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AIPAC
Fonctionnement d'AIPAC vu de l'intérieur à AIPAC,
Un état (étranger) dans l'état américain
Myriam Abraham

Photo Planète non violence
Jeudi 22 octobre 2009
Dans un article publié
dans The Nation/Edition du 2 Novembre, intitulé
«Confessions of an AIPAC Veteran» d'Helena Cobban,
Tom Dine, ancien directeur du puissant lobby
sioniste à Washington lui révèle comment celui-ci
fonctionne. Le Congrès Juif Européen s'installe à
Bruxelles pour faire du Lobbying intensif en faveur
d'Israël.
Dans les années 80, Helena
Cobban et Tom Dine alors
directeur d'AIPAC étaient
deux adversaires acharnés la
première essayant de
convaincre les responsables
politiques de Washington que
les Palestiniens étaient des
gens comme les autres et
qu'il fallait discuter avec
leurs dirigeants alors que
le second s'évertuait à les
diaboliser et saper la
carrière politique de
quiconque ne soutenait pas
inconditionnellemen t
Israël.
C'est ce qui est arrivé en
1982 au Sénateur de
l'Illinois, Paul Findley, un
vétéran de la politique
américaine qui 4 ans
auparavant avait rencontré
le dirigeant de l'OLP,
Yasser Arafat, obtenant de
lui un document soutenant la
solution à deux états, une
«de facto reconnaissance
d'Israël » selon
Findley. AIPAC a financé la
campagne de son adversaire
afin de faire un exemple,
que les membres du Congrès
comprennent qui était le
maître à bord, et qu'ils
leurs fallait suivre
inconditionnellemen t sa
position pro israélienne ou
risquer une fin de carrière
politique anticipée.
Dine a aussi révélé à Cobban
qu'il a passé des samedis
matin entier à discuter en
privé, sans qu'aucun aide ne
soit présent, avec le
Secrétaire d'Etat sous
Reagan, George Shultz,
parlant d'aspects vitaux de
la politique étrangère US au
Moyen Orient, notamment des
ventes d'armes.
L'interview de Tom Dine par
Helen Cobban s'est passée à
Damas ou ce dernier - qui a
quitté la direction d'AIPAC
en 1993, après 13 ans de
bons et loyaux services, et
s'est significativement
rapproché du camp de la
paix, collaborant récemment
avec l' Israel Policy Forum
(IPF) une organisation qui
soutien la solution à deux
états -Åuvre actuellement à
un rapprochement US àSyrie.
Tome Dine, né en 1940 à
Cincinnati, diplômé de
l'UCLA en histoire de l'Asie
du Sud, a été assistant de
l'ambassadeur US à New Dehli
pendant deux ans, puis de
retour à Washington a
travaillé pour le Sénateur
Frank Church pendant 5ans, 4
ans pour le Senate Foreign
Relations Committee sous
Edmund Muskie, et un an pour
Ted Kennedy.
« Avec Ted Kennedy, j'étais
supposé m'occuper de
politique de défense, mais
en réalité j'orchestrais les
efforts pour lui rallier les
votes juifs » a-t-il
expliqué.
Lorsqu'en 1979 Kennedy a
lancé sa campagne pour la
présidentielle, se
présentant pour les
primaires démocrates contre
le président Jimmy Carter,
Dine a travaillé dur pour
Kennedy.
«C'est au cours de cette
campagne que j'ai rencontré
la communauté juive
organisée⦠Ils étaient les
rois de la ville ! ».
En Mars 1980, Kennedy a
obtenu une victoire surprise
aux primaires de New York.
Le soutien obtenu auprès de
la communauté juive y était
pour beaucoup, ce d'autant
plus que l'ambassadeur US de
l'Administration Carter à
l'ONU n'avait pas réussi à
protéger Israël d'un vote du
Conseil de Sécurité
dénonçant la colonisation en
Cisjordanie. C'est à ce
moment là que le conseil
d'administration d'AIPAC a
offert à Dine le poste de
directeur exécutif.
Dine pensait que le style de
son prédécesseur à la tête
d'AIPAC, Morris Amitay,
était trop arrogant. Il
voulait reprendre le
comportement plus discret
adopté dans les années 50
par le fondateur d'AIPAC,
Isaiah « Si » Kenen.
Néanmoins Dine a reconnu
avoir
«donné à AIPAC une
visibilité. Vous ne pouvez
pas développer une
institution sans que les
gens ne la connaissent.»
