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Analyse
Israël-Palestine :
une paix juste passe par le rejet de tous les racismes
Michel Staszewski

Mardi 9 février 2010 Dans un conflit opposant
deux communautés nationales, comme c’est le cas entre les Juifs
israéliens et les Palestiniens, les préjugés de type raciste
sont forcément présents. De part et d’autre. Il faut être de
mauvaise foi pour prétendre qu’une des parties en présence en
serait totalement indemne. Car dans un climat de violence
omniprésente où les passions sont forcément exacerbées, la
tentation est forte d’angéliser « les nôtres » et de diaboliser
« les autres ». Et ne sont pas seulement en cause les
protagonistes directs que sont les Juifs israéliens et les
Arabes palestiniens mais aussi ceux qui s’engagent sur cette
question, quel que soit leur « camp ».
La recherche d’une paix juste,
la seule qui puisse durer, passe pourtant par la mise
hors-la-loi du racisme. C’est pourquoi les partisans d’une
telle paix doivent lutter résolument contre cette « maladie
honteuse », non seulement chez les autres, mais aussi, et c’est
sans doute plus difficile, contre le risque d’en être eux-mêmes
« contaminés ». Le présent article se veut une contribution à
cette lutte, sous la forme de réflexions qui devraient inciter
le lecteur (dont j’imagine qu’il se sent concerné par le conflit
en question et souhaite une paix juste) à la vigilance sur ce
point.
RacismesDans cet article nous considérons le
racisme dans le sens large où il est généralement utilisé à
notre époque : il recouvre tout préjugé négatif ou toute action
discriminatoire visant l’ensemble des membres d’un groupe humain
ethnique ou religieux dont on considère que les opinions et les
comportements sont semblables car déterminés par leur
appartenance à ce groupe.
Dans le conflit qui nous occupe les groupes
victimes de préjugés et/ou de discriminations sont les
Palestiniens, les Arabes (arabophobie), les musulmans (islamophobie)
et les juifs, considérés soit en tant qu’adeptes de la religion
juive (judéophobie), soit en tant que membres d’une
ethnie, voire d’une « race » au sens biologique du mot (antisémitisme).
Le sionisme est-il raciste ?Qu’est-ce que le sionisme ? Pour le « Petit
Robert » il s’agit d’un « mouvement politique visant à
l’établissement puis à la consolidation d’un Etat juif (la
nouvelle Sion) en Palestine »
[1]. Denis
Charbit a, pour sa part, réuni dans un volumineux ouvrage de
nombreux écrits et discours émanant de penseurs et de dirigeants
sionistes[2].
S’y manifeste à la fois la diversité de la pensée sioniste mais
aussi ce qui fait son unité : « Le programme commun admis
par tous les courants dits sionistes découle en premier lieu
d’une affirmation de principe essentielle : les Juifs
constituent une nation. » Sur cette base, le sionisme « se
résume, toutes tendances confondues, par :
1)
L’aspiration au rassemblement national
des Juifs sur un même territoire.
2)
La revendication d’« Eretz Israël »[3]
comme le lieu unique, nécessaire et désirable, de ce
rassemblement (…).
3)
La revendication d’un régime d’autonomie
la plus large possible afin de permettre aux Juifs de déterminer
leur destin collectif.
4)
Enfin, l’adoption de l’hébreu comme
langue de communication quotidienne entre les Juifs installés en
Palestine »[4].
Notons cependant que de nombreux partisans
déclarés du sionisme le présentent comme le « mouvement de
libération nationale du peuple juif ». Sur base d’une telle
définition, tout opposant au sionisme peut être taxé
d’antisémitisme puisque opposé à la « libération des juifs ».
J’adopte, quant à moi, la définition
générale de Denis Charbit, citée ci-avant.
Deux points de cette définition appellent
néanmoins un commentaire :
·
L’ensemble des sionistes considère que
tous les juifs du monde font partie d’un seul et même peuple.
Comme l’a remarquablement démontré l’historien israélien Shlomo
Sand dans son livre Comment le peuple juif fut inventé[5],
cette vision relève du mythe car l’ensemble des juifs du monde
ne constitue pas un « groupe humain (…) qui se caractérise
par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle)
et la volonté de vivre en commun »[6].
Par contre, au sens de cette définition, les Juifs de l’Etat
d’Israël constituent aujourd’hui indéniablement une nation.
C’est un fait objectif, une réalité que tout partisan d’une paix
juste doit prendre en compte[7].
·
« La revendication d’un régime
d’autonomie la plus large possible afin de permettre aux Juifs
de déterminer leur destin collectif » n’implique pas
forcément la revendication d’un Etat indépendant réservé aux
seuls juifs. Avant la Deuxième Guerre mondiale, certains
courants sionistes pas du tout marginaux à cette époque, furent
partisans de la création en Palestine d’un Etat binational. Ce
fut par exemple le cas du mouvement Brit Shalom (L’Alliance
pour la Paix), qui se battait avec acharnement pour « parvenir
à un accord entre Juifs et Arabes sur la forme de
leurs relations sociales en Palestine, sur base de l’égalité
absolue des deux peuples culturellement autonomes »[8],
autrement dit pour la constitution d’un Etat binational. Mais
dès le début des années 1940, Brit Shalom avait
définitivement perdu son combat. Il n’existe actuellement aucun
mouvement ou parti se réclamant du sionisme et défendant
l’égalité complète des droits des deux peuples vivant en
Israël-Palestine.
Le sionisme est-il donc une doctrine
raciste ? On peut déduire de ce qui précède que la réponse à
cette question n’est pas évidente vu l’existence au sein du
mouvement sioniste, dans le passé en tout cas, de courants
divergents quant à la politique à mener vis-à-vis des
populations non juives établies en Palestine. Par contre, le
caractère raciste des actions menées par la direction politique
sioniste en Palestine depuis les années 1930 ne fait aucun
doute, comme nous allons le démontrer.
Aujourd’hui, tous les partis et
associations sionistes, qu’ils soient israéliens ou non,
considèrent que ceux qui remettent en question le « caractère
juif » de l’Etat d’Israël veulent sa « destruction ». Mais
qu’entendent-ils par là ?
La défense du « caractère juif »
de l’Etat d’Israël … et ses conséquences pour les PalestiniensEn 1896, Theodor Herzl, journaliste juif
hongrois, publie un livre qui est aujourd’hui considéré comme LE
livre fondateur du sionisme en tant que doctrine et mouvement
politique[9].
Son titre, L’Etat des
Juifs, résume bien son programme : créer un Etat
destiné à accueillir les juifs du monde entier. Dès 1905, un
congrès de l’Organisation sioniste (fondée à l’initiative
d’Herzl en 1897) décide que c’est en Palestine, alors sous
domination ottomane, que l’Etat des Juifs devra être
établi. Dans les faits et contre la volonté d’une minorité de
sionistes qui cherchaient l’entente avec les habitants arabes de
la Palestine, l’action politique du mouvement sioniste visera,
dès le début de son action, à encourager au maximum
l’immigration juive et à favoriser le départ d’un maximum
d’habitants arabes de ce territoire.
Comment cela s’est-il fait concrètement ?
Dans une première phase, alors que le
nombre de colons sionistes était faible et que le mouvement ne
disposait d’aucun moyen pour chasser la population arabe de son
territoire par la force, c’est par l’achat de terres que
commença l’expulsion des paysans palestiniens (à cette époque,
la grande majorité des Palestiniens vivaient de l’agriculture) :
le mouvement sioniste récoltait des fonds pour acheter un
maximum de terres à de grands propriétaires fonciers[10]. La plupart
des contrats de vente stipulaient que la terre devait être
livrée « vide d’habitants ». De nombreux ouvriers agricoles
perdirent ainsi leur gagne-pain.
