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Mondialisation.ca
Israël-Palestine :
une guerre d'images et de mots
Julie Lévesque

Lundi 12 octobre 2009
Israël-Palestine : une guerre médiatique
Cet
article s’inspire de l’exposition « Drame
humain à Gaza » qui se tient jusqu’au 28 février 2010
et commémore le premier anniversaire de l’offensive
israélienne »Plomb durci » contre Gaza (27 décembre 2008-19
janvier 2009) Cette exposition mise sur pied par l’organisme
Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient
(CJPMO) a pour but de sensibiliser les gens au difficile
quotidien des Gazaouis durant cette période. Le Cinéma du Parc à
Montréal présente également le film
Rachel,
qui raconte l’histoire d’une jeune activiste étatsunienne
écrasée par un bulldozer israélien en 2003. Si ces deux projets
artistiques suscitent de nombreuses réflexions sur le conflit
israélo-palestinien, ils font surgir bien des questions sur sa
couverture médiatique dans les médias occidentaux et plus
particulièrement dans les médias canadiens.
Toutes
les photos qui accompagnent cet article proviennent de
l’exposition

La diabolisation des musulmans et du monde
arabe en général nourrit l’indifférence envers le sort des
Palestiniens, plus particulièrement, des Gazaouis. Cette
tendance est de plus en plus présente dans les médias
occidentaux, qui répètent consciemment ou non la propagande
véhiculée par Israël et les États-Unis. En ce qui a trait au
conflit israélo-palestinien, les médias canadiens servent de
porte-voix à la propagande israélienne en occultant certains
sujets qui permettraient de mieux comprendre le conflit, en
employant des termes péjoratifs et en prenant davantage position
en faveur d’Israël.
La soi-disant « guerre contre le terrorisme »
qui, à mesure qu’elle se radicalise, se transforme en un racisme
politiquement correct envers le monde arabe et les musulmans,
est devenue un écran de fumée opaque, voué à écarter la cause
même du terrorisme : la politique étrangère des États-Unis et
leur inflexible soutient à la politique étrangère d’Israël, « la
seule démocratie au Moyen-Orient ».
« Israël n’est pas une
démocratie. C’est un État profondément raciste et terriblement
discriminatoire. En réalité il s’agit d’un État colonialiste qui
essaie d’élargir son territoire », estime Daniel Saykaly de
l’organisation des droits de la personne
Palestiniens et Juifs Unis
(PAJU).
Depuis les attaques du 11 septembre, le non
respect des droits humains et civiques, bref de tous les droits,
se justifie par le combat contre le terrorisme, ce monstre
tentaculaire qui ne connaît aucune frontière, l’ennemi idéal
pour quiconque a des visées impérialistes, et contre lequel
Israël mènerait depuis sa naissance une lutte apparemment sans
fin pour sa survie.
Or, si cette guerre s’attaque à une
conséquence, « le terrorisme », elle évite à tout prix de même
mentionner sa cause. La politique étrangère étatsunienne est
largement responsable du « terrorisme » au Moyen-Orient sur
plusieurs plans. D’abord par la création et/ou le financement de
mouvements terroristes ou radicaux, ensuite par ses
interventions militaires illégales menant à des insurrections –
que l’on pourrait qualifier de « légitime défense », mais que
l’on appelle « terrorisme », dans le but très peu subtil de
discréditer « l’ennemi » dès le départ – et finalement par son
soutien indéfectible à Israël.
De la même manière, la politique étrangère
israélienne, qui fait fi du droit international et des
résolutions de l’ONU depuis déjà plus de 60 ans (33
résolutions non respectées au total), suscite
énormément de colère chez ses voisins, principalement chez les
Palestiniens. Doit-on s’attendre à ce qu’il n’y ait aucune
résistance parmi les opprimés? Si le pays veut vraiment en finir
avec le terrorisme, il devrait d’abord respecter le droit
international et les résolutions de l’ONU. Mais Israël veut-il
vraiment mettre un terme au terrorisme?
Le
Hamas et le rôle historique d'Israël
Le « mouvement terroriste » Al-Qaïda, c’est
un fait connu et
confirmé par Zbignew Brzezinski,
est une création des États-Unis qui visait au départ à lutter
par procuration contre les Soviétiques dans les années 1980.
Ce qui est moins connu toutefois c’est que le
soi-disant « mouvement terroriste » du Hamas, a été autrefois
appuyé en sous-main par Israël.
