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Sionisme
Oslo et la fin de
l'indépendance palestinienne
Joseph Massad

Joseph Massad
Mercredi 27 janvier 2010
L’auteur enseigne la
politique arabe moderne et l’histoire intellectuelle à
l’Université Columbia. Ceci est le texte d’un discours qu’il a
prononcé lors d’une conférence à Oslo en 2009.
L’Accord d’Oslo n’a pas seulement inauguré une nouvelle ère des
relations palestino-israéliennes, mais il a eu un effet beaucoup
plus durable dans la transformation du langage même par lequel
ces relations ont été régies au niveau international, et dans la
façon dont les dirigeants palestiniens les ont vues. Non
seulement le vocabulaire de libération, fin du colonialisme,
résistance, combat contre le racisme, fin de la violence
israélienne et vol de la terre, indépendance, droit au retour,
justice et droit international a été supplanté par de nouveaux
termes comme négociations, accords, compromis, pragmatisme,
assurances sécuritaires, modération et reconnaissance, qui ont
tous fait partie du vocabulaire d’Israël avant Oslo et
continuent de l'être, mais encore Oslo s’est auto-institué comme
le langage de la paix qui ipso facto délégitime toute tentative
de lui résister comme étant un soutien à la guerre, et
stigmatise tous les opposants à l’abandon des droits
palestiniens comme étant des opposants à la paix.
Faire du langage du renoncement aux droits le langage de la paix
a fait aussi partie de la stratégie d’Israël avant et après Oslo
: et c’est aussi le langage de la puissance impériale
états-unienne qui a été enseigné aux Arabes et aux Musulmans par
le Président Barack Obama dans son discours du Caire en juin
dernier. Ainsi la transformation qu’a apporté Oslo n’était pas
seulement une transformation du vocabulaire en tant que tel,
mais aussi du vocabulaire palestinien et de la perspective à
travers laquelle la direction palestinienne voyait la nature des
relations palestino-israéliennes, et qui institutionnalisait la
perspective israélienne et le vocabulaire d’Israël comme neutres
et objectifs. Ce qu’Oslo visait à faire était donc de changer
l’objectif même de la politique palestinienne d’indépendance
nationale se libérant du colonialisme et de l’occupation
israéliens vers un objectif où les Palestiniens deviendraient
totalement dépendants d’Israël et de ses sponsors pour leur
survie politique et nationale, dans l’intérêt de la paix et de
la sécurité pour leurs occupants.
La formule clé de transformation de l’Accord d’Oslo consacrée
dans la
Déclaration de Principe
du 13 septembre 1996 est « La Terre contre la Paix
». Cette formule préjudiciable aux droits palestiniens
internationalement reconnus reste l’approche directrice et
déterminante de tous les accords – et désaccords – ultérieurs
entre l’Autorité Palestinienne (PA) et les gouvernements
israéliens successifs. Cette formule à elle seule porte
préjudice au processus entier en présupposant qu’Israël a « la
terre », qu’il pourrait être disposé à donner aux « Arabes », et
que les « Arabes » - considérés comme responsables de l’état de
guerre avec Israël – peuvent accorder à Israël la paix qu’il
désire depuis des décennies. Faire incomber la responsabilité
des guerres arabo-israéliennes aux « Arabes » est un standard
que les médias ou les gouvernements occidentaux ne remettent
jamais en question. La concession de l’Organisation de
Libération de la Palestine (OLP), cependant, a finalement
garanti que les dirigeants palestiniens et autres dirigeants
arabes ne le remettraient pas en question, eux non plus. Malgré
son apparence superficielle de compromis politique, cette
formule est en fait le reflet des vues racistes caractérisant
les Israéliens (juifs européens) sur les Palestiniens et autres
Arabes.