En novembre 1947, l’instrumentalisation
politique du judéocide[11]
par le mouvement sioniste et l’appui qui en résulta de la part
des Etats-Unis, de l’U.R.S.S. et de la grande majorité des Etats
européens (à une époque où la plupart des Etats africains et de
nombreux Etats asiatiques n’avaient pas encore obtenu leur
indépendance et donc de siège à l’O.N.U.) permit au mouvement
sioniste d’obtenir un partage de la Palestine très avantageux
pour les colons sionistes puisqu’alors qu’ils représentaient
moins d’un tiers de la population, ils se virent attribuer 55 %
du territoire pour y créer l’« Etat des Juifs ». Cette réussite
posait pourtant un problème redoutable aux dirigeants
sionistes : la population de « leur » partie de la Palestine
était composée de 498.000 juifs … et de 407.000 Arabes[12].
Comment en garantir le « caractère juif » dans de telles
conditions ?
C’est le refus, inévitable[13],
de ce partage par les représentants palestiniens qui offrit à la
direction sioniste l’occasion de résoudre rapidement ce
« problème ». Les sionistes, qui disposaient désormais de forces
armées bien entraînées et de mieux en mieux armées, profitèrent
de l’attitude attentiste de l’autorité mandataire britannique,
qui préparait déjà son départ, pour entreprendre l’expulsion des
Palestiniens vivant sur le territoire attribué par l’O.N.U. à
l’« Etat juif ». C’est ainsi que le 15 mai 1948, jour où des
contingents armés venus de Transjordanie, de Syrie, d’Egypte,
d’Irak et du Liban pénétrèrent en Palestine, près de 400.000
Palestiniens avaient déjà fui devant l’offensive israélienne ou
avaient été expulsés de chez eux.
A l’issue de ce premier conflit
israélo-arabe, début 1949, grâce à de décisifs soutiens
extérieurs, l’« Etat des Juifs » recouvrait désormais 78 % du
territoire palestinien au lieu des 55 % octroyés par l’Assemblé générale de l’O.N.U.. Et la
population palestinienne était devenue très minoritaire sur ce
territoire du fait de son expulsion ou de sa fuite provoquée et
de l’opposition résolue du gouvernement israélien au retour des
800.000 exilés, en contravention avec la résolution 194 de
l’Assemblée générale de l’O.N.U., pourtant votée par les
représentants israéliens (le droit au retour des « personnes
déplacées » était la condition pour l’admission de l’Etat
d’Israël en tant qu’Etat membre de l’O.N.U.).[14]
Les 160.000 Palestiniens demeurés ou
revenus clandestinement sur le territoire de l’« Etat juif » à
la fin du conflit furent ensuite traités globalement en ennemis
et soumis à une administration militaire durant 18 ans (!).
Dès le 30 juin 1948 est votée une loi « sur
le bien des absents » (elle sera révisée en 1950). Elle crée la
catégorie des « présents-absents », ces Palestiniens que leur
absence temporaire entre le 14 mai 1948 et l’entrée en vigueur
de la loi a transformé, une fois revenus, en propriétaires
fantômes. Entre 1948 et 1966, le nouvel arsenal juridique
israélien permettra l’appropriation par l’Etat au profit des
habitants juifs d’1,6 millions d’hectares de terres appartenant
à des Palestiniens.[15] De plus,
d’après un bilan établi par un expert israélien en 1952, dès
cette date, l’Etat israélien s’était emparé de 73.000 pièces
d’habitation et de 8.700 magasins, ateliers et entrepôts
abandonnés par leurs propriétaires.[16]
Cette politique entraînera une prolétarisation massive de
paysans palestiniens privés de leurs terres et la création, par
des Palestiniens empêchés de revenir chez eux, d’environ 150
nouveaux villages, construits à quelques centaines de mètres des
localités d’origine désormais peuplées d’immigrants juifs. Ces
localités étant considérées comme « non reconnues » par les
autorités israéliennes, elles ne bénéficient, encore
aujourd’hui, d’aucun service public. D’où l’absence de connexion
aux réseaux d’électricité, d’eau, de téléphone, d’égouts.
S’ajoute à cela l’interdiction de toute construction de voirie,
de bâtiments, l’ouverture d’écoles, de cliniques ou même de
crèches publiques.[17]
En 1950, le parlement israélien vota la
« loi du retour » qui octroyait d’office la citoyenneté
israélienne à tout immigrant reconnu comme juif. C’est ainsi que
les exilés palestiniens furent rapidement remplacés par des
juifs venus d’Europe mais aussi et surtout du monde arabe au
sein duquel les opinions publiques prenaient de plus en plus
fait et cause pour leurs « frères » de Palestine. Cette
migration massive des juifs des Etats arabes vers le jeune Etat
d’Israël fut encouragée par tous les moyens par le mouvement
sioniste, soucieux de gagner la « bataille démographique » (voir
plus loin).
Si la « loi du retour » faisait et fait
toujours aujourd’hui de tout juif, d’où qu’il provienne dans le
monde, un citoyen potentiel de l’Etat d’Israël, en revanche les
lois sur la nationalité israélienne adoptées en 1952 et 1959
stipulent qu’un Palestinien ne peut acquérir la citoyenneté
israélienne que par la naissance, la résidence ininterrompue ou
la naturalisation, qui implique un engagement officiel de
loyauté à l’égard de l’Etat.
La fin de l’administration militaire ne
signifia absolument pas la fin des discriminations pour les
Palestiniens d’Israël, même devenus citoyens de cet Etat. Depuis
lors, et aujourd’hui encore, celles-ci sont nombreuses. Exemples[18]
:
- l’accès au marché du travail est beaucoup
plus difficile pour un citoyen arabe que pour un juif ;
- les discriminations sont patentes dans le
domaine de l’accès aux services et aux droits sociaux :
infrastructure scolaire, sanitaire et médicale, équipements des
quartiers, droit aux allocations de chômage, accès aux études
supérieures ;
- il est beaucoup plus difficile pour un
Palestinien que pour un Juif d’obtenir un permis de bâtir ;
- la loi israélienne interdit, avec des
exceptions des plus réduites, l’unification des familles, quand
un des conjoints est palestinien et réside dans les territoires
occupés.
- les Palestiniens ne bénéficient pas de
l’aide des organisations sionistes qui sont devenues, depuis
1952, bien que financées par la « diaspora » (les juifs ne
vivant pas en Israël), des institutions quasi gouvernementales
et sont investies de multiples tâches d’équipement, d’assistance
sociale ou d’animation culturelle ;
-
n’étant pas soumis aux obligations militaires (à
l’exception de la minorité druze depuis 1956 et d’un petit
nombre d’Arabes chrétiens et de bédouins), ils ne peuvent
prétendre aux avantages sociaux attachés au statut d’ancien
conscrit (allocations familiales, aide au logement) ;
- etc …
Malgré toutes les discriminations dont ils
sont victimes, les Palestiniens titulaires de la citoyenneté
israélienne ont tout de même une série de droits garantis par
les lois israéliennes. Ceci n’est pas du tout le cas dans les
territoires occupés par l’armée israélienne depuis juin 1967 où
les Palestiniens (et les Syriens du plateau du Golan) vivent
sous le contrôle étroit et permanent de l’armée israélienne. La
création de « territoires autonomes » à partir de 1994 n’a rien
changé de fondamental à cela. Au contraire, le morcellement de
la Cisjordanie (et de la Bande de Gaza jusqu’en 2005) a été
aggravé depuis la mise en œuvre des Accords d’Oslo avec la
création, en 1995, des zones « A », « B » et « C »[19]
et la multiplication consécutive des « checkpoints » (points de
contrôle) fixes et mobiles. Alors que les colons juifs
bénéficient de tous les droits des citoyens juifs de l’Etat
d’Israël, d’infrastructures modernes, de « routes séparées » qui
leur permettent d’éviter les villages palestiniens et les
checkpoints, ainsi que de la protection bienveillante de
l’armée, l’occupation signifie pour les Palestiniens de ces
territoires, toujours plus de confiscations de terres
(particulièrement avec la construction de la « barrière de
sécurité » toute entière située en Cisjordanie), de pillages des
ressources en eau, de destructions de bâtiments, d’arrachages
d’arbres, d’obstacles mis au déplacement des personnes et des
biens, d’arrestations et d’emprisonnements arbitraires, de
mauvais traitements infligés aux prisonniers, d’assassinats
« ciblés » et de « dégâts collatéraux ».