« Par la tromperie tu mèneras la guerre. »
Tel es le motif du Mossad, le service du renseignement
israélien. Dans le livre de Claire Hoy « Mossad : un agent des
services secrets israéliens parle », un livre longtemps interdit
sur le territoire des États-Unis, Victor Ostrovsky raconte que
le Mossad a en quelque sorte créé le Hamas dans le but de
discréditer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)
et faire prendre le pouvoir à des fanatiques, afin de justifier
une intervention militaire pour prendre le contrôle du
territoire. Cette information est corroborée, entre autres, par
un responsable du gouvernement étatsunien dans l’article
suivant :
« [Israel Sharon] veut détruire et discréditer l’Autorité
palestinienne afin de s’assurer que les Palestiniens se
retrouvent sans leadership crédible. Le chaos et l’anarchie en
Cisjordanie fourniraient à Israël la justification dont il a
besoin pour expulser les populations indigènes et rendre le
territoire gouvernable.
Il s’agit d’une politique israélienne de longue date. Elle a
débuté dans les années 1970, alors qu’Israël a aidé à faire des
musulmans les plus fanatiques et les plus intolérants les rivaux
de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
L’organisation terroriste du Hamas est principalement une
création israélienne. Un article d’UPI l’an dernier citait un
responsable du gouvernement étatsunien : « Une
certaine partie de l’establishment israélien d’extrême-droite
croyait que le Hamas et d’autres groupes, s’ils prenaient le
contrôle, refuseraient de participer au processus de paix et
torpilleraient tout accord mis en place. »
(George Szamuely,
Israel's Hamas : Hamas is largely an
Israeli Creation,
Global Research, 27 janvier 2006.
C’est l’auteure qui souligne)
Si l’on regarde la propagande israélienne,
elle semble confirmer ces dires. En
plus de nier l’autorité du Hamas, élu démocratiquement dans la
Bande de Gaza, l’État hébreu dénigre constamment l’Autorité
palestinienne, quelle qu’elle soit, en l’accusant de n’être pas
un véritable « partenaire pour la paix » et d’être responsable
du terrorisme, comme on peut le constater sur le site du
ministère israélien des Affaires étrangères :
« Pourquoi
Arafat n'est-il pas un partenaire pour la paix ?
Au début du processus de paix entre Israël et les Palestiniens,
en 1993, Yasser Arafat s'est explicitement engagé à renoncer au
terrorisme et à s'en
tenir au principe que le conflit ne peut être résolu que par la
voie des négociations. Dix ans plus tard, plus de 1 100
Israéliens ont été assassinés dans des
actes de terrorisme
(dont plus de 900 depuis septembre 2000).
Arafat est directement
responsable de ce terrorisme et des graves dommages que la
violence a causé au processus de paix. » (Ministère
israélien des Affaires étrangères,
Israël- le Conflit et la Paix- Réponses à
des questions souvent posées, 5 novembre 2003.
C’est l’auteure qui souligne)
La colonisation des
territoires occupés constitue un autre sujet où la réalité est
inversée, où l’agresseur se pose en victime. En se retirant,
Israël a fait un sacrifice, mais « l’organisation
terroriste islamiste du Hamas s’[est] empar[ée] du pouvoir à
Gaza » :
En l’absence d’un partenaire sérieux et
désireux de renouveler le processus de paix,
Israël prit unilatéralement la décision de se retirer de la
bande de Gaza en 2005, déracinant des milliers de familles
israéliennes qui vivaient dans cette région. Avec le départ de
Gaza du dernier habitant juif et du dernier soldat de Tsahal,
Israël espérait que cette concession considérable fournirait aux
Palestiniens l’occasion de poser pacifiquement les fondations
d’un État qui assurerait un avenir meilleur aux deux peuples.
Mais une fois de plus, Israël ne fut pas payé de retour pour ce
douloureux sacrifice.
L’organisation terroriste islamiste du Hamas s’empara du pouvoir
à Gaza et assaillit les villes et localités du sud d’Israël à
l’aide de roquettes et de mortiers, contraignant Israël à lancer
une opération militaire de grande envergure à Gaza en
décembre 2008 qui parvint à réduire les
attaques du Hamas.
