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Séminaire organisé par le conseil
scientifique d'Attac
La situation
politique en Palestine au prisme de la situation des femmes
Jamalat Abou Youssef

Photo Alaa Badarneh
Paris le 20 juin 2009
Barack Obama, dans son célèbre discours au Caire à l'adresse du
monde arabe et musulman, a parlé des droits de la femme et a
affirmé la
nécessité de respecter ces droits.
C’était sa manière de dire que le gouvernement des USA n’avait
aucune responsabilité dans la situation d’oppression que vivent
les femmes dans le monde arabe et islamique.
Obama a aussi réaffirmé
la
prétention américaine à justifier les guerres d'agression dans
les pays arabes et islamiques au travers de la mise en œuvre du
projet de nouveau Moyen-Orient.
En Palestine, la mise en œuvre de ce projet
a commencé par la signature de l'accord d'Oslo, ce « projet de
paix » qui a été fixé par les Etats-Unis.
Après cet accord, on a vu se développer les guerres dans la
région : en Afghanistan, en Irak, en Somalie, au Soudan Etc.
L’accord d'Oslo, qui a été appelé à tort « un accord de paix »,
a été un processus systématique de destruction du potentiel de
résistance de la communauté palestinienne en Cisjordanie et dans
la Bande de Gaza, en prélude à la liquidation de la question
palestinienne en tant que projet de libération nationale. Il
s’agissait de supprimer les droits nationaux des Palestiniens,
en particulier le droit au retour des réfugiés palestiniens.
La responsabilité d’incarner le projet de la résistance
palestinienne a été transférée de l’OLP à la soi-disant
« Autorité palestinienne » qui n’est en réalité que le faible
instrument d’une autonomie administrative à l’intérieur de zones
dont elle n’a même pas le contrôle et qui n’existe que grâce au
financement des gouvernements européens.
Cette Autorité est au service de l'entreprise coloniale menée
par les États-Unis.
Certes le Fatah avait une influence
dominante au sein de l’OLP, mais il existait d'autres factions,
se qualifiant elles-mêmes de « factions de gauche »,
Elles ont aussi
joué un rôle dans la mise en oeuvre de ce projet qui a impacté
la structure socio-politique de la société palestinienne.
Elles ont accepté d’entrer volontairement
dans le piège d'Oslo, elles se sont impliquées dans le
développement de ce
qu’on appelle le phénomène des organisations non
gouvernementales qui sont également financées principalement par
des gouvernements ou des agences gouvernementales de l'ouest.
Et, bien évidemment, ceci a concerné aussi
les organisations de femmes.
Les organisations de femmes palestiniennes
ne viennent pas de nulle part.
L'expérience a commencé par une recherche progressive
des femmes palestiniennes à trouver leur chemin dans les
sociétés de
Cisjordanie et de Gaza.
Lors de la 1ère Intifada les femmes ont commencé à
être collectivement une partie de la résistance politique au
projet sioniste.
La société palestinienne, comme toutes les communautés dans le
monde, est une société de domination masculine.
L'émergence des femmes dans la résistance est en soi un défi à
cette communauté, comme il l'a été pour les femmes
palestiniennes combattant sur les deux fronts : celui de
l'occupation israélienne et celui de l'autorité patriarcale,
dans la famille et dans toute la société.
Même dans les partis
politiques, une large participation des femmes dans la
lutte et la résistance a également révélé des attitudes
réactionnaires dans toutes les organisations politiques, y
compris les organisations palestiniennes de gauche.
Pendant la première Intifada des militantes
palestiniennes ont lancé le débat sur les priorités.
Est-ce que, dans la phase actuelle, la lutte nationale est la
priorité, comme cela a été l'approche des nombreuses factions de
l'OLP, ou est-ce que la lutte nationale et la lutte sociale pour
l’égalité sont intimement liées entre elles et ne peuvent pas
être séparées ?
Avant la signature de l'accord d'Oslo,
l'état de la controverse était
arrivé à la conclusion de la nécessité d'établir un lien
entre la lutte contre l’occupant et la lutte sociale pour les
droits des femmes.
La résistance devait être un facteur de rééquilibrage des
pouvoirs dans la société palestinienne,
en faveur des femmes et de leurs droits individuels et
collectifs, de leur recherche d'égalité.
On ne devait pas séparer
la lutte pour la libération nationale et la lutte pour
l'égalité entre les hommes et les femmes, pour une libération
des femmes partie intégrante de la lutte contre la colonisation
et pour la libération nationale.
Le dispositif de la « paix d’Oslo » s’est traduit pour les
femmes palestiniennes par la destruction du lien entre lutte
pour les droits des femmes et lutte pour la libération
nationale.
L’action collective militante des femmes pour obtenir leurs
droits, dans la dynamique de la lutte contre l’occupation
coloniale, a été remplacée par des projets financés destinés à
attirer la majorité des femmes militantes engagées dans la
lutte.
On a vu se multiplier des
projets tels que « l'éducation civique, la notion de
citoyenneté, les droits de l'homme, la participation des femmes
à la prise de décision »Etc.
Vivant en Palestine occupée où les droits des Palestiniens sont
violés à chaque instant, avons-nous besoin
de prendre des leçons sur les droits de l'homme ?
Et quel est le sens d’enseigner aux femmes palestiniennes « la
participation à la prise de décision » quand celles-ci sont
parfaitement conscientes de vivre sous la menace de
bombardements, en état de siège, contrôlées en permanence par
l’armée israélienne lors de leurs déplacements ?
