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Bush
et Cheney calomnient les opposants à la guerre américaine en
Irak
Patrick Martin

Dans
des remarques télédiffusées dimanche dernier, le président
Bush et le vice-président Cheney ont rejeté l’opposition de
masse à leur politique de guerre du revers de la main. Ils ont déclaré
que le gouvernement américain ferait « tout ce qui est nécessaire »
pour obtenir la victoire militaire en Irak et ont suggéré que
l’Iran pourrait bien être la prochaine cible de l’agression
militaire américaine.
Comme
ils réitéraient leurs plans pour l’élargissement de la
guerre, Bush et Cheney exprimaient le point de vue — un trait
associé à la dictature, pas à la démocratie — que le
gouvernement avait le droit de défier la volonté du peuple sur
les questions politiques les plus fondamentales, une guerre dans
laquelle des milliers d’Américains et des centaines de milliers
d’Irakiens ont déjà perdu la vie.
Dans
une offensive coordonnée de relations publiques de la
Maison-Blanche, Cheney était l’invité de l’émission
d’entrevue matinale « Fox News Sunday », alors que
Bush était interviewé sur l’émission de CBS « 60
Minutes » diffusée le même jour.
Les
deux ont cherché, mais de façon légèrement différente, à
intimider la majorité des Américains qui s’opposent à la
continuation de l’occupation américaine en Irak et veulent le
retrait rapide de toutes les troupes américaines.
Bush
a expliqué l’impact dévastateur de l’échec américain en
Irak, disant qu’il « donnerait du courage à l’ennemi »,
qu’il a défini comme étant « al-Qaïda et les extrémistes »
ainsi que l’Iran. Il a continué en disant qu’un tel échec
signifierait la souffrance et le meurtre de masse au Moyen-Orient,
malgré que ce soit là précisément le résultat catastrophique
de l’invasion américaine actuelle.
Laissant
entendre que d’immenses intérêts économiques et stratégiques
étaient en jeu dans la question du contrôle de la région riche
en pétrole — qu’il a opposé aux enjeux de la défaite américaine
au Vietnam —, Bush a dit que « Ce qui est arrivé au
Moyen-Orient est important pour notre pays. Et cela est différent
de certains de nos engagements passés. »
Cheney,
comme il sied à ce personnage dont le rôle est celui de la brute
de l’administration, a donné l’avertissement que ceux qui prônaient
le retrait de l’Irak « valideraient de nouveau la stratégie
qu’Oussama ben Laden a adoptée depuis le premier jour : si
vous tuez assez d’Américains, vous pouvez les forcer à
abandonner, ils n’auront pas le courage de se battre. »
Alors
que Cheney suggérait que ceux qui s’opposent aux politiques
bellicistes de l’administration Bush capitulaient devant le
terrorisme, Bush a déclaré qu’il y avait un large consensus
aux Etats-Unis sur la nécessité de réussir en Irak et a
maintenu que les critiques de ses plans d’intensifier la guerre
étaient obligé d’offrir un scénario de rechange pour une
victoire américaine.
Tout
en évitant de remettre en question le cadre essentiel de
l’intervention américaine en Irak, et s’adressant à Bush et
Cheney avec un respect servile, les journalistes de Fox et de CBS
ont néanmoins demandé quelques questions acérées au président
et au vice-président, qui ont donné des réponses qui méritent
d’être rapportées.
Scott
Pelley de l’émission « 60 Minutes » a interrogé
Bush sur les mensonges utilisés comme prétexte pour la guerre en
2003. « Plusieurs Américains croient que votre
administration n’a pas été franche avec le pays, qu’elle
n’a pas été honnête », a-t-il dit, citant les
affirmations sur les armes de destruction massive et les liens
entre l’Irak et les attaques du 11-Septembre tout comme la
grande sous-estimation par l’administration du coût de la
guerre.
Bush
a tout d’abord semblé pris de court, crachant un « Je
comprends. Je comprends. Je comprends. » Il a ensuite eu
recours aux dernières lignes de défense des mensonges d’avant
la guerre, l’argument que les démocrates et l’administration
Clinton avaient la même vue sur l’Irak de Saddam Hussein.