(Ambassade d’Israël en France,
Israël, le conflit et la paix : foire aux
questions sur le conflit israélo-palestinien. Le processus de
paix israélo-palestinien, décembre
2009. C’est l’auteure qui
souligne)

Cette propagande se
retrouve presque mot pour mot dans la plupart des médias
dominants. Cela n’est pas un problème en soi. Le problème réside
d’une part dans l’absence quasi-totale de remises en question de
cette technique de persuasion et de critiques à l’endroit
d’Israël, d’autre part dans la fabrication d’une réalité basée
sur la propagande israélienne.
Si l’on se fie à
Radio-Canada, les racines du Hamas sont exclusivement
palestiniennes et le groupe est l’unique responsable des échecs
du processus de paix. Cet « historique » du Hamas, loin d’être
impartial, n’est qu’un calque de la propagande de l’État
hébreu :
« Fondé par le cheikh
Ahmed Yassine dans la foulée de l'Intifada de 1987, le Hamas
constitue maintenant la deuxième force politique des territoires
palestiniens mais aussi leur principal mouvement islamique.
Le Hamas, qui se pose en
farouche opposant du processus de paix amorcé par les accords
d'Oslo, en 1993, semble chaque fois saisir l'occasion de le
faire dérailler lorsqu'un signe d'espoir se manifeste. Aux
yeux de ses partisans, qui
rejettent toute solution
diplomatique, seule la guerre sainte peut résoudre le
problème israélo-palestinien. Son objectif à court terme est de
forcer l'armée israélienne à se retirer complètement des
territoires palestiniens. » (Radio-Canada,
La spirale de la haine.
C’est l’auteure
qui souligne)
Dans une chronique de La
Presse, on réduit le conflit à sa plus simple expression : « une
armée moderne » contre « une bande de fanatiques aspirant au
martyre ». Farouche défense d’Israël et diabolisation de
« l’ennemi » :
Le Hamas, emporté par
son idéologie suicidaire, et encouragé par ses parrains
iraniens, poursuit au
grand jour sa lutte d'arrière-garde contre l'existence même de
l'État hébreu. Loin d'être le fait d'une minorité de
Gazaouis égarés, les tirs de roquettes qui ont déclenché la
riposte israélienne sont le fait du gouvernement du
Hamas, qui exerce un
contrôle absolu sur cette malheureuse bande de terre.
[…] Au contraire, ses
hommes se sont empressés de détruire, dans une rage aveugle
ou par calcul (la
politique du pire étant toujours la stratégie première des
organisations terroristes), les serres et les vergers
abandonnés par les colons juifs. Ces 3000 acres de terres
cultivées et irriguées sont aujourd'hui des champs vagues.
Et le Hamas, au lieu
d'importer des vivres, a préféré approvisionner son stock
d'armements clandestins par des souterrains: depuis son
retrait de Gaza, Israël a reçu quelque 6000 missiles!
Certes, les forces en
présence sont incomparables,
entre une armée moderne
et une bande de fanatiques aspirant au martyre. Mais le
Hamas, tout comme le Hezbollah en 2006, jouit d'un avantage
stratégique indiscutable:
comme la vie humaine ne
compte pas, il installe ses armements dans des domiciles, des
écoles, des quartiers densément peuplés. Toute riposte militaire
aboutit inévitablement à d'atroces bavures.
Quelle puissante arme de
propagande, que ces photos déchirantes d'enfants massacrés...
avec la complicité meurtrière de ceux-là mêmes qui auraient dû
les protéger! (Lysianne Gagnon,
Une riposte démesurée?,
Cyberpresse, 10 janvier 2009.
C’est l’auteure qui
souligne)
Ces extraits suffisent à démontrer que cette
tactique malicieuse consistant à créer son propre ennemi pour
atteindre des objectifs cachés est si efficace, que les médias
semblent n’y voir que du feu. Ou peut-être que ce silence n’est
qu’une soumission à l’intimidation, ce complément essentiel à
cet art de la guerre psychologique, qui fait pleuvoir des
accusations « d’antisémitisme » dès lors que fuse une critique
envers Israël?
Dans un texte de janvier 2007, « Une
philosophie de rêve pour les paranoïaques : « Tuez des Arabes,
criez à l’antisémitisme ! », Norman Finkelstein écrit
ceci :
« Une des thèses centrales de mon livre
Beyond Chutzpah [Au-delà du
culot monstre], c’est que, dès lors qu’Israël est confronté à
une débâcle dans ses relations publiques, ses apologues sonnent
l’alarme afin d’avertir qu’une énième forme de « nouvel
antisémitisme » vient de nous arriver. »
Un
conflit inexplicable?