En 1981 il a livré une
bataille acharnée pour
bloquer la vente d'avions
AWACS à l'Arabie Saoudite
que l'Administration Reagan
avait proposée. Il a failli
perdre cette bataille, mais
a réussi à convaincre George
Shultz alors secrétaire
d'état, de l'inutilité d'une
telle confrontation et
obtenu d'avoir des
discussions en tête à tête
les samedi matin.
« Nous parlions des futures
vente d'armes, de sorte que
nous n'ayons plus à nous
trouver dans une telle
situation de confrontation,
c'est une des meilleurs
choses qui me soit arrivé,
cette association avec
George Shultz » a dit
Dine. Questionné sur le fait
qu'il ait pu discuter de
projets de ventes d'armes
avec des responsables
israéliens avant de se
rendre à ces tête à tête
avec Shultz, Dine a répondu
:
« parfois oui, parfois non.
Mais certainement avec des
personnes au sein de
l'exécutif et à Capitol Hill
que je respectais. »
Dine avait selon lui quatre
objectifs quand il a pris la
tête d'AIPAC :
1. Personnellement il
voulait diriger une
organisation
2. Il voulait stimuler la
participation juive dans la
vie politique américaine
comme cela ne s'était pas vu
auparavant
3. Il avait toujours
considéré les relations
US-Israël comme précairesâ¦et
voulait les étoffer, les
rendre plus proches et plus
fortes.
4.
« Si vous les rendez proches
et fortes et que vous
accroissez la participation
politique juiveâ¦alors
Israël peut prendre le
risque de faire la paix »
Les effets de la campagne de
Dine pour stimuler la
participation juive dans la
politique US se sont vite
faits sentir aux Etats Unis.
Findley n'était pas le seul
sénateur qui, ayant dépassé
la ligne rouge tracée par
AIPAC s'est retrouvé avec un
adversaire soutenu
financièrement par le réseau
national de contributeurs de
Dine/AIPAC. Après avoir
perdu sa réélection en 1982,
Findley a publié un livre
«They Dare to Speak Out :
People and institutions
Confront The Israel's Lobby
». Le livre détaille
les campagnes menées par
AIPAC au début des années 80
qui, selon Findley, ont
conduit à la défaite
d'autres candidats aux
postes de Sénateurs, tels
Charles Percy et Adlai
Stevenson III.
Tous les amis et ennemis
d'AIPAC reconnaissent que sa
puissance se manifeste
activement au niveau du
Congres. Au Congres, l'AIPAC
déploie un réseau de
supporters soutenant
inconditionnellemen t Israël
qui ont construit au
préalable des relations avec
des personnalités politiques
dont la carrière est en
phase ascendante ou qui va
le devenir. Ils notent
assidument toutes les
actions et attitudes
manifestées à l'égard des
préoccupations d'AIPAC. Au
QG d'AIPAC, ils apportent
leur aide à ce processus en
distribuant des informations
sur comment chaque Sénateur
a voté sur des sujets
d'intérêt pour AIPAC. En
1982, Dine a embauché M.J
Rosenberg pour être le
distributeur en chef de ces
informations en éditant un
bi hebdomadaire
« Near East Report »
qu'AIPAC envoie à tous les
membres et supporters.
Dine a également passé
durant ces années au service
d'AIPAC de longs moments à
discuter avec le premier
ministre israélien Isaac
Rabin.
«Ce n'est pas un secret
qu'il était alcoolique- - ou
qu'il aimait bien boire.
J'avais l'habitude de lui
acheter son Johnny Walker
Red. Il buvait une bouteille
d'un trait. Les meilleures
conversations que j'ai eu
avec lui c'était dans les
années 80 alors qu'il
n'occupait plus de fonction
politique, des conversations
à un niveau intellectuel
profond. La majeure partie
de ces discussions portaient
sur la défense d'Israël. La
première Intifada a été un
tournant pour lui quand il
est revenu au pouvoir (comme
premier ministre) en 1992,
il était prêt pour la paix
».
Dans la communauté juive pro
sioniste américaine, la
victoire de Bill Clinton en
1992 a été accueillie avec
enthousiasme. Clinton venait
de battre Bush père quelques
mois après que celui-ci ait
osé lier l'octroi d'un
emprunt de 10 milliards de $
au gel des constructions
dans les colonies
israéliennes en Cisjordanie
occupée. De plus, Clinton
avait un grand nombre de
conseillers pro-sionistes.