Tandis que les Israéliens sont priés et sont ostensiblement
(présentés comme) disposés à négocier sur la propriété, droit
bourgeois (occidental) par excellence, les Palestiniens et
autres Arabes sont priés de renoncer à la violence – ou plus
précisément à « leurs » moyens violents – comme illégitimes et
seulement imputables à des barbares non civilisés. Le fait que
les Palestiniens aient déjà abandonné leur revendication
légitime à 77% de la Palestine et négociaient pour leur future
souveraineté sur à peine 23% de leur patrie ne les habilitaient
pas à une formule de « la terre contre la terre », sur laquelle
baser le « processus de paix ». En fait, la formule objective
pour toutes négociations serait la formule « la terre pour la
paix » par laquelle ce sont les Palestiniens qui abandonnent
leurs droits à leur patrie historique en échange de la fin de
l’oppression israélienne de – et la violence coloniale contre –
leur peuple.
L’OLP, Israël et les médias occidentaux ont salué l’Accord
d’Oslo comme « une reconnaissance mutuelle ». Ceci contredit
toutefois les paroles prononcées par les deux parties, et les
actions prévues basées sur ces paroles. Alors que l’OLP (qui a
écrit la première lettre) reconnaissait « le droit de l’Etat
d’Israël à exister en paix et en sécurité », le gouvernement
israélien, « en réponse » à la lettre de Yasser Arafat, « a
décidé de reconnaître l’OLP comme représentant du peuple
palestinien et d’entamer des négociations avec l’OLP dans le
cadre du processus de paix au Moyen Orient. » Mais ceci
n’est pas une reconnaissance mutuelle, puisque les Israéliens
n’ont pas reconnu le droit du peuple palestinien à exister dans
leur propre Etat dans la paix et la sécurité, comme l’a fait
l’OLP vis-à-vis d’Israël. Si l’OLP avait seulement reconnu le
gouvernement Rabin comme représentant du peuple israélien, sans
octroyer nécessairement un quelconque « droit » à l’Etat
israélien d’exister en paix et en sécurité, alors la
reconnaissance de l’OLP aurait été sur un pied d’égalité avec
celle d’Israël. L’accord réel, par conséquent, ne revient pas à
une reconnaissance mutuelle ; il revient plutôt à une
légitimation de l’Etat juif par le peuple même contre lequel sa
politique coloniale raciste a été – et continue d’être –
pratiquée, les Israéliens n’étant engagés à rien de
substantiellement nouveau.
Reconnaître l’OLP comme représentant des Palestiniens (ce que la
majorité du monde – sauf les Etats-Unis – avait reconnu depuis
la moitié des années 1970) n’engageait Israël à aucune
concession envers le peuple palestinien. Cela n’engageait Israël
qu’à un scénario par lequel puisque le gouvernement israélien
était enclin à parler aux « représentants » des Palestiniens, il
parlerait à l’OLP, puisqu’il reconnaissait maintenant ce parti
comme leur représentant, alors qu’il ne le faisait pas avant.
C’est précisément pour cette raison que les gouvernements et les
dirigeants israéliens successifs ont hésité à accorder ou non
aux Palestiniens le droit d’établir un Etat indépendant, et en
ont toujours référé à Oslo et aux accords ultérieurs, dans
lesquels ils n’avaient rien promis de la sorte.
Après avoir extorqué une reconnaissance précieuse de leur
légitimité de la part de leurs victimes, les Israéliens sont
allés de l’avant grâce au mécanisme du processus de paix d’Oslo
pour diviser les Palestiniens en différents groupes, dont la
majorité serait expulsée du processus de paix. En transformant
l’OLP, qui représentait tous les Palestiniens de la Diaspora, en
Israël et dans les territoires occupés, y compris Jérusalem Est,
en une Autorité Palestinienne (AP) qui ne pouvait qu’espérer
représenter les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza,
constituant un tiers du peuple palestinien, les accords d’Oslo
ont manigancé une réduction démographique majeure du peuple
palestinien : ils les ont divisé par trois, tout en favorisant
une expansion démographique majeure de la population juive
d’Israël, en la multipliant par trois. La partie insidieuse de
ce processus est la suivante : comment l’AP, consciente de cette
transformation, continue-t-elle de parler du “peuple
palestinien”, qui a été réduit par les Accords d’Oslo aux
Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qu’elle affirme
maintenant représenter ? Les Palestiniens de la Diaspora sont
qualifiés, selon le vocable états-unien et israélien, de «
réfugiés », et les Palestiniens en Israël, selon le diktat
israélien, de « Arabes israéliens ». Ce faisant, non seulement
la portée de la direction palestinienne et du statut de
représentant du peuple palestinien dans son ensemble a été
substantiellement réduit, mais le peuple palestinien lui-même a
été substantiellement réduit d’un point de vue démographique par
l’appropriation par l’AP de la désignation « peuple palestinien
» pour faire référence à un simple tiers des Palestiniens.