Si l’on demande pourquoi certains se portent
à la défense d’Israël, un pays qui ne respecte pas les droits
humains et le droit international, il semble de bon ton de dire
qu’il s’agit un sujet complexe, comme le démontre cet
extrait d’une conférence de Barack Obama
au lendemain de son discours à la nation.
Une jeune fille demande au président :
« Hier soir dans votre discours à la nation,
vous avez dit que les États-Unis appuient les droits humains.
Alors pourquoi n’avons-nous pas condamné Israël et l’Égypte pour
avoir violé les droits humains des Palestiniens vivant dans les
territoires occupés et pourquoi nous continuons à les appuyer
avec l’argent de nos impôts? »
La réponse tantôt malhabile, tantôt langue de
bois du président sur ce sujet tabou :
« Laissez-moi parler du Moyen-Orient en
général. Écoutez [...]
Le Moyen-Orient est clairement un problème (sic) qui a pestiféré
la région depuis des siècles. Et c’est une question qui
soulève bien des passions [...] Voici ma vision des choses :
Israël est l’un de nos
plus grands alliés [...], c’est une démocratie vivante qui
partage des liens avec nous de diverses façons... Cela est
crucial pour nous et je ne vais jamais hésiter à assurer la
sécurité d’Israël et à aider les Israéliens à se sécuriser
eux-mêmes dans une
région très hostile. Donc je n’ai pas d’excuses à faire à ce
niveau là.
Il est également vrai que
nous devons prêter
attention à la détresse des Palestiniens, car ce n’est pas bon
pour notre sécurité ni pour celle d’Israël si des millions
d’individus se sentent désespérés, qu’ils n’ont pas la chance de
s’éduquer ou de trouver du travail ou autre.
Maintenant c’est une
longue histoire et je n’ai pas le temps de passer en revue
toutes les doléances des deux parties. Ce que j’ai dit et ce
que nous avons fait depuis que je suis entré en poste, c’est que
nous travaillons à la solution des deux États dans laquelle
Israël et les Palestiniens peuvent cohabiter en paix et en
sécurité. Pour y parvenir, les deux côtés devront faire des
compromis.
La
première étape serait que les Palestiniens renoncent sans
équivoque à la violence et
reconnaissent Israël et Israël doit reconnaître les doléances
légitimes et les intérêts des Palestiniens. Nous savons à quoi
une solution pourrait ressembler dans la région, mais voici le
problème auquel nous sommes confrontés :
Et en Israël et dans les
territoires palestiniens, la politique est difficile.
Il y a des divisions
[...] Le président Abbas de l’Autorité palestinienne, qui, je
crois, désire véritablement la paix, doit faire face au
Hamas, une organisation
qui n’a pas reconnu Israël et n’a pas renoncé à la violence,
donc nous essayons de renforcer les capacités de chaque partie à
s’assoir à la table et à entamer des négociations sérieuses.
Et lorsque nous parlons de cette question,
il est important que
nous n’utilisions pas de langage provocateur ou qui, d’une
certaine manière décourage les négociations. Nous devons
reconnaître que les
Palestiniens et les Israéliens ont des aspirations légitimes et
elles peuvent être mieux servies si les États-Unis les aident à
se comprendre plutôt qu’à se diaboliser. » (C’est
l’auteure qui souligne)
Donc la question des droits humains des
Palestiniens se réduit pour M. Obama à une question de sécurité
pour Israël et les États-Unis. En plus de ne pas répondre
adéquatement à la question, le président fait l’apologie
d’Israël, « une démocratie vivante », et diabolise les
Palestiniens, qui, si l’on en croit son discours, sont sans
exceptions des personnes violentes, qui devront, d’abord et
avant tout renoncer à cette violence pour régler le conflit.
Toutefois, habile communicateur qu’il est, il
nous enjoint à faire ce qu’il dit et non pas ce qu’il fait : ne
pas utiliser de « langage provocateur » et aider les deux
peuples « à se comprendre plutôt qu’à se diaboliser. »
Par ailleurs, une oreille avertie aura décelé
une erreur factuelle dans ce discours creux, prônant la solution
des deux États, un plan de partage qui date de1947 : le Hamas
a
offert de reconnaître Israël
de facto en 2004 si
ce dernier respectait la résolution 242 du Conseil de sécurité
de l’ONU, soit le « retrait
des forces armées israéliennes des territoires occupés ».

