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Le Grand Soir - Counterpunch
La carrière de
Shimon Peres, Le roi des hypocrites d'Israël
Rannie Amiri

Shimon Peres
Lundi 24 mai 2010
"Le vrai hypocrite est celui qui ne se rend plus compte qu’il
est un hypocrite, celui qui ment en toute sincérité" - André
Gide
"Car je t’ai cru pur et lumineux, toi qui es plus ténébreux que
l’enfer, plus sombre que la nuit" - William Shakespeare
Cela fait longtemps que la communauté internationale s’est
entichée du Président actuel et ancien Premier Ministre
d’Israël, Shimon Peres. Il a la réputation d’être une voix
raisonnable et pacifique comme la colombe au milieu de faucons
intransigeants et il tempère les inquiétudes et calme les
critiques par des paroles apaisantes mais vides préconisant le
dialogue et la création d’un état palestinien. En réussissant à
faire croire au monde entier qu’il existe une différence notable
entre sa position " de gauche " et l’extrême droite israélienne,
il a démontré qu’il était le roi des fourbes.
Peres a recommencé la semaine dernière lors de sa rencontre le
Président Dmitry Medvedev après la célébration du Jour de la
Victoire à Moscou et avant la première visite officielle du
leader russe en Syrie. Il n’a pas raté l’occasion de travestir à
nouveau la vérité en affirmant que des missiles Scuds étaient
envoyés au Liban tout en soutenant, sans se rendre compte de la
contradiction, qu’Israël n’avait aucun intérêt à exacerber les
tensions avec la Syrie.
Avant le début des " négociations de proximité " sous arbitrage
des USA, il a aussi demandé à l’envoyé spécial au Moyen Orient
Georges Mitchell que les " questions de sécurité " soient
prioritaires dans les négociations " étant donné que depuis que
l’armée (israélienne) et les colons ont évacué Gaza des milliers
de roquettes sont lancées sur les communautés israéliennes "
Gaza
En revenant sur le retrait israélien du territoire occupé de
Gaza à la fin de 2005, Peres a oublié de mentionner ce qu’Israël
a fait ensuite à la population la plus dense de la planète.
Après les élections parlementaires libres, démocratiques et
incontestées de janvier 2006 (qui donna au Hamas la majorité des
sièges au Conseil Législatif Palestinien) Israël a fermé ses
frontières hermétiquement.
Quand il est devenu clair que la faction du Fatah de l’Autorité
Palestinienne du Président Mahmoud Abbas - le leader de
Cisjordanie dont les israéliens appréciaient la souplesse et la
collaboration- ne contrôlerait plus Gaza, un siège terrible et
inhumain a été imposé à la petite enclave. Les produits de
première nécessité comme la nourriture, le fuel, l’électricité,
l’eau potable, l’huile de cuisson, les vêtements et les
médicaments ont été interdits d’accès. Ce fut une forme odieuse
de punition collective qui est considérée par la Convention de
Genève de 1949 comme un crime de guerre. Mais Peres, prix Nobel
de la paix, n’a aucun état d’âme a ce sujet.
L’écrasant embargo a duré 18 mois. La malnutrition des enfants
augmentant avec le désespoir des habitants de Gaza, est-il
surprenant que ceux qui étaient maintenus captifs dans cette
prison à ciel ouvert - avec des réserves de nourriture et d’eau
potable diminuant sans cesse- lancent des roquettes
rudimentaires et aveugles sur leurs geôliers ? De fait, ils les
envoyaient le plus souvent en réponse aux provocations des
Forces de Défense Israéliennes (IDF). En comparaison des armes
sophistiquées de l’IDF, les roquettes de fabrication artisanale
qui carburent aux fertilisants étaient de simples catapultes.
Elles n’ont pas occasionné la moindre perte à Israël tout au
cours de l’année dernière.
Et faut-il rappeler la sauvage attaque de Gaza par Israël en
décembre 2008, avec l’utilisation illégale de bombes au
phosphore blanc, le meurtre délibéré de civils (dont beaucoup
agitaient des drapeaux), la destruction des bâtiments et des
réserves de nourriture de l’ONU, des mosquées, des écoles, des
ponts, des ambulances, des postes de police et en fait de toute
l’infrastructure civile ? Il suffit de lire les rapports de
Richard Falk, Rapporteur Spécial de l’ONU pour les Droits
Humains dans les Territoires Occupés de Palestine, et du juge
Richard Goldstone qui a mené la Délégation d’Etudes sur le
Conflit de Gaza de l’ONU.
Inutile de préciser que les conséquences ont été catastrophiques
: plus de 1400 personnes tuées - principalement des civils dont
un tiers d’enfants ; 100 000 réfugiés ; 500 000 personnes sans
eau potable ; 4000 maison complètement détruites et 45 000
endommagées ; 1 500 fabriques et locaux commerciaux ainsi que
les immeubles de l’ONU (y compris 4 écoles) et presque 50% de la
terre cultivable inutilisable (chiffres de 2009 d’après le
Bureau Central Palestinien de Statistiques, le Centre
Palestinien des Droits de l’Homme et différentes ONG).