Bien que le sort des Arabes palestiniens et
syriens vivant sur les territoires sous contrôle israélien
(Israël proprement dit, Jérusalem-Est, la Cisjordanie, la bande
de Gaza et le plateau du Golan) soit très différent selon que
ceux-ci bénéficient ou non de la citoyenneté israélienne, ils
sont tous victimes des conséquences de l’obsession sioniste de
la séparation, selon laquelle, pour vivre en sécurité, les juifs
doivent vivre entre eux, séparés des non juifs. En Israël même,
les localités « mixtes » sont rares et sont elles-mêmes divisées
en quartiers juifs et arabes culturellement homogènes.
La peur de la « destruction » de
l’Etat d’Israël La méfiance vis-à-vis des non juifs est au
fondement de l’idéologie sioniste. Un très grand nombre
d’Israéliens sont convaincus que, s’ils en avaient les moyens,
« les Arabes jetteraient tous les Juifs à la mer ». En réalité,
aucun parti politique palestinien n’a jamais prôné un tel projet[20].
Ainsi, par exemple, dans son programme
politique de 1969, le Fatah, alors dirigé par Yasser Arafat,
prônait la fin de l’Etat d’Israël et son remplacement par un
Etat palestinien « indépendant et démocratique dont tous les
citoyens, quelle que soit leur confession, jouiront de droit
égaux ».[21]
Ceci signifiait une acceptation des juifs établis en Palestine
en tant que communauté religieuse mais non en tant que nation. A
la même époque, le Front Démocratique pour la Libération de la
Palestine, parti marxiste dirigé par Nayef Hawatmeh, proposait
quant à lui « un Etat palestinien de démocratie populaire où
vivront sans discrimination Juifs et Arabes, un Etat opposé à
toute domination de classe et de nationalisme et dans lequel le
droit des Arabes et des Juifs à perpétuer et développer leur
propre culture sera respecté ».[22]
Dans ce cas, même si, contrairement aux partis communistes, le
FDLP ne prônait pas alors l’édification d’un Etat binational
(c’est le cas maintenant), il reconnaissait tout de même une
identité nationale et plus seulement religieuse aux juifs de
Palestine.
En 1988, le Conseil National Palestinien[23]
a accepté l’existence de l’Etat d’Israël dans ses frontières du
4 juin 1967. Il n’a pas changé de position depuis. Par contre le
Hamas affirme encore aujourd’hui sa volonté de remplacer, à
terme, l’Etat d’Israël par un Etat palestinien islamique. Ce qui
n’équivaut pas non plus à « jeter les Juifs à la mer » mais plus
probablement à en faire des citoyens « de seconde classe ». Il
faut cependant noter que, depuis les élections qu’ils ont
remporté en 2006, les dirigeants du Hamas se sont à maintes
reprises déclarés prêts à accepter une « trêve à long terme » en
échange du retrait d’Israël de l’ensemble des territoires
occupés par Israël depuis 1967.
Le plan de paix de la Ligue des Etats
arabes, adopté à l’unanimité en 2002, va plus loin puisqu’il
propose en échange du retrait d’Israël de ces territoires et
d’une solution négociée de la question des réfugiés sur base des
résolutions pertinentes de l’ O.N.U., la normalisation complète
des relations des pays arabes avec l’Etat d’Israël.
Tout ceci n’empêche pas la très grande
majorité des sionistes d’être sincèrement persuadés que, dans le
fond, ce que tous les Palestiniens et ceux qui les soutiennent
veulent c’est que les juifs quittent le Proche-Orient.
D’où provient cet aveuglement ?
Les sionistes sont terrorisés à l’idée que
l’Etat d’Israël renonce à être l’«Etat des Juifs » pour devenir
l’Etat de tous ses citoyens traités sur pied d’égalité quelle
que soit leur appartenance culturelle ou religieuse, parce
qu’ils savent que cela signifierait probablement à terme que les
juifs deviendraient minoritaires dans cet Etat. En effet, comme
nous l’avons vu, pour parvenir à ce que l’Etat d’Israël soit
peuplé d’une nette majorité juive et à garantir cette situation
dans la durée, l’« Etat juif » s’est doté de lois
discriminatoires favorisant les juifs aux dépens des non juifs.
Il fait peu de doute que si ces lois racistes et contraires au
droit international étaient abrogées (comme la « loi du
retour », celles qui empêchent le retour des exilés, celles qui
limitent considérablement la possibilité d’achat de terres pour
les non juifs, celles qui empêchent la réunion des familles
palestiniennes en Israël, etc.), le maintien d’une majorité
démographique juive ne serait plus garanti. Ceci terrorise la
plupart des Israéliens car ils pensent que les Palestiniens
prendraient leur revanche en faisant subir à la minorité juive
ce que les Juifs israéliens font subir « légalement » aux
Palestiniens, profitant du fait qu’ils sont archi-majoritaires
au Parlement israélien. Il faut dire que l’Etat d’Israël est une
« démocratie » très particulière : le fait qu’elle ne s’est pas
dotée d’une Constitution garantissant les droits fondamentaux
des individus et des minorités lui a permis et lui permet
toujours de discriminer à sa guise ses habitants non juifs. La
« démocratie » israélienne est en réalité la dictature de la
majorité (juive) sur la minorité (essentiellement
palestinienne). Par contre, dans toutes les démocraties
européennes, les droits et libertés individuels des citoyens
sont garantis par les lois fondamentales des Etats et de
nombreuses lois protègent les droits des minorités (ce qui ne
veut pas dire que tout y est parfait sur ce plan). C’est ainsi
que dans aucun de ces Etats les minorités juives ne sont
discriminées.
Mais alors, pourquoi les Israéliens ne
revendiquent-ils pas une démocratie « à l’européenne », puisque
ce modèle protège parfaitement ses minorités juives ? Et
pourquoi la majorité des juifs qui vivent ainsi protégés dans ce
type de démocratie (qui existe aussi sur le continent américain)
ne sont-ils pas critiques vis-à-vis de la politique
manifestement raciste de l’Etat d’Israël à l’égard de la
population palestinienne ?
Réponse : c’est parce que les uns et les
autres ont adhéré en masse à l’idéologie sioniste.
Reste à expliquer pourquoi. Ce qui oblige à
revenir un instant sur les fondements irrationnels de cette
idéologie.
Comment expliquer l’adhésion de
très nombreux juifs à l’idéologie sioniste ?Le projet sioniste est né à la fin du XIXe
siècle, époque où les communautés juives de l’empire russe
furent victimes d’épouvantables pogroms, ces agressions en
groupes tolérées voire suscitées par le régime tsariste qui
coûtèrent la vie à des milliers de personnes. Il repose sur une
vision extrêmement pessimiste de l’humanité selon laquelle toute
cohabitation harmonieuse entre les minorités juives et
les populations non juives majoritaires est impossible à long
terme. Pour les sionistes, l’histoire des minorités juives
dispersées dans le monde n’a été faite que d’une succession de
malheurs dus à la malveillance des populations majoritaires à
l’égard des juifs. C’est pourquoi les juifs, considérés comme
formant un peuple particulier, doivent renoncer à vivre parmi
les autres peuples, potentiellement hostiles, et créer leur
propre Etat, un Etat fort, capable de se défendre seul contre
tout agresseur potentiel. C’est cette conception des rapports
entre juifs et non juifs qu’on appelle le « complexe de
Massada » ou de la « citadelle assiégée »[24].