Dans l’intervalle, le processus d’Oslo, qui a produit des
accords fantômes comme les Accords de Genève, entre autres, a
propulsé la revendication israélienne que les Palestiniens
devaient reconnaître le droit d’Israël à exister, non seulement
en paix et en sécurité, mais aussi en tant qu’Etat juif, ce qui
signifie un Etat qui est raciste par la loi, et fait une
distinction discriminatoire par la loi et la gouvernance contre
les citoyens non juifs, et un Etat qui englobe non seulement ses
citoyens juifs, mais les Juifs de partout. Les administrations
Clinton, Bush, et plus récemment Obama ont poussé en ce sens. En
effet Obama ne manque aucune occasion de réaffirmer l’engagement
de son administration à forcer les Palestiniens à reconnaître le
droit d’Israël à être un « Etat juif ». Alors qu’Israël n’a
aucune légitimité et n’est reconnu par aucun organisme
international comme étant le « représentant » des Juifs du monde
entier, mais plutôt comme l’Etat du peuple israélien dont ils
sont les citoyens, l’OLP et l’AP sont sommées de reconnaître
l’autorité d’Israël sur les Juifs du monde entier. A ce titre,
le statut internationalement reconnu de l’OLP comme représentant
du peuple palestinien a été réduit d’un tiers des Palestiniens
depuis Oslo, alors que le statut représentatif du gouvernement
israélien a été augmenté du triple, comme reconnu par les
représentants officieux de l’AP à Genève. Benjamin Netanyahu
réaffirme qu’aucun progrès ne sera réalisé dans l’ainsi nommé
processus de paix tant que les Palestiniens ne reconnaîtront pas
officiellement le droit d’Israël à être un Etat juif racial. Le
Président Obama a aussi exhorté tous les Arabes à ratifier
officiellement cette reconnaissance. Ceci a été fait en dépit du
fait que la majorité des Juifs vivant en dehors d’Israël ne sont
pas des citoyens israéliens, et qu’aucun organe les représentant
n’a jamais donné à l’Etat israélien les pouvoirs représentatifs
en leur nom.
Diviser et réduire le peuple palestinien d’un point de vue
démographique est allé de pair avec la réduction territoriale de
la Palestine, ou de ses parties qu’Israël souhaite négocier
après redéploiement de son armée d’occupation coloniale tout
autour. En plus de la suppression de Jérusalem Est illégalement
étendue, occupée et colonisée (étendue maintenant de plusieurs
fois sa taille originelle aux dépens de terres de Cisjordanie)
des territoires sur lesquels Israël négocierait son
redéploiement, la Cisjordanie elle-même a été subdivisée en
cantons qui excluent les colonies de peuplement juives et les
autoroutes à utilisation exclusivement juive qui les relient,
ainsi que des réserves naturelles, des bases militaires et des
zones fermées imposées. Mais ce n’est pas tout. Israël a aussi
construit le mur d’apartheid à l’intérieur des terres
palestiniennes, retirant de fait 10% de plus de la Cisjordanie
de la table de négociation et le redéploiement de son armée. Une
autre des mesures plus importantes que les architectes
israéliens et palestiniens de l’accord d’Oslo ont prises pour
garantir la survie structurelle du « processus de paix » d’Oslo
fut la création de structures, institutions et classes qui lui
seraient directement reliées, et qui peuvent survivre à
l’effondrement de l’accord d’Oslo lui-même tout en préservant le
« processus » que l’accord a généré. Cette garantie était
inscrite dans la loi et confirmée par le financement
international fondé sur la continuation du « processus d’Oslo »,
tant que ce dernier continuerait à servir les intérêts
israéliens et états-uniens, ainsi que les intérêts de l’élite
palestinienne corrompue qui l’avait agréé.
