaux négociateurs
sur les questions de sécurité.
Trad. : Gérard
pour

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