« Il y avait beaucoup de gens, tant républicains que démocrates,
a-t-il dit, qui croyaient qu’il y avait des armes de destruction
massive. Plusieurs dirigeants du Congrès ont dit clairement que
Saddam Hussein avait des armes avant mon arrivée à Washington,
D.C. »
L’intervieweur
de Fox, Chris Wallace, a demandé à Cheney de parler de
l’importante baisse d’appui du public et du Congrès pour la
guerre en Irak, comme elle s’est spécialement exprimée dans
les élections de novembre 2006. Citant des sondages réalisés à
la sortie des bureaux de vote qui montraient que pour le vote de
67 pour cent des gens la guerre était une question très
importante et que seulement 17 pour appuyaient l’envoi de plus
de troupes, il a demandé à Cheney : « Par votre
politique n’avez-vous pas, M. le vice-président, ignoré la
volonté du peuple américain aux élections de novembre ? »
Cheney
a répondu : « Je crois que pas un président qui se
respecte ne peut se permettre de prendre des décisions de cette
importance selon les sondages. Les sondages changent chaque
jour... »
Insistant,
Wallace a ajouté : « C’était une élection
monsieur. » Cheney a ignoré cette remarque, répétant :
« Les sondages changent de jour en jour, de semaine en
semaine... on ne peut pas simplement se fier à l’opinion
publique et se retirer, car elle s’oppose. »
Le
vice-président a ensuite développé une perspective basée sur
le rejet de toute responsabilité démocratique du gouvernement
des États-Unis vis-à-vis du peuple américain. Au contraire,
a-t-il soutenu, la tâche du gouvernement était d’être plus
fort que le peuple, afin d’assurer que la volonté du chef exécutif
(le « décideur ») prédomine sur la volonté du
peuple.
« Cela
fait partie intégrante de la stratégie fondamentale de nos
ennemis qui croient que c’est là la faiblesse des États-Unis »,
a déclaré Cheney. « Ils sont convaincus que l’actuel débat
au Congrès, la campagne électorale en automne dernier, que tout
ceci est la preuve qu’ils ont raison quand ils affirment que les
États-Unis ne sont pas faits pour cette longue guerre contre le
terrorisme.
« Ils
y croient. Ils repensent aux événements qui vont dans ce sens :
au Liban en 83, en Somalie en 93 et au Viêt-Nam avant cela. Ils
sont convaincus que les États-Unis vont en réalité se retirer
s’ils tuent assez d’entre nous. Ils ne peuvent nous battre en
combattant, mais ils pensent qu’ils peuvent briser notre moral.
Et si nous avons un président qui regarde les sondages et qui
constate que ceux-ci ne sont pas d’accord avec lui et qui
conclut : “Oh mon dieu, nous devons nous retirer”, cela
ne va que confirmer la vision du monde d’Al-Qaïda.
« C’est
exactement la chose à ne pas faire. Ce président ne développe
pas une politique selon les sondages publics, et il ne devrait pas
le faire. Il est absolument nécessaire de s’y prendre de la
bonne façon. »
Les
deux entrevues tracent un portrait extraordinaire de la vie
politique américaine, dans laquelle l’administration
Bush-Cheney va de l’avant avec sa politique d’intensification
de l’agression militaire au Moyen-Orient, peu importe le profond
dégoût ressenti par la population face à la guerre.
La
Maison-Blanche sent qu’elle peut ignorer sans crainte les
sentiments populaires, car elle a évalué depuis longtemps ses
critiques au Congrès et sait que le leadership démocrate ne
tentera pas sérieusement de mettre un terme à la guerre.
Cheney
et Bush ont parlé ouvertement de la possibilité qu’il y ait
des manœuvres au Congrès pour bloquer le financement de la
guerre. Bush a semblé reconnaître que le Congrès possédait
l’autorité constitutionnelle pour empêcher le financement de
la guerre, mais il a déclaré : « Je vais me battre
contre ça, bien sûr... Je ne laisserai pas faire ça. Cela
voudrait dire qu’ils ne seraient pas prêts à appuyer un plan
que je crois qui réussira et qui résoudra la situation. Il y a
des gens qui critiquent ce plan avant même qu’on ne lui ait
donné la chance de fonctionner. »
Cheney
a été encore une fois plus agressif, qualifiant une « recommandation
du Congrès » proposée par le leadership démocrate comme
étant un exercice de rhétorique inutile, et déclarant que Bush
avait le pouvoir d’envoyer des troupes supplémentaires en Irak,
peu importe l’opinion du Congrès. « Le président est le
commandant en chef », a affirmé Cheney. « C’est lui
qui doit prendre ces décisions difficiles. C’est lui qui doit décider
comment utiliser la force et où la déployer. »
Admettant avec réticence
que le Congrès avait autorité sur les dépenses militaires,
Cheney s’est dit en accord avec une suggestion faite par son
interlocuteur qu’un vote contre le financement de la guerre équivaudrait
à couper l’aide aux troupes.