Le blocus israélien dure toujours avec quelques
" aménagements ". En mars, pour la première fois en trois ans,
Israël a autorisé 10 camions de chaussures et de vêtements à
entrer à Gaza. Les matériaux de construction, les crayons de
couleur pour les enfants et les livres sont toujours interdits
d’accès.
L’exigence de Peres, que la " sécurité d’Israël soit le point
central des négociations indirectes " surtout avec en toile de
fond le retrait de l’armée israélienne de Gaza [2005] ", est
absurde et insultante ; comme si le démantèlement de colonies
illégales était un acte si héroïque qu’on pouvait fermer les
yeux sur les crimes de guerre commis par la suite. Quelle
sécurité reste-t-il a sauvegarder quand les Palestiniens de Gaza
manquent toujours de nourriture, d’abri et de vêtements ?
L’impudence d’invoquer Gaza pour illustrer les besoins de
sécurité d’Israël mise à part, Peres demeure une source
intarissable de désinformation et d’obscures manipulations.
Il s’est fait le porte-parole le plus diligent d’Israël pour
colporter l’assertion infondée que la Syrie a envoyé des
missiles Scuds au Liban. Il persiste aussi à mettre en avant la
prétendue menace de l’énergie nucléaire naissance de l’Iran tout
en refusant d’envisager qu’Israël puisse signer le Traité de non
prolifération nucléaire.
Le père du programme nucléaire
militaire d’Israël
C’est lui en effet qui fut l’architecte du développement de
l’arme nucléaire d’Israël. En 1953 le Premier Ministre Ben
Gourion a nommé le jeune Peres Secrétaire Général du Ministre de
la Défense. Au cours des réunions dont le but était de rédiger
le Protocole de Sèvres de 1956, Peres a obtenu le concours de la
France pour construire un Centre de Recherche Nucléaire dans le
Negev.
Le rôle capital qu’il a joué dans le développement de la
capacité nucléaire israélienne est développé dans le livre
"Shimon Peres - Une biographie" de l’historien Michael Ben
Zohar. Selon l’agence de presse Reuters "le livre... détaille la
manière dont Peres a servi officieusement d’architecte à la
puissance nucléaire israélienne, en se procurant des armes en
secret et en achetant un réacteur nucléaire à la France".
Grâce à Peres, et plusieurs dizaines d’années avant que l’Iran
n’enrichisse un seul gramme d’uranium, c’est Israël qui a
introduit le premier l’arme atomique dans l’instable
Moyen-Orient.
Le massacre de Qana
Le Massacre de Qana a eu lieu pendant la guerre du Liban
"Raisins de la Colère" en 1996 et sous l’œil du Premier Ministre
Peres.
Pour échapper aux combats, 800 civils libanais s’étaient
réfugiés dans une enclave de l’ONU près du village de Qana. Avec
un mépris total pour l’ONU autant que pour les civils que l’ONU
abritait, l’IDF a bombardé les bâtiments, tuant 106 innocents et
en blessant plus de 100.
Une investigation de l’ONU a conclu qu’il était peu probable que
le bombardement soit dû à de grossières erreurs techniques ou de
procédure, comme Israël l’avait d’abord prétendu. Après avoir
avancé plusieurs justifications successives, Peres finit par
accuser le Hezbollah, en utilisant l’excuse éculée du "bouclier
humain". D’autres investigations furent moins complaisantes. Un
enquête d’Amnistie Internationale aboutit à la conclusion que
l’attaque avait été "intentionnelle et devait être condamnée".
De même l’organisation pour les droits humains, Human Right
Watch a écrit dans son rapport "nous déclarons que ce fut un
massacre intentionnel avec usage de missiles et explosifs de la
plus haute précision".
Les spécialistes du Moyen-Orient qui reconnaissent la nature
expansionniste et néo-coloniale d’Israël constatent que les
principaux partis politiques - le Likoud, le labor ou Kadima-
défendent ou promeuvent les colonies, les expropriations de
terre palestinienne, l’expulsion de leurs habitants et
l’exacerbation délibérée des tensions entre les différents pays
de la région.
Bien que l’attitude de Peres dans cette affaire soit souvent
comparée à celle d’un loup déguisé en mouton, les observateurs
intelligents ne s’y trompent pas. Ils voient un loup, un vrai.
Rannie Amiri est un commentateur indépendant spécialiste du
Moyen-Orient.
pour consulter l’original :
http://www.counterpunch.org/...
Traduction D. Muselet
Publié le 24 mai 2010
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non-commerciale autorisée et même encouragée.
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