Mais jusqu’au lendemain de la Deuxième
Guerre mondiale, l’idéologie sioniste resta minoritaire parmi
les Juifs européens et quasi absente des autres communautés
juives dont les membres vivaient généralement en bonne entente
avec leurs voisins non juifs. Le sionisme n’est devenu
l’idéologie dominante dans la plupart des communautés juives
qu’après la Deuxième Guerre mondiale.
Comment l’expliquer ?
Beaucoup de gens sous-estiment les effets
psychologiques à long terme que peut générer un génocide. Le
ralliement à l’idéologie sioniste de la majorité des juifs
européens au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale s’explique
avant tout par une vision du monde transformée par l’expérience
traumatisante du judéocide. Et ces traumatismes transmettent une
partie de leurs effets aux générations suivantes : tout juif
dont les parents ou les grands-parents ont vécu la guerre sous
le joug nazi est, d’une manière ou d’une autre,
psychologiquement « marqué » par cet atavisme. Ce qui explique,
au moins en partie, pourquoi la vision sioniste du monde est
encore dominante aujourd’hui parmi les juifs européens ou
d’origine européenne. C’est ainsi que l’Etat moderne d’Israël
est considéré par de nombreux juifs de la diaspora comme « le
dernier refuge », le lieu où l’on pourrait se réfugier « au cas
où … ». D’où l’importance vitale, à leurs yeux, de le préserver
en tant qu’Etat juif, ce qui implique que les juifs y restent, à
tout prix, majoritaires.
Ceci permet de comprendre pourquoi la
majorité des Israéliens et un grand nombre de juifs de la
diaspora, pourtant partisans inconditionnels de la « loi du
retour » qui permet aux Juifs du monde entier de devenir
citoyens de l’Etat d’Israël, refusent d’admettre le principe du
droit au retour des exilés palestiniens victimes des guerres
successives ayant opposé Juifs et Arabes en Palestine-Israël
depuis 1947. Le fait que les représentants palestiniens se
déclarent depuis longtemps prêts à négocier la mise en œuvre de
ce principe n’y change rien.
En réalité, depuis sa création, Israël est
le pays où les juifs sont le moins en sécurité. Ce constat ne
semble pas ébranler la conviction qu’il constitue un refuge pour
les juifs. C’est même le contraire qui se produit : plus la
politique de l’Etat juif se heurte à la résistance des
Palestiniens et à la réprobation de l’opinion publique
internationale, plus la majorité de l’opinion publique juive
israélienne et diasporique, confortée dans le sentiment que les
juifs sont encore et toujours les victimes de l’hostilité des
non juifs, se raidit dans une attitude intransigeante. Ce qui,
d’une part, amène les électeurs israéliens à se choisir des
dirigeants de plus en plus intraitables avec les Palestiniens
et, d’autre part, fait grandir chez ceux-ci des sentiments de
colère, d’humiliation, voire de haine et de désespoir, ce
désespoir qui amène certains Palestiniens, ne trouvant plus de
sens à leur vie, à chercher à en donner un à leur mort, en
perpétrant de meurtriers attentats-suicides. Nous sommes là dans
un tragique cercle vicieux.
Mais aujourd’hui les descendants des
victimes du judéocide sont devenus minoritaires parmi les Juifs
israéliens. Il reste donc à expliquer pourquoi le raidissement
décrit ci-avant concerne l’écrasante majorité de la population
juive d’Israël.
Dans son livre
Le Septième Million,
l’historien israélien Tom Segev nous donne la clé de cette énigme. Il y montre comment les
dirigeants israéliens ont utilisé la mémoire du génocide des
juifs par les nazis pour façonner une identité collective
israélienne. Dès leur plus jeune âge, les enfants israéliens,
quelle que soit l’histoire de leurs ancêtres, sont élevés dans
le souvenir et le culte du passé tragique des communautés juives
européennes. C’est donc l’ensemble de la population juive
israélienne qui porte le poids du passé, qui se voit transmettre
le traumatisme et ses effets secondaires, à commencer par le
« complexe de Massada ».
[25]
Pour tous ceux qui sont imprégnés de la
vision sioniste du monde, celui qui aspire à la
« désionisation » de l’Etat d’Israël, c’est-à-dire à sa
transformation d’un « Etat juif » en
un Etat de tous ses
citoyens traités sur pied d’égalité, ne peut être qu’un ennemi
mortel des juifs.
Instrumentaliser l’antisémitisme
pour justifier une politique profondément racisteDurant l’offensive de l’armée israélienne
au Liban de l’été 2006 et plus précisément au lendemain du
bombardement de Kfar Kana au cours duquel au moins trente civils
dont une majorité d’enfants avaient péri suite à un bombardement
israélien, le premier ministre israélien, Ehud Olmert déclara
dans un discours adressé « aux dirigeants du monde » : « Aujourd’hui
je représente la voix de six millions de citoyens israéliens
bombardés qui représentent eux-mêmes la voix de six millions de
Juifs assassinés qui furent réduits en poussière et en cendre
par des sauvages en Europe. Dans les deux cas, les responsables
de ces actes diaboliques étaient, et sont, des barbares dénués
de tout humanité qui se sont donnés un seul simple but : effacer
le peuple juif de la surface de la terre, comme le disait Adolf
Hitler, ou effacer l’Etat d’Israël de la carte, comme le
proclame Mahmoud Ahmadinejad.
Et vous, de la même manière dont vous
n’avez pas pris au sérieux ces paroles à l’époque, vous les
ignorez aujourd’hui. Et cela, Mesdames et Messieurs, dirigeants
du monde, n’arrivera plus. Plus jamais nous n’attendrons des
bombes qui ne sont jamais venues pour détruire les chambres à
gaz. Plus jamais nous n’attendrons un salut qui n’arrive
jamais. Maintenant nous avons notre propre force aérienne. Le
peuple juif est maintenant capable de se dresser contre ceux qui
veulent le détruire (…) »[26].
Cette « Guerre de trente-trois jours »
avait débuté le 12 juillet 2006, à la suite d’un accrochage
entre une patrouille israélienne et des militants du Hezbollah
sur la frontière entre le Liban et Israël. Huit soldats
israéliens et un membre du Hezbollah avaient été tués et deux
soldats israéliens avaient été faits prisonniers. La réaction de
l’armée israélienne a été une nouvelle offensive meurtrière
(préparée depuis longtemps) visant presque tout le territoire
libanais. Au moment de ce discours, les attaques aériennes et
terrestres de l’armée israélienne avaient déjà fait plusieurs
centaines de morts. Aucun soldat ou milicien libanais n’avait
pénétré sur le territoire israélien mais le nord d’Israël était
bombardé par le Hezbollah. A l’issue des opérations militaires,
Le Liban déplorera près de 1.200 morts, très majoritairement
civils et Israël 162 morts dont 121 militaires[27].
Ce court rappel historique fait apparaître
clairement le caractère complètement fantasmagorique du discours
d’Olmert. Prétendre que cette guerre d’agression contre le Liban
était nécessaire non seulement à la survie du peuple israélien
mais même à celle du « peuple juif » tout entier est tout
simplement délirant … pour le commun des mortels… mais tout à
fait cohérent avec la vision du monde sioniste, dominante en
Israël et parmi les juifs ailleurs dans le monde.