Mais le message le plus important dans ce
propos passe inaperçu pour plusieurs : le Moyen-Orient « en
général » est une région en conflit depuis des siècles, la
politique y est difficile et le conflit israélo-palestinien est
une longue histoire. Trop longue pour en parler. Cette idée qui
s’est greffée dans les esprits n’est qu’une des nombreuses
tactiques pour ne pas évoquer les faits et qui offrirait un tout
autre portrait de la seule « démocratie vivante » de la région.
La complexité que l’on confère à cet état de
guerre serait-elle nourrie par l’interprétation erronée et
fragmentaire qu’en font les médias? C’est ce que croit Rachad
Antonius, professeur au Département de sociologie de l’UQAM :
«Les
rôles d'agresseur et de victime sont souvent renversés. Les
Palestiniens sont présentés comme étant la source principale de
la violence dans la région et les Israéliens comme étant les
seuls à vouloir faire la paix. En outre, la couverture
médiatique se concentre, pour l'essentiel, sur les déclarations
des dirigeants politiques, israéliens ou palestiniens, plutôt
que sur les rapports de domination qui sont au cœur du conflit
et qui se vivent au quotidien.»
«En
2005, les médias ont présenté l'évacuation de 9000 colons juifs
du territoire occupé de la bande de Gaza comme un geste
courageux du gouvernement israélien en faveur de la paix. Mais
ils ont oublié de souligner l'implantation, durant la même
année, de 12 000 nouveaux colons juifs en Cisjordanie occupée.»
(Claude Gauvreau,
Les médias et le monde arabe : des
représentations fondées sur la distorsion, Journal
L'UQAM, vol. XXXIII, no 9, 22 janvier 2007)

La perpétuité des stéréotypes et la fausse
conception de la situation au Moyen-Orient s’expliquent
également par les diverses pressions que subissent les médias
pour entretenir cette vision :
Au niveau des stéréotypes, le processus
semble assez clair : les causes de la colère arabe sont
occultées, cette colère apparaît alors comme injustifiée et
irrationnelle, renforçant ainsi l’un des stéréotypes
orientalistes.
Si cette vision se perpétue, en dépit des
événements qui la contredisent, c’est en partie à cause des
pressions diverses qui s’exercent pour qu’elle soit maintenue.
La remettre en question entraîne inévitablement des accusations
d’ignorance, d’incompétence intellectuelle et souvent même
d’antisémitisme. Des pressions sont exercées quotidiennement, et
sans répit, sur les journalistes et chroniqueurs qui apportent
des points de vue qui tiennent compte du droit international, ce
qui les met en position critique face à Israël, tant dans les
médias écrits qu’électroniques. (Rachad Antonius,
Les représentations médiatiques des Arabes
et des musulmans au Québec, L’annuaire du Québec,
2007)
Ainsi cette rhétorique de « conflit
complexe » relève plutôt de la guerre psychologique, laquelle
laisse des traces indélébiles dans la couverture médiatique de
cette rivalité. Les médias occidentaux, ceux du Canada
inclusivement, contribuent à « complexifier » le conflit en
offrant une couverture biaisée et fragmentaire et en perpétuant
des mythes. Ils prennent ainsi part à cette guerre d’images et
de perceptions. Surtout en faveur d’Israël.
« Les médias présentent toujours ce conflit
hors-contexte, » a déploré Grace Batchoun de CJPMO. « Ils
devraient le voir comme un conflit entre les pouvoirs militaires
au Moyen-Orient. Et s’agit-il d’un conflit ou d’un massacre? »
Au lendemain du tremblement de terre en Haïti, Mme Batchoun
comparait cet événement à l’opération « Plomb durci » : « On ne
peut pas éviter un tremblement de terre, mais on aurait pu
empêcher la tragédie à Gaza. Et comment pourra-t-on reconstruire
Gaza? Encore aujourd’hui y on empêche l’entrée de matériaux... »
La guerre psychologique
dans les journaux canadiens
Dans une analyse quantitative et comparative
intitulée
La Palestine, l'Israel et les nouvelles
manquantes: ce que les canadiens ne retrouvent pas dans leurs
journaux quotidiens, le Conseil national des
relations canado-arabes conclut que les médias canadiens sont
biaisés :
• Les deux journaux canadiens à
distribution nationale, le Globe and Mail et le National Post:
a.