Les six classes principales que les architectes d’Oslo ont
créées pour assurer que le « processus » survive sont :
- une classe politique, divisée entre ceux qui ont été
élus pour servir le processus d’Oslo, soit au Conseil Législatif
ou (la) branche exécutive (essentiellement la position du
président de l’AP) et ceux qui ont été nommés pour servir ceux
qui sont élus, soit dans les ministères ou au bureau
présidentiel ;
- une classe du maintien de l’ordre, au nombre de
dizaines de milliers d’individus, dont la fonction est de
défendre le processus d’Oslo contre tous les Palestiniens qui
tentent de le torpiller. Elle est divisée en plusieurs organes
de sécurité et de renseignement en concurrence les uns avec les
autres, tous en lice pour prouver qu’ils sont les plus aptes à
neutraliser toute menace au processus d’Oslo. Sous l’autorité
d’Arafat, des membres de cette classe ont inauguré leurs
services en tirant et en tuant 14 Palestiniens qu’ils
considéraient comme des ennemis du « processus » à Gaza en 1994
– un exploit qui leur a valu le respect de l’administration
étasunienne et des Israéliens, qui ont insisté pour que la
classe policière use de plus de répression pour être plus
efficace. Leur performance de l’été dernier à Jenin, où ils ont
assassiné des membres du Hamas et des passants non affiliés pour
impressionner le Président Obama, qui avait demandé à la
direction palestinienne de maintenir la sécurité comme partie de
l’accord est l’exemple le plus récent de cette fonction ;
- une classe bureaucratique attachée à la classe
politique et à la classe policière, et qui constitue un organe
administratif de dizaines de milliers de personnes qui exécutent
les ordres de ceux qui sont élus et nommés pour servir le «
processus » ;
- une classe des ONG ;
- une autre classe bureaucratique et technique dont les
finances dépendent entièrement de son dévouement au processus
d’Oslo et qui assure son succès par la planification et des
services ;
- et une classe des affaires composée des hommes
d’affaires palestiniens expatriés ainsi que des hommes
d’affaires locaux – dont des membres des classes politique,
policière et bureaucratique en particulier – dont le revenu est
dérivé d’un investissement financier dans le processus d’Oslo et
des transactions rentables que l’AP rend possibles. Alors que la
classe des ONG ne reçoit globalement pas d’argent de l’AP,
bénéficiant des largesses de gouvernements étrangers et
non-gouvernementales structurellement connectées au processus
d’Oslo, les classes politique, policière et bureaucratique
reçoivent toutes leurs revenus légitimes et illégitimes
directement de l’AP.
En liant les moyens de subsistance de centaines de milliers de
Palestiniens au processus d’Oslo, ces architectes leur ont donné
un intérêt crucial dans sa survie, même et spécialement surtout
s’il ne produit aucun résultat politique. Pour l’élite
palestinienne qui a pris en charge l’AP, la tâche principale a
toujours été d’assurer que le processus d’Oslo se poursuive et
que l’élite garde le contrôle de toutes les institutions qui
garantissent la survie du « processus ».
Ce que les élites n’avaient pas anticipé, c’est qu’elles
puissent perdre le contrôle du Hamas, opposant déclaré au
processus d’Oslo qui, en accord avec ses prévisions, avait
boycotté les élections de 1994 contrôlées par le Fatah à la
suite d’un charcutage électoral. Les élections de 2006, que le
Fatah était convaincu de remporter, ont constitué un tremblement
de terre qui pouvait détruire toutes ces garanties structurelles
et, avec elles, le « processus » pour la protection duquel elles
étaient conçues. D’où la panique de l’administration
états-unienne , qui a manigancé le coup d’Etat avec l’aide
d’Israël et de la sécurité de l’AP dirigée par Mohamed Dahlan
pour renverser le gouvernement Hamas : ceci a compris
l’enlèvement de ses membres au parlement, des ministres du
gouvernement et des hommes politiques, et leur maintien en otage
dans les prisons israéliennes, et finalement l’organisation
d’une prise de pouvoir violente de Gaza qui a s’est soldée par
l’effet inverse. Depuis que le coup d’Etat américain
(états-unien) à Gaza a échoué, tous les efforts se sont centrés
sur la perpétuation du processus de paix par le maintien de ses
structures sous le contrôle de l’AP, et à l’écart du Hamas
démocratiquement élu.