Dans un
commentaire diffusé dans le cadre d’une autre émission télévisée
d’actualité, « Face the Nation » sur CBS, le sénateur
républicain John McCain qualifiait de bluff la résolution démocrate,
rejetant cette résolution non contraignante et insignifiante et
les défiant de couper les fonds s’ils voulaient vraiment mettre
fin à la guerre.
La nouvelle présidente
de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le dirigeant de
la majorité au Sénat, Harry Reid, ont tout deux désavoué toute
tentative en ce sens, acceptant et même accueillant la prétention
de l’administration Bush qu’un tel vote représenterait une
attaque contre les soldats actuellement déployés en Irak. Ce
n’est qu’un effort cynique et égoïste visant à enlever
toute légitimité au sentiment anti-guerre de masse et à le
supprimer, il vise aussi à s’immuniser contre une future
campagne démagogique des républicains sous le thème de « Qui
a perdu l’Irak ? »
La Maison-Blanche
et les démocrates ne daignent expliquer comment envoyer des
soldats se faire tuer par des IED et des snipers pourrait être
qualifier de « soutien aux troupes », alors que ce
serait un coup dans le dos que d’utiliser le pouvoir de contrôle
sur les dépenses qui revient au Congrès pour forcer
l’administration Bush à ramener ces soldats en sécurité à la
maison avec leur famille.
Bien sûr, aucune
section de l’élite dirigeante des Etats-Unis, ne considère les
intérêts des Irakiens innocents dont les vies seront sacrifiées
avec la poursuite et l’intensification de la guerre qui ont causé
la mort d’un nombre estimé de 655 000 personnes.
L’escalade
qu’entreprend l’administration Bush est une menace non
seulement pour le peuple opprimé de l’Irak, mais aussi pour les
masses du Moyen-Orient et pour les droits démocratiques du peuple
américain.
Dans son entrevue
télévisée, Cheney considéré des dizaines d’années de
guerre, déclarant, « C’est un conflit existentiel.
C’est le genre de conflit qui va orienter notre politique et
notre gouvernement pour les 20 ou 30 ou 40 prochains ans. Nous
devons prévaloir, et nous devons, sans flancher, entreprendre la
lutte à long terme. »
Ce genre de
langage apocalyptique est plus qu’une simple réédition de la
prétention depuis longtemps discrédité que l’invasion et
l’occupation de l’Irak est une réponse aux attaques
terroristes du 11 septembre. La perspective démente exprimée
par Cheney est une justification pour une escalade sans limite de
la violence en Irak et en Afghanistan et pour de nouvelles guerres
en Iran, d’autres pays et au Moyen-Orient, et au-delà.
C’est la base de
l’assaut qui a été menée contre les droits démocratiques du
peuple américain – quelque chose que Cheney a défini dans la même
entrevue alors qu’il répondait aux révélations de la fin de
semaine concernant l’espionnage de citoyens américains par le
Pentagone défendant ce dernier exemple d’Etat policier utilisé
au pays.
Si la
Maison-Blanche peut aller de l’avant avec son programme de
guerre et de répression seulement, ce n’est que parce qu’elle
bénéficie de la collaboration du Congrès démocrate. Les démocrates
vont utiliser leur statut de majorité au Congrès – une conséquence
du vote massif contre la guerre en novembre dernier – pour aider
l’administration Bush. La lutte contre la guerre en Irak et la
menace d’une agression militaire américaine plus large peut-être
menée seulement à travers la construction d’un mouvement anti
guerre de masse indépendant basé sur la classe ouvrière et
opposé aux deux partis politiques de l’élite corporative américaine.
(Article original anglais paru le 16 janvier
2007)
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