Ignorent largement (seulement 3 à 4% des nouvelles
rapportées par le Globe and Mail)
ou totalement (0%
des nouvelles rapportées par le National Post), les
nouvelles sur la région ayant trait aux sujets tels que les
droits humains (51 articles au total),
la colonisation de
territoires occupés ainsi que les restrictions sur le mouvement
(30 articles au total),
sujets fondamentaux dans la compréhension de l'impasse entre
Israéliens et Palestiniens.
b. Rapportent les nouvelles sur la violence
armée conduite par les israéliens moins fréquemment que les
nouvelles sur la violence armée conduite par les militants
palestiniens :
• i. Globe and Mail: 15% (de 20 articles) vs.
27% (de 11 articles)
• ii. National Post: 0% (de 20 articles) vs. 9% (de 11 articles)
[…]NCCAR s'inquiète des
lacunes de la couverture
médiatique au Canada.
L'absence d'une
couverture complète et balancée par les journaux canadiens à
distribution nationale a un impact négatif sur la capacité des
lecteurs canadiens de prendre des positions informées sur le
conflit Israélo-palestiniens et sur le rôle que le Canada
devrait assumer face à ce sujet important qui concerne non
seulement les pays de la région, mais le monde entier. (C’est
l’auteure qui souligne)
D’un point de vue médiatique, le conflit
israélo-palestinien est un parfait exemple de l’importance de la
guerre psychologique.
Le maître de la propagande nazie, Joseph
Goebbels, disait ceci :
À force de répétitions et à l’aide d’une
bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, il
devrait être tout à fait possible de prouver qu’un carré est en
fait un cercle. Car après tout, que sont « cercle » et
« carré »? De simples mots. Et les mots peuvent être façonnés
jusqu’à rendre méconnaissables les idées qu’ils véhiculent.
(Joseph Goebbels, cité dans Normand Baillargeon,
Petit cours d’autodéfense intellectuelle,
Lux Éditeur, 2005)
Ce que certains
appellent le « monopole israélien de la victimisation » est une
composante essentielle de la guerre psychologique que livre Tel
Aviv. Dans ce conflit interminable,
les qualificatifs « victime » et
« agresseur » ont perdu leur sens.
Avec la concentration des médias, ces
derniers deviennent davantage des médias de propagande que des
médias d’informations. Et la propagande fonctionne davantage
s’il y a de la censure :
Une analyse des éditoriaux des grands
journaux francophones du Québec montre par exemple que la notion
de «politique de prise de contrôle » du territoire palestinien,
une réalité très tangible pour qui suit un tant soit peu les
événements au Proche-Orient, est complètement absente des
éditoriaux. De même la condition de victimes des Palestiniens
est absente des prises de position éditoriales.
Le Québec se démarque cependant du reste du
Canada sur ce point, et les médias écrits francophones ont eu
tendance à montrer plus de compréhension pour les questions du
Proche-Orient que leurs contreparties dans le reste du Canada.
L’importance des questions internationales pour les communautés
arabes et musulmanes est double. Par ailleurs, les
représentations médiatiques dominantes renforcent le sentiment,
chez les Arabes et les musulmans, que leurs opinions ne comptent
pas vraiment. Mais ce sentiment est tempéré par l’existence de
médias alternatifs et d’un mouvement social solidaire qui fait
contrepoids au discours dominant. (Rachad Antonius op. cit.)
L’opération « Plomb durci » : une offensive criminelle

En septembre 2009, la Mission d'établissement
des faits sur le conflit à Gaza, communément appelée
Rapport Goldstone a sévèrement
critiqué Israël pour son opération militaire à Gaza en 2008-2009
qui, selon
B’Tselem, a coûté la vie à 13
Israéliens et à 1315 Palestiniens, dont
65 % de civils, parmi eux, plus
de 400 enfants :
« Nous sommes arrivés à la conclusion, sur la
base des faits que nous avons réunis, qu'il y a de solides
preuves établissant que de nombreuses violations graves du droit
international, à la fois du droit humanitaire et des droits de
l'homme, ont été commises par Israël lors des opérations
militaires à Gaza […] La mission a conclu que des agissements
pouvant constituer des crimes de guerre et peut-être, dans une
certaine mesure, des crimes contre l'humanité, ont été commis
par les forces de défense israéliennes », (Centre d’actualités
de l’ONU,
Gaza : L'ONU a des preuves de crimes de
guerre commis par les deux côtés, 15 septembre 2009)
Le rapport a par
ailleurs a jugé que les tirs de
roquettes en provenance de Gaza « constituaient également de
graves crimes de guerre et peut-être des crimes contre
l'humanité » (Ibid)
Mais la condamnation d’Israël par le
rapport Goldstone a-t-elle transformé nos esprits bienpensants?