Bien sûr, la destruction de la démocratie palestinienne était le
prix à payer, ont insisté Israël et les Etats-Unis, poussés par
les efforts militaires du Général Keith Dayton. Cette situation
est devenue possible à cause de la stratégie de financement des
Etats Unis, d’Israël et des Etats arabes producteurs de pétrole
vis-à-vis de la lutte palestinienne. L’histoire du mouvement
national palestinien ne peut être racontée que par les voies et
les moyens avec lesquels les différents gouvernements arabes et
non arabes ont essayé de le contrôler. Alors que l’OLP était
créée et contrôlée principalement par le régime de Gamal
Abdel-Nasser, la défaite de 1967 a affaibli cet arrangement,
conduisant à la prise de pouvoir de l’organisation par les
guérillas révolutionnaires en 1969. Avec le Fatah et les
guérillas palestiniennes de gauche à la barre, le potentiel
révolutionnaire de l’OLP constituait une telle menace qu’il a
précipité une guerre totale en Jordanie en 1970, (une) situation
que les régimes arabes puissants et répressifs ne voulaient pas
voir se répéter. C‘est dans se contexte que l’argent du pétrole
arabe (de l’Arabie Saoudite, du Koweït, de Lybie, des Emirats
arabes unis et d’Irak) a commencé à affluer dans les caisses de
l’OLP, en premier lieu pour s’assurer que celle-ci
n’encouragerait pas de changement révolutionnaire dans les pays
arabes ; pour s’assurer, ensuite, que dans la mesure où l’OLP ne
compromettrait pas les intérêts des régimes arabes, ses armes ne
seraient dirigées que sur Israël. La guerre civile libanaise et
le rôle qu’y a joué l’OLP dans la seconde moitié des années 1980
demeuraient un problème mais, pour ce qui les concernait,
c’était un problème que les régimes arabes étaient en mesure de
contenir.
Avec le début des années 1980 et la défaite militaire de l’OLP à
Beyrouth en 1982, le financement arabe pour l’OLP n’était plus
conditionné seulement par le fait qu’elle ne tournât pas ses
armes contre eux (seulement), mais que l’organisation ne
viserait plus Israël. Les diverses tentatives d’accords entre
l’OLP et le Roi Hussein, au milieu des années 1980, faisaient
partie de ce plan. Avec un refus continu israélien et
états-unien de traiter avec l’OLP, peu importait que sa
politique et son idéologie aient changé : la situation est
restée gelée jusqu’à ce que le premier soulèvement palestinien,
en 1987, donne à l’OLP une occasion de marchander pour déposer
ses armes contre Israël. La formalisation de cette
transformation a eu lieu à Alger en 1988 et, plus tard, lors de
la Conférence de Paix de Madrid en 1991.
Pendant que l’argent du pétrole se tarissait après la Guerre du
golfe de 1990-1991, l’OLP a eu besoin de nouveaux financeurs.
Entrent les Etats Unis et ses alliés, dont les conditions
n’incluaient pas seulement l’accord d’Oslo, mais aussi que l’AP
nouvellement créée et contrôlée par le Fatah soit bien sûr
armée, mais que ses armes aient une nouvelle cible : le peuple
palestinien lui-même. L’AP a continué de recevoir son
financement jusqu’à la deuxième Intifada quand, contre leur
raison d’être, certaines de ses forces de sécurité ont affronté,
au fusil, les Israéliens, lorsque ceux-ci attaquaient les
Palestiniens. Les financements ont été interrompus par
intermittence, Arafat a été placé en résidence surveillée et les
Israéliens ont ré-envahi. Une reprise de financement stable a
continué après la mort d’Arafat, dépendant du « sérieux » que
mettrait Mahmoud Abbas à pointer les fusils palestiniens sur les
Palestiniens eux-mêmes, ce que lui et la bande de voyous de
l’appareil de sécurité de l’AP ont fait. Ils n’ont pourtant pas
été aussi efficaces que les Etats Unis et Israël l’avaient
souhaité, et c’est pourquoi le Général Dayton assume le contrôle
total de la situation militaire sur le terrain, pour « aider »
les Palestiniens à livrer à Israël leur part de paix du
marchandage.