A la différence de ce que je me suis
efforcé de faire jusqu’ici dans cet article, c’est-à-dire de
parler le langage des faits et de l’analyse rationnelle,
j’éprouve le besoin de communiquer brièvement au lecteur les
sentiments forts que m’inspirent de tels propos. Je fais partie
d’une « communauté de destin », celles des juifs d’Europe,
croyants ou non, dont les familles ont été décimées durant la
Seconde Guerre mondiale, du seul fait que leurs membres avaient
été considérés comme juifs par les nazis ou leurs complices.
Bien qu’ayant eu la chance de naître plusieurs années après la
fin du judéocide, je suis profondément marqué par ce passé
familial tragique. Apprendre que le premier ministre israélien
prétend parler au nom de « six
millions de citoyens israéliens bombardés qui représentent
eux-mêmes la voix de six millions de Juifs assassinés qui furent
réduits en poussière et en cendre par des sauvages en Europe »
pour justifier des crimes de guerre me remplit de colère.
D’autant plus que je sais que cette instrumentalisation des
victimes du judéocide, cette prétention à « faire parler les
morts » pour justifier une politique profondément raciste et
souvent criminelle, est récurrente dans le chef des dirigeants
et idéologues sionistes. C’est ainsi que l’Etat d’Israël et les
organisations sionistes qui le soutiennent se sont appropriées,
presque partout, l’organisation des commémorations du judéocide.
Cet Etat qui pratique au quotidien une politique raciste et se
donne le droit d’assassiner des non juifs innocents dans
d’innombrables « dégâts collatéraux » s’est même arrogé le
pouvoir exclusif de désigner les « Justes parmi les nations »,
c’est-à-dire les personnes non juives estimées dignes d’être
distinguées par lui pour avoir sauvé des vies juives au temps de
la barbarie nazie. Il est vrai que pour les dirigeants sionistes
(je cite Olmert) «effacer l’Etat d’Israël de la carte »
[il faut comprendre ici l’Etat d’Israël en tant qu’« Etat des
juifs »] équivaut à « effacer le peuple juif de la surface de
la terre ».
Pour justifier la manière, éminemment
condamnable au regard du droit international, dont ils ont
traité et dont ils traitent les Palestiniens, les dirigeants
israéliens ne cessent d’instrumentaliser le judéocide et les
autres manifestations (réelles ou supposées) d’antisémitisme. De
nombreux livres ont traité de ce sujet.[28]
Qu’il s’agisse du refus du retour des exilés et de leurs
descendants, des discriminations continuelles dont sont victimes
les Palestiniens d’Israël, de la poursuite de l’occupation et de
la colonisation des territoires conquis en 1967, des
arrestations arbitraires, des mauvais traitements des
prisonniers, des assassinats « ciblés », des agressions contre
le Liban, de l’interminable et cruelle punition collective que
constitue le blocus de Gaza, de l’agression sanglante contre ce
même territoire en décembre 2008 et janvier 2009, tout est
justifié au nom de la « survie d’Israël » confondue avec la
survie des juifs dans leur ensemble puisque pour les dirigeants
israéliens et les sionistes partout dans le monde, l’Etat
d’Israël est l’« Etat refuge », la seule « assurance survie » de
l’ensemble des juifs.
Pour la plupart des Israéliens, pétris
qu’ils sont de la vision sioniste du monde, les actes agressifs
que commettent les Palestiniens ou d’autres Arabes à leur égard
ne s’explique que par leur « haine des juifs ». Et il en est de
même pour ce qui concerne la solidarité active de ceux qui
défendent les droits bafoués du peuple palestinien. Combien de
fois n’entend-on pas, par exemple, des « amis d’Israël »
insinuer que ceux qui s’engagent pour la cause d’une paix juste
au Proche-Orient doivent avoir un fond d’antisémitisme
puisqu’ils concentrent leurs attaques contre l’« Etat juif » et
qu’ils négligent de s’indigner contre d’autres Etats qui
commettraient des crimes entraînant des victimes beaucoup plus
nombreuses (au Darfour, dans l’est du Congo, …). On pourrait
répondre à cela que personne ne peut humainement s’engager pour
toutes les causes justes du monde, que le confit
israélo-palestinien concerne particulièrement les Européens que
nous sommes parce que le génocide des juifs s’est produit en
Europe et que la responsabilité européenne dans l’origine du
conflit (la décision de diviser la Palestine en un Etat juif et
un Etat arabe) est énorme, que l’enjeu de ce combat centenaire
dépasse de loin ses protagonistes directs vu qu’il mine
profondément les relations entre le « monde occidental » et le
« monde musulman », etc. Mais je crois qu’il est vain, du moins
à brève échéance, de tenir le langage de la raison à des
personnes pétries de la vision sioniste du monde. Il est par
contre très important que ceux qui désirent œuvrer pour une paix
juste au Proche-Orient ne tombent pas dans le piège de la
culpabilisation, susceptible de les démobiliser.
Les dérives antisémites et
négationnistes chez certains « amis » des PalestiniensLes sionistes militants font tout ce qu’ils
peuvent pour faire croire à l’opinion publique que tous les
juifs soutiennent le droit à l’existence de l’Etat d’Israël
comme « Etat juif » et que toute personne remettant cet état de
fait en question ne peut que vouloir du mal aux juifs. C’est
ainsi que ceux qui militent pour que justice soit rendue aux
Palestiniens, pour que la démocratie règne en Palestine-Israël,
c’est-à-dire pour que l’« Etat des juifs » soit remplacé ou bien
par deux Etats dont les citoyens bénéficient tous des mêmes de
droits, et dans le(s)quel(s) les droits culturels des minorités
sont protégés ou bien par un seul Etat binational, sont
régulièrement traités d’antisémites se cachant derrière le
« masque de l’antisionisme ». Quant aux juifs qui sont du même
avis, ils sont soit considérés comme des traîtres, soit comme
des malades mentaux souffrant de la « haine de soi ».
Mais si ceux qui prennent la défense des
Palestiniens victimes depuis si longtemps du déni de leurs
droits ne doivent pas céder au chantage à l’antisémitisme, ils
doivent aussi rester vigilants face aux dérives antisémites qui
existent sans aucun doute chez certains « amis » du peuple
palestinien. Je parle bien d’antisémitisme et non de
judéophobie car les préjugés dont il va être question ne
concernent pas les seuls
adeptes et pratiquants de la religion juive mais bien l’ensemble
des juifs, qu’ils soient croyants ou non, considérés (à tort
selon moi) comme constituant une seule ethnie.
La confusion entre juifs, Israéliens
et sionistes
Certains défenseurs des droits des
Palestiniens tombent à pieds joints dans le piège que leur
tendent les propagandistes sionistes : ils pensent que tous les
juifs soutiennent inconditionnellement la politique de l’Etat
israélien voire même que tous les juifs sont titulaires d’une
double nationalité, celle du pays où ils vivent et
l’israélienne. Ce préjugé est non seulement contraire à la
vérité mais de plus empreint de racisme puisqu’il revient à
considérer que, toutes les personnes considérées comme
appartenant à un même groupe ethnique ou religieux, pensent
automatiquement la même chose. Il fait de plus beaucoup de tort
à la cause d’une paix juste au Proche-Orient car il renforce une
représentation ethnico-religieuse du conflit, dans lequel on ne
prend pas parti pour ce qui est juste mais pour un « camp »
compris comme un des deux peuples en conflit.