Pas si l’on se fie à cet article où se marient les mythes, la
désinformation et la mémoire sélective :
Le rapport Goldstone, on s'en doute, a été
prestement entériné par cette assemblée dominée par des pays
arabes et musulmans et leurs alliés populistes d'Amérique du
Sud. (44 pays-membres se sont abstenus et 18 ont voté contre,
dont le Canada).
Même
unanimité sans surprise
au sein du soi-disant Conseil des droits humains de l'ONU,
qui avait commandité la mission Goldstone
pour faire «la vérité»
sur l'offensive à Gaza.
Ce conseil, créature de
pays qui piétinent chaque jour les droits les plus élémentaires
(Soudan, Chine, Cuba, Égypte, Pakistan, Arabie Saoudite, Libye,
etc.) s'est distingué en s'attaquant systématiquement à la seule
démocratie du Moyen-Orient, passant sous silence les
innombrables abus commis ailleurs sur la planète. C'est
pourquoi le gouvernement israélien a refusé de collaborer à
l'enquête.
Dans un
rapport de 574 pages, la commission Goldstone consacre quelques
lignes au Hamas et fait
porter l'essentiel du blâme sur Israël, en ignorant les 7000
roquettes lancées sur Israël, et en se contentant de prêter foi
sans autre vérification aux déclarations du Hamas, qui nie avoir
disséminé ses caches d'armes parmi la population civile (!).
(Lysianne Gagnon,
Au-delà des belles paroles,
Cyberpresse, 1er janvier 2010.
C’est l’auteure qui souligne)
Renverser la vapeur
Daniel Saykaly estime que l’on doit dénoncer la désinformation
dans les médias et la « complicité aveugle » du gouvernement
canadien avec Israël. Le gouvernement de Stephen Harper a
cautionné l’offensive israélienne « Plomb durci » et
prive de subventions des organismes qui se
portent à la défense des Palestiniens, comme l’Office
de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de
Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA
- United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees
in the Near East en anglais).
« Aucun peuple ne peut permettre d’être assujetti à
l’injustice », s’indigne M. Saykaly, qui invite aussi les
citoyens à lutter contre cette oppression par le boycott.
« Boycottez les produits israéliens. C’est ce dont Israël a le
plus peur. Il suffit de taper « boycott Israël » sur Internet et
vous trouverez des sites où sont nommés des produits à
boycotter. Il faut faire une guerre de pression. »
Sans surprise, le
boycott, comme la critique de l’État hébreu, est toutefois vu
par certains comme de l’antisémitisme. En effet, dans un rapport
du Parlement britannique de septembre 2006 intitulé « Report
of the All-Party Parliamentary Inquiry Into Antisemitism », il
est « [jugé]
antisémite, pour des syndicats étudiants, de prôner un boycott
des produits israéliens, car cela aurait pour effet de « limiter
la disponibilité d’aliments cachère sur les campus ».
Cependant, à l’instar du jeune garçon qui
criait inutilement au loup, l’utilisation à outrance de cette
tactique d’intimidation consistant à qualifier d’antisémite
quiconque ose critiquer Israël la rend de moins en moins
efficace. Et s’il existe une nouvelle forme de racisme, des plus
insidieuses, elle vise davantage les communautés arabes et
musulmanes que les juifs, comme le démontre l’instauration du
profilage racial dans les aéroports depuis l’attentat raté de
Noël, une mesure qui s’inspire d’Israël. Mesure que l’on a
réussi à faire accepter sans trop de réprobations et ce grâce au
dogme haineux véhiculé souvent à demi-mot et parfois en termes
clairs dans les médias : « Tous les musulmans ne sont pas
terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans ».
Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la
parole. Pour les défenseurs des droits des Palestiniens, si la
lutte se mène sur plusieurs fronts, elle commence par la lutte
contre les préjugés et les idées reçues, contre cette image
déshumanisée des Palestiniens, des personnes d’origine arabe et
de confession musulmane.
Julie Lévesque est journaliste et chercheure
au Centre de recherche sur la Mondialisation.
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