Son premier responsable pour
les questions du Moyen
Orient au Conseil National
de Sécurité était Martin
Indyk, un australien
rapidement naturalisé
américain qui avait été vice
directeur de recherche
d'AIPAC avant de le quitter
en 1985 pour fonder une
boîte à penser très pro
Israël, Le Washington
Institute for Near East
Policy.
Mais pendant la période
Clinton, Dine n'a pas fait
long feu. En 1993, il a du
démissionner après qu'un
journaliste israélien ait
publié un livre dans lequel
il était cité disant :
«je ne pense pas que le
commun des Juifs se sente à
l'aise avec les ultras
orthodoxes â¦Leur image sent
mauvais». C'est Steve
Rosen qui a orchestré son
limogeage, selon Dine, lui
étant plutôt libéral alors
que Rosen est un Likudnik.
Plus tard, Rosen a lui aussi
été limogé d'AIPAC après
avoir été accusé
d'espionnage pour le compte
d'Israël en 2005.
Après son éviction d'AIPAC,
Dine est devenu président de
Radio Free Europe/Radio
Liberty, une radio financée
par le gouvernement US et
dont les principales
activités sont de déverser
sur les ondes la propagande
américaine. Il a fait de
RFE/RL le bras « soft » de
la propagande US dans les
pays musulmans, mais aussi
en Europe de l'Est, où elle
émet des Balkans jusqu'en
Afghanistan. Il a passé 8
ans au QG de RFE/RL à
Prague.
En 2007 il est retourné à
Washington et est devenu
haut conseiller politique
pour l'Israël Policy Forum
de tendance libérale
sioniste. En 2008,
l'organisation Search for
Common Ground basée à
Washington cherchait à
recruter quelqu'un pour
diriger un projet pour
améliorer les relations US
Syrie. Dine a fait acte de
candidature et depuis il
s'est rendu 4 fois en Syrie.
Mais malgré cette «
ouverture » en direction de
pays « ennemis » de l'état
sioniste, Dine reste proche
de la position
traditionnelle d'AIPAC :
soutien inconditionnel à
Israël. Questionné sur le
fait que résoudre le conflit
israélo palestinien était
dans l'intérêt des Etats
Unis, au lieu de répondre à
cette question il a expliqué
pourquoi le résoudre était
dans l'intérêt d'Israël.
On évoque souvent dans le
cas des Sionistes juifs
américains le problème de
double allégeance. Pour ce
qui est de Dine, et de tout
ceux qui soutiennent et
agissent pour le compte
d'AIPAC, la question ne se
pose pas. Ils agissent
d'abord et exclusivement
pour satisfaire les intérêts
du régime sioniste. Cela
vaut aussi pour les
pro-sionistes qui s'activent
dans les hautes sphères
politiques en Europe.
Pour mieux défendre les
intérêts du régime sioniste
le Congrès Juif Européen
ouvre un bureau à Bruxelles
Récemment, le Congrès Juif
Européen a ouvert un bureau
permanent à Bruxelles pour,
selon ses dires,
«encadrer le conflit israélo
arabe». Sous couvert
de
« combat contre
l'antisémitisme et de
défense des causes juives »
c'est à un véritable
Lobbying intensif auquel
veut se livrer le CJE. Selon
son président, Moshé Kantor,
le nouveau bureau de
Bruxelles (de facto capitale
de l'Union européenne) situé
Porte de Namur, permettra au
CJE de mener
«un travail constant et
quotidien auprès des
parlementaires européens, de
rendre visite à des
personnalités politiques, et
à d'autres groupes de
Lobbying». Le bureau
du CJE (EJC en anglais)
Bruxelles a 4 employés qui
vont prendre le relais du
bureau de Paris, qui lui
emploie 6 personnes, afin de
défendre sur place la
position d'Israël auprès de
l'UE.
L'inauguration de ce bureau
de Lobbying sioniste a donné
lieu à une cérémonie où on a
pu croiser le président de
la commission européenne,
Jose Manuel Barroso, et
celui du parlement européen,
Jerzey Buzek.
Au menu du Lobbying, l'Iran
et son programme nucléaire.
Mais c'est le rapport
Goldstone qui a suscité le
lancement d'une première
campagne de Lobbying
intense, le CJE/EJC faisant
pression avant son vote au
Conseil des Droits de
l'Homme de l'ONU à Genève
pour que les pays européens
votent contre.
Le message distillé à
Bruxelles et Paris a été
reçu 5 sur 5 par la Sarkosie
qui a refusé de participer
au vote, une manière de
cracher sur ce qui a fait la
réputation de la France à
l'étranger : la défense des
droits de l'homme.
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