Le mythe du « lobby juif »
Aux Etats-Unis, où les groupes de pressions
(lobbies) ont plus qu’en Europe pignon sur rue, les
sionistes utilisent eux-mêmes l’expression « lobby juif » pour
désigner l’ensemble des puissantes organisations qui consacrent
tous leurs efforts à amener les autorités politiques américaines
à soutenir politiquement, économiquement et militairement les
gouvernements israéliens quels que soient leurs choix politiques[29].
En Europe cette expression est moins entrée dans les mœurs, ce
qui n’empêche pas des lobbys pro-israéliens d’exister au grand
jour, tel par exemple « European Friends of Israël »,
groupe de pression défendant les positions gouvernementales
israéliennes au sein du Parlement européen.
Je pense personnellement que les partisans
d’une paix juste au Proche-Orient doivent bannir de leur
vocabulaire l’expression « lobby juif » et la remplacer par
« lobby pro-israélien » ou « lobby sioniste »[30].
D’abord parce que l’expression « lobby juif » donne à penser que
n’agissent au sein de ces lobbys que des personnes juives, ce
qui est parfaitement faux. Aux Etats-Unis par exemple, parmi
ceux qui ont le plus de poids dans le lobby pro-israélien, on
trouve un grand nombre de chrétiens fondamentalistes qui
soutiennent sans réserve l’Etat d’Israël pour des raisons
religieuses : ils sont convaincus que ce qu’ils appellent la
« renaissance du Royaume d’Israël » prépare le retour de Jésus
sur terre comme Christ triomphant du mal. Selon eux, cet
événement provoquera la conversion des juifs qui reconnaîtront
enfin la nature divine de Jésus. En Europe aussi on trouve de
nombreux activistes non juifs dans les groupes de pression
constituant le lobby pro-israélien. Il en est de même du
« Congrès sioniste mondial » (fondé en 1897) qui ne regroupe pas
que des juifs et ne représente pas, loin de là, tous les juifs
du monde.
L’utilisation du terme « lobby juif » pour
parler de ces groupes de pressions soutenant la politique du
gouvernement israélien contribue également à renforcer l’image
d’un conflit ethnique dans lequel chacun doit choisir entre le
« camp juif » et le « camp palestinien » ou le « camp arabe ».
Les mythes du « complot sioniste » et du « complot
juif »
Bien qu’agissant souvent discrètement, ces
lobbys sont loin de constituer des organisations secrètes. Une
minorité de militants « pro-palestiniens » est pourtant
persuadée que les sionistes, poursuivent un but caché qui serait
soit la création d’un « grand Israël » qui s’étendrait « du Nil
à l’Euphrate » soit carrément la « domination du monde ». Ces
derniers pensent que « les sionistes », qu’ils confondent
souvent dans ce cas avec « les juifs » sont les vrais dirigeants
(en grande partie cachés) des Etats-Unis d’Amérique ; ce qui
expliquerait selon eux le soutien inconditionnel que les
dirigeants américains accordent à l’Etat d’Israël. On retrouve
ici le vieux mythe antisémite du « complot juif mondial » déjà
véhiculé à la fin du XIXe siècle par la police tsariste par le
moyen d’un faux célèbre, le « Protocole des sages de Sion » et
repris par Adolf Hitler dans « Mein Kampf ». Cela relève du
délire … qui contribue lui aussi à discréditer le combat des
partisans d’une paix juste entre Israéliens et Palestiniens.
La
tentation du négationnisme[31]
Le livre de Roger Garaudy Les mythes
fondateurs de la politique israélienne[32]
a connu un incontestable succès auprès d’un certain nombre de
militants de la cause palestinienne. Dans un chapitre intitulé
« Le mythe de l’holocauste », l’auteur défend la thèse selon
laquelle les nazis n’ont pas organisé de génocide des juifs. Les
chambres à gaz homicide n’auraient pas existé. Les victimes
juives des nazis, beaucoup moins nombreuses que les chiffres
admis par la plupart des historiens[33],
condamnées aux travaux forcés dans les camps de concentration,
seraient uniquement mortes d’épuisement, de sous-alimentation ou
du fait de maladies contagieuses. Garaudy insinue que le
génocide serait une invention servant à la fois les intérêts de
Staline « pour gommer ses répressions sauvages », des « colonialistes
occidentaux » pour « faire oublier leurs propres crimes »,
des Anglo-américains, pour faire oublier les terribles
bombardements de l’Allemagne et du Japon (utilisation de bombes
atomiques) à la fin de la guerre et des sionistes, pour
légitimer leur politique.
Pourtant contredite par d’innombrables
travaux d’historiens s’appuyant sur des milliers de témoignages
de victimes, de bourreaux et de témoins fortuits ainsi que sur
de très nombreux documents, cette thèse séduit un nombre non
négligeable de sympathisants de la cause palestinienne, prêts à
croire à la théorie du complot. Souvent de bonne foi, ils
adoptent le raisonnement simpliste suivant, directement inspirés
des auteurs et propagandistes des thèses négationnistes : les
sionistes utilisent le judéocide pour justifier leur politique
criminelle, c’est donc qu’ils l’ont inventé (ou exagéré) pour ce
faire. J’en soupçonne quelques autres d’avoir moins de scrupules
et d’adopter l’attitude suivante : puisque ce génocide sert les
sionistes, nions-le !
Voici ce qu’en pensait Edward Saïd,
intellectuel palestinien exilé aux Etats-Unis où il était devenu
professeur d’Université tout en restant un militant infatigable
de la cause de son peuple[34].
Il adressait ce qui suit aux intellectuels arabes :
« La thèse selon laquelle l’Holocauste[35]
ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de
manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier
qu’il prenne conscience de nos souffrances si nous ne sommes pas
en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien
même il s’agit de nos oppresseurs ? Pourquoi, si nous nous
révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils
dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui
refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et
Israël ? Dire que nous devons avoir conscience de la réalité de
l’Holocauste ne signifie aucunement que nous acceptons l’idée
que l’Holocauste innocente le sionisme du mal fait aux
Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de
l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous
rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire. Cela
nous permet de demander aux Israéliens et aux Juifs de faire le
lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux
Palestiniens. Abonder dans le sens de Roger Garaudy et de ses
amis négationnistes au nom de la liberté d’expression est une
ruse imbécile qui ne fait que nous discréditer davantage aux
yeux du monde. C’est une preuve de méconnaissance fondamentale
de l’histoire, un signe d’incompétence et d’échec à mener une
bataille digne. »[36]
Une paix juste est incompatible avec la
négation de la vérité historique.
Condamner le terrorisme d'où qu'il
provienne
Je voudrais enfin mentionner une autre
dérive qui trahit un racisme plus ou moins larvé : le « deux
poids, deux mesures » face aux actes qui relèvent du terrorisme.
Entendons-nous d’abord sur le sens de ce
mot, souvent utilisé à tort et à travers pour discréditer les
actions d’un adversaire : il englobe tous les actes de violence
commis dans un but politique envers une population civile pour
la terroriser, autrement dit pour créer chez elle un sentiment
de peur extrême.p>
Depuis la fin des années 1980, les
« nouveaux historiens » israéliens ont démontré de manière
irréfutable que les forces militaires sionistes ont utilisé la
terreur pour provoquer la fuite des civils palestiniens en 1948.[37]
L’armée israélienne s’est, par la suite, livrée à d’innombrables
actes de terreur pour « faire tenir tranquille » les populations
palestiniennes des camps de réfugiés des pays limitrophes
d’Israël puis, à partir de 1967, les habitants arabes de
Cisjordanie et de la bande de Gaza. Et elle continue à le faire.
Ses dirigeants ne le reconnaissent évidemment pas : quand ces
actes provoquent la mort de civils, il s’agit toujours
officiellement de déplorables victimes « collatérales » d’une
action destinée à combattre des hommes en armes, toujours
dénommés « terroristes » et jamais « résistants à l’occupation».