Notons que tout au long des 16 dernières années, les dirigeants
israéliens ont constamment dit, dans la ligne de la formule de
la terre contre la paix, qu’ils voulaient et qu’ils cherchaient
la paix avec les Palestiniens, mais ni pour créer un Etat
palestinien, ni pour garantir le droit des Palestiniens à
l’autodétermination. En effet, non seulement Israël a multiplié
le nombre des colonies et plus que doublé la population
coloniale juive en Cisjordanie et à Jérusalem Est, en s’emparant
de davantage de cette terre qui devait faire l’objet de
négociations ; mais Israël a continué à exiger constamment
toujours plus de concessions palestiniennes pour garantir la «
sécurité » israélienne dans le but que les Palestiniens donne à
Israël la « paix » sur laquelle la formule de « la terre contre
la paix » est basée. Les Américains et les Européens ont aussi
dit avec insistance que les Palestiniens devaient donner la paix
à Israël avant que celui-ci ne décide quelles terres leur
revenaient et selon l’arrangement qu’il trouverait le plus
susceptible de lui assurer cette « paix ». En conséquence, ce
que « la terre contre la paix » – en dépit ou à cause du
préjudice définitionnel contre le peuple palestinien – a
entraîné est un perpétuel ajournement du retour de la terre,
avec des demandes insistantes de paiements anticipés, sur la
paix, que les Palestiniens doivent fournir.
Alors que le redéploiement autour de Gaza et le siège imposé à
sa population, affamée et bombardée, est vendu comme un
compromis d’Israël sur le retour de la terre, la réalité demeure
que la Bande de Gaza a été transformée d’une prison surveillée
par les Israéliens en un camp de concentration gardé et encerclé
par eux depuis l’extérieur, avec infiltration à l’intérieur
quand le besoin s’en fait sentir, comme cela s’est produit
l’hiver dernier.
En fin de compte, ce que l’accord d’Oslo et le processus qu’il a
généré ont atteint est une forclusion de toute indépendance
future réelle ou supposée de la direction palestinienne, ou même
d’indépendance nationale pour un tiers des Palestiniens en
Cisjordanie et à Gaza qui sont, de toute façon, les seuls
Palestiniens que l’accord d’Oslo affirme vouloir aider à y
parvenir. En hypothéquant la direction palestinienne au
sponsoring états-unien et israélien, en créant et en maintenant
des structures administratives, juridiques et financières qui
assureront cette dépendance, Oslo a été ce qu’il a été conçu
pour être, depuis le début : le mécanisme pour en finir avec la
demande palestinienne de mettre fin au colonialisme et à
l’occupation israéliens, et la légitimation de la nature raciste
d’Israël par le peuple même sur lequel il exerce sa domination
coloniale et raciste. Quiconque interroge ces restrictions peut
être combattu avec les armes idéologiques du pragmatisme.
Combattre Oslo fait de vous un extrémiste utopiste et un
opposant, tandis que participer à sa structure fait de vous une
personne modérée et pragmatique œuvrant pour la paix. L’arme
idéologique la plus efficace qu’Oslo a déployée depuis 1993 est
précisément que quiconque s’oppose à la capitulation totale des
droits nationaux palestiniens est un partisan de la guerre et un
opposant à la paix. En bref, le but du processus d’Oslo, qui a
été atteint avec beaucoup de succès, n’est pas l’établissement
de l’indépendance palestinienne de l’occupation illégale
d’Israël, mais plutôt d’en finir avec l’indépendance
palestinienne comme objectif futur et comme réalité actuelle. Vu
sous cet ange, Oslo continue d’être un succès retentissant.
Source :
Al Ahram
Traduction : MR pour ISM
Publié le 28 janvier 2010 avec l'aimable autorisation d'ISM
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