Et quand ces actions ne font pas de morts, ou plus exactement
pas de morts directs (blocus sévère, arrestations arbitraires,
mauvais traitements, utilisation de bombes assourdissantes, …),
la presse n’en parle presque jamais.
Mais les Palestiniens et certains de leurs
alliés (je pense aux combattants du Hezbollah durant la « Guerre
de trente-trois jours » en 2006) se livrent aussi à des actes de
terreur : attentats-suicides au milieu de groupes de civils,
tirs de roquettes en direction de localités israéliennes, … Or
un certain nombre d’« amis » de la cause palestinienne se
refusent à condamner ce type d’actions. Ils dédouanent les
combattants palestiniens de toute faute morale avec l’un ou
l’autre des arguments suivants :
-
« Face à la puissance de l’armée israélienne, les
Palestiniens n’ont pas d’autre choix » ;
-
« En tant que victimes d’un si long et si grave déni de
leurs droits, les Palestiniens ont
le droit moral d’utiliser tous les moyens à leur portée
pour enfin obtenir gain de cause » ;
-
« Le terrorisme d’Etat israélien rend légitime les actes
de terreur des combattants Palestiniens : ils les commettent
pour se défendre » ;
-
«C’est le seul moyen de se faire entendre au niveau
international ».
Je ne peux absolument pas adhérer à ce type
de raisonnement. Outre le fait, secondaire selon moi, que les
actes de terreur commis par les Palestiniens ne servent en
aucune manière leurs intérêts, bien au contraire, aucune cause,
aussi juste soit-elle, ne peut justifier de tuer délibérément
des personnes innocentes. J’ai toujours été très choqué par la
pratique des bombardements de zones d’habitation pour gagner une
guerre, quelle qu’elle soit. Les Palestiniens ont certes le
droit de résister à l’oppression et à l’occupation, y compris
par les armes, face aux forces armées israéliennes et aux
milices des colons. Mais les actes de terreur déshumanisent ceux
qui les commettent et salit leur cause.
Qu’on me comprenne bien, je ne me permets
nullement de juger les personnes qui commettent
ces actes, souvent poussées qu’elles sont par un désespoir
profond. Mais je condamne catégoriquement ces actes
touchant indistinctement des personnes innocentes et n’épargnant
ni les vieillards, ni les enfants.
Et si certains « amis » de la cause
palestinienne estiment qu’une vie israélienne vaut moins qu’une
vie palestinienne, ils ne sont pas mes amis ni ceux d’une paix
juste.
Qui sont les vrais « amis d'Israël »
Dans l’expression « ami d’Israël », le mot
« Israël » peut recouvrir trois significations : l’Etat
d’Israël, l’ensemble des juifs israéliens ou l’ensemble des
juifs. Pour les sionistes, ces notions sont indissociables : on
ne peut être l’ami des juifs sans être l’ami des juifs
israéliens et de l’« Etat des Juifs ». Ceci permet de comprendre
pourquoi ceux qui critiquent l’Etat d’Israël sont le plus
souvent considérés par les sionistes comme les ennemis du peuple
juif israélien et les ennemis des juifs en général.
Mais l’Etat d’Israël est-il vraiment
l’« ami des juifs » ? Les choix politiques des dirigeants de cet
Etat assurent-ils durablement la sécurité matérielle et physique
à l’ensemble des Juifs israéliens ?
Il est un fait indéniable, conséquence
inévitable de la manière dont ses dirigeants traitent les
Palestiniens, qu’Israël est l’Etat du monde où les juifs vivent
le moins en sécurité. De plus en plus de Juifs israéliens
s’installent à l’étranger non seulement parce que leur sécurité
physique y est mieux assurée - et ceci sans qu’ils soient
astreints à de lourdes obligations militaires - mais aussi dans
l’espoir d’une situation meilleure sur le plan économique.
Les partisans d’une paix juste au
Proche-Orient ne sont pas les ennemis du peuple juif israélien.
Ils ne considèrent pas que le bonheur des Palestiniens signifie
le malheur pour les Israéliens. Bien sûr, pour obtenir une paix
durable, les Israéliens devront arrêter d’opprimer et
d’exploiter les Palestiniens, reconnaître et réparer, autant que
faire se peut, les torts énormes que les choix politiques de
leurs dirigeants ont causés à leurs voisins palestiniens. Mais
au bout du compte, quand l’« Etat des Juifs » où règne la loi du
plus fort aura fait place à une (ou deux) démocratie(s) digne(s)
de ce nom (celle qui assure à chacun des droits et libertés
individuels, qui met le racisme hors-la-loi et qui protège ses
minorités), tous les habitants de la région bénéficieront d’une
vie bien meilleure.
Cependant, pour en arriver là, vu l’impasse
criminelle dans laquelle se fourvoient depuis si longtemps les
Israéliens en se choisissant des dirigeants toujours plus
intransigeants avec les Palestiniens, les partisans d’une paix
juste en Palestine-Israël devront continuer à agir pour que des
pressions efficaces contraignent les dirigeants israéliens à
mettre fin à leur politique illégale, injuste et cruelle à
l’égard des Palestiniens. Seule l’opposition résolue du monde
extérieur aux agissements contraires au droit international et
aux résolutions de l’O.N.U. pourra à la fois contraindre l’Etat
d’Israël à changer radicalement d’attitude et enfin ouvrir les
yeux des Israéliens sur les crimes qu’ils laissent commettre en
leur nom.
Mais les partisans d’une paix juste entre
Israéliens et Palestiniens seront d’autant plus entendus et donc
efficaces dans leurs actions s’ils combattent résolument les
positions revanchardes aux relents racistes de certains
soi-disant « amis du peuple palestinien ».

[1] Le Nouveau
Petit Robert 2010, p. 2377.
[2] CHARBIT, D.,
Sionismes. Textes fondamentaux, Albin Michel/Menorah,
Paris 1998.
[3]
Eretz Israël : « Terre d’Israël » ou « Pays
d’Israël » : Ce terme couvre tous les territoires qui
ont, à un moment ou l'autre, fait partie d'un des
Royaumes juifs à l'époque du Premier et du Second
Temple, c'est-à-dire en plus de la Palestine, une partie
importante de l'actuelle Jordanie. Aujourd’hui, rares
sont cependant les sionistes qui revendiquent encore
l’ensemble de ces territoires.
[4] CHARBIT, D.,
op. cit., pp. II-III.
[5] SAND, S.,
Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, Paris,
2008.
[6] Définition de
« nation » dans Le Nouveau Petit Robert 2010, p.
1672.
[7] C’est
pourquoi, dans cet article, je mets une majuscule au nom
« Juif » quand je veux signifier qu’il s’agit d’un
membre de la nation juive israélienne, qu’il soit
croyant ou incroyant. J’adopte la minuscule pour
désigner un adepte de la religion juive ou un membre
d’une communauté juive (croyant ou non) ailleurs dans le
monde.
[8] Extrait des
statuts de Brit Shalom (rédigés en 1925), cité in ARON,
J., Le sionisme n’est pas le judaïsme. Essai sur le
destin d’Israël, Didier Devillez, Bruxelles, 2003,
p. 151.
[9] D’autres
auteurs avaient cependant défendu avant Herzl l’idée de
la création d’un Etat pour les juifs en Palestine. Le
premier d’entre eux fut Moses Hess qui publia en 1862
Rome et Jérusalem. Les premiers colons juifs (les « amants
de Sion ») émigrèrent de Russie vers la Palestine
dans les années 1880. Le néologisme sionisme fut
créé par Nathan Birnbaum en 1890.
[10] Depuis 1901,
le
Keren
Kayemeth
Leisraël (Fonds Unifié pour Israël), est chargé de récolter des
fonds auprès des Juifs du monde entier pour l’achat de
terres en Palestine, terres ne pouvant être occupées et
exploitées que par des Juifs. Depuis 1967, le K.K.L. a
étendu ses activités aux territoires occupés suite à la
Guerre des Six Jours
(cf. GOLDMAN, H.,
Le KKL « trace les
frontières d’Israël », in
Points Critiques.
Le Mensuel, n° 221,Bruxelles, décembre 2001, pp. 19
et 20).
[11] J’utilise ce
néologisme court par commodité pour signifier le
génocide des juifs européens par les nazis.
[12] Cf. GRESH,
A. et VIDAL, D., Palestine 47. Un partage avorté,
Editions Complexe, Bruxelles, 1987, p. 25.
[13] Quel peuple
pourrait accepter que plus de la moitié du territoire où
il vit devienne l’Etat d’une autre population venue
d’ailleurs ?
[14]
A propos des événements de 1947-1949, cf. VIDAL,
D., Comment Israël expulsa les Palestiniens
(1947-1949), Editions de l’Atelier, Paris, 2007 et
PAPPE, I., Le nettoyage ethnique de la Palestine,
Fayard, Paris, 2006.
[15] SANBAR, E.,
Les Palestiniens dans le siècle, Gallimard,
Paris, 1994, p. 66.
[16]
VIDAL, D., op. cit., p. 108.
[17] Cf.
WAJNBLUM ; H., « Des villages bien réels mais
officiellement inexistants », in Points Critiques,
Revue trimestrielle de l’Union des Progressistes Juifs
de Belgique, n° 61, mai 1998, pp. 19 à 27.
[18] Cf.
PICAUDOU, N., Les Palestiniens, un siècle d’histoire,
Ed. Complexe, Bruxelles, 2003, pp. 117-118 et ALGAZY,
J., « Le traumatisme persistant des Arabes israéliens »,
in Le Monde diplomatique, octobre, 2005, pp.
16-17.
[19] Zone « A » :
l’Autorité palestinienne y assure, en principe, un
contrôle total sur la sécurité et l’administration
civile. Zone « B » : L’administration militaire
israélienne y est responsable des questions de sécurité
et l’Autorité palestinienne de quelques domaines de
l’administration civile. Zone « C » (environ 60 % de la
Cisjordanie) : les Israéliens en conservent le contrôle
total.
[20] Le président
iranien Ahmadinejad non plus : il appelle à la
disparition de l’« Etat sioniste » pas au départ des
juifs de Palestine. Notons cependant, pour mémoire, que
le 2 juin 1967, lors d’une conférence de presse, à la
question de savoir ce qu’on ferait des citoyens
israéliens si les Arabes gagnaient la guerre qui
s’annonçait (la « Guerre des six jours »), Ahmad
al-Choukeiry, Président de l’O.L.P. de 1964 à 1967 avait
répondu : « On s’efforcera d’assister les juifs et
de faciliter leur départ vers leur pays d’origine ».
Quant au sort des juifs né sur place, il avait ajouté :
« ceux qui survivront resteront en Palestine, mais
selon mon opinion aucun ne survivra » (cité in BEN
BASSA, E., être
juif après Gaza, CNRS
éditions,
Paris, 2009, P. 21). Par la suite, alors qu’Ahmad
al-Choukeiry avait depuis longtemps perdu le leadership
de l’O.L.P., cette déclaration continua à être
abondamment utilisée par les dirigeants sionistes pour
faire croire à l’opinion publique israélienne et
étrangère que le but caché de l’O.L.P. et de leurs
alliés était de « jeter tous les juifs à la mer ».
[21] Article 6 du
programme de l’O.L.P. de janvier 1969, cité in PICAUDOU,
N., op. cit., p. 152.
[23] Parlement en
exil du peuple palestinien, institution la plus
importante de l’Organisation de Libération de la
Palestine. Il représente à la fois les Palestiniens de
Palestine et les exilés.
[24] En 70 après
J.C., après la chute de Jérusalem, un important groupe
de révoltés juifs se réfugièrent dans la forteresse de
Massada bâtie sur un éperon rocheux dominant la rive
ouest de la Mer Morte. Après avoir défié les armées
romaines qui les encerclaient durant plus de deux
années, sur le point d’être vaincus, les derniers
combattants juifs et leurs familles se suicidèrent
plutôt que de se rendre.
[25] « Le
Septième Million traite de la manière dont les amères
vicissitudes du passé continuent à modeler la vie d’une
nation. Si le Génocide a imposé une identité collective
posthume à six millions de victimes, il a aussi façonné
l’identité collective de ce nouveau pays, non seulement
pour les survivants arrivés après la guerre, mais pour
l’ensemble des Israéliens, aujourd’hui comme hier. »
(Tom SEGEV,
Le Septième Million, Editions Liana Levi, Paris, 1993, p. 19).
Dans son livre
La Nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël
(La Découverte, Paris, 2004), l’historienne israélienne
Idith ZERTAL, confirme les thèses défendues par Tom
Segev.
[26] Texte paru
dans le quotidien israélien Maariv le 31 juillet 2006.
[27] MERMIER, F.
et PICARD, E. (dir.), Liban, une guerre de
trente-trois jours, La Découverte, Paris, 2007, p.
5.
[28] Exemples :
les ouvrages de Tom SEGEV et Idith ZERTAL, déjà cités ;
FINKELSTEIN, N., L’industrie de l’Holocauste, La
Fabrique, Paris, 2001 ; WARSCHAWSKI, M., A tombeau
ouvert. La crise de la société israélienne, La
Fabrique, Paris, 2003 ; CYPEL, S., Les Emmurés. La
société israélienne dans l’impasse, La Découverte,
Paris, 2005.
[29] A propos du
lobby pro-israélien aux États-unis, cf. MEARSHEIMER J.
et WALT, S, Le lobby pro-israélien et la politique
étrangère américaine, La Découverte, Paris, 2009.
Cette étude est extrêmement rigoureuse et fouillée.
[30] Ces
expressions sont elles-mêmes des raccourcis pour
signifier des groupes de pression soutenant l’essentiel
des choix politiques des dirigeants israéliens.
[31] On
appelle « négationnistes », ceux qui nient ou minimisent
grossièrement l’existence, avérée, d’un génocide. Les
auteurs négationnistes récusent évidemment cette
qualification puisqu’ils prétendent rétablir la vérité
et se qualifient eux-mêmes de « révisionnistes ».
[32] Publié en
1995 aux éditions de la Vieille Taupe.
[33] Les
estimations des historiens concernant le nombre de
victimes du judéocide varient entre 5.100.000 et
6.000.000.
[34] Très connu
et admiré par les Palestiniens, il est mort en 2003.
[35] Le texte
original a été écrit en anglais. Les traducteurs ont
traduit « holocaust » par « holocauste », terme que je
n’emploie pas puisqu’il désigne les sacrifices d’animaux
que les Hébreux faisaient dans l’Antiquité pour plaire à
leur Dieu. Les anglophones utilisent généralement ce
terme pour nommer ce que j’appelle quant à moi « judéocide ».
[36] SAÏD, E.,
« Aux
intellectuels arabes, à propos de Roger Garaudy », in
Al-Hayat, 30 juin 1998 cité in SAÏD, E., Israël,
Palestine, l’égalité ou rien, La Fabrique, Paris,
1999, pp. 141-142.
[37] Cf ; VIDAL,
D., Comment
Israël expulsa les Palestiniens …op. cit.
Michel Staszewski,
professeur d'histoire dans le secondaire, membre de l'Union des
Progressistes Juifs de Belgique, Bruxelles.
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