Quelle est la place pour « la décision des femmes
palestiniennes » dans une situation d’occupation coloniale, où
même l’autorité palestinienne mise en place par les accords
d’Oslo est placée sous le contrôle du général américain
Dayton ?
Devons nous nous assimiler aux soldates israéliennes qui nous
oppriment ou devons nous rester nous-mêmes ?
Le projet d’Oslo n’est pas un échec et
n'est pas terminé, mais il continue jusqu'à son objectif
de liquidation du peuple palestinien
À une époque où l'OLP a renoncé à la
résistance, le Hamas a pu réaliser de grands avancées dans la
communauté palestinienne grâce à sa résistance à l'occupation.
Dans ces conditions le Hamas est apparu
comme une alternative pour la résistance populaire, une
alternative à ces dirigeants et ces factions de l’OLP
qui ont non seulement abandonné la résistance, mais qui
sont passés de l’autre côté de la barricade en réprimant les
Palestiniens qui résistent encore comme on a pu le voir il y a
quelques temps à Qalqiliya.
Les femmes du Hamas ne sont pas préoccupées et ne s’opposent pas
à la domination masculine dans le Hamas.
Cette organisation compte dans ses rangs une forte
proportion de femmes, certaines d'entre elles occupent des
postes importants dans l'organisation, notamment dans la prise
de décision, à
l'exception peut-être de la résistance armée, en raison de
plusieurs facteurs et notamment de l'expérience négative des
femmes de l’OLP engagées dans la résistance.
L’OLP n’a alors
organisé aucune protection des militantes engagées dans la lutte
et qui ont été victimes des comportements réactionnaires et des
attitudes sexistes et oppressives de certains chefs
traditionnels des factions politiques.
Après cette expérience, le Hamas a pu considérer et proclamer
qu’en séparant les femmes il les protégeait de tels
comportements.
Le Hamas a aussi été capable de développer la participation des
femmes à la lutte.
On peut prendre pour exemple l’action développée dans la ville
de Beit Hanoun il y a un peu plus d’un an, quand les femmes ont
appelé à la mobilisation et se sont rendues par centaines sur
place pour protéger de leur corps des combattants armés cernés
par l’armée israélienne.
Ces femmes montrent qu’elles ne
sont pas intéressées par les questions de pouvoir qui
mobilisent l’élite de Ramallah, ces femmes qui ne cherchent rien
tant qu’une rencontre ou une photo en compagnie de Madame Rice
ou de Madame Clinton !
Et pourtant ce sont elles qui, du point de vue du droit des
femmes, jouent un rôle positif, car il restaure la place
des femmes dans la lutte nationale et dans la communauté.
Ce n’est pas seulement le discours religieux
du Hamas qui
a conduit à l'augmentation du port du hijab.
On doit comprendre que la montée de la religion en Palestine est
d’abord la
recherche de solutions susceptibles de rétablir un certain
équilibre, après le chaos et la destruction de la société
palestinienne par le projet d’Oslo.
Cette défaite est inévitablement liée à la faillite du « projet
laïque » de l’OLP.
Le fait que de plus en plus de femmes
portent le foulard en Palestine n'est pas la seule
expression de la forte baisse de leurs droits spécifiques de
femmes. C’est aussi une conséquence
de la dégradation de la situation des femmes au sein
d’une société qui est devenue de plus en plus pauvre et qui
subit en permanence les assauts de l’occupation et du blocus qui
visent à briser sa capacité de résistance.
Oslo a contribué à détruire les relations collectives issues de
la première Intifada et les a remplacées par les relations de
clans et de tribus qui produisent un type de dirigeant
particulier, exprimant la haine des femmes et notamment des
femmes pauvres issues des classes populaires.
Dès lors, la solution pour elles, pour être protégées, c’est de
« se déguiser » et notamment de cacher sa tête pour sortir et
pour être plus « libre » !
C’est ça aussi les résultats de la politique
de l’autorité « laïque » de Ramallah !
17
ans après les accords d’Oslo la Peuple palestinien est toujours
dispersé, la population de Cisjordanie et de Gaza vit en état de
siège permanent, subit l’Apartheid, la colonisation intensive et
l’emprisonnement de plus de 11 000 des siens.
Le territoire est
détruit, notamment son agriculture et la population survit dans
la dépendance d’une aide internationale de plus en plus
conditionnée à un renoncement à ses droits et notamment le droit
au retour des réfugiés.
Le peuple palestinien est aujourd’hui dans une impasse.
Si l’Autorité palestinienne issue d’Oslo et
contrôlée par Dayton s’efforce d’en tirer profit,
d’autres, notamment les militants des forces islamiques, tentent
de trouver une issue en proposant des solutions issues du passé,
croyant peut-être ainsi rétablir l’équilibre d’une société
confrontée à l’oppression coloniale et à la destruction.
Ces tentatives réussiront-elles ?
Verra-t-on émerger une alternative porteuse d’un nouveau projet
de résistance, qui donnera leur place aux femmes dans leur lutte
contre les discriminations et pour l’égalité de leurs droits ?
Il est aujourd’hui trop tôt pour répondre et on doit comprendre
que les conditions actuelles d’existence de la population
ne sont
guère favorables à l’émergence de solutions politiques
construites et débattues par les militants et les militantes
palestiniens.
Certes, elles et eux seulement seront en mesure de trouver les
réponses.
Mais
le mouvement de solidarité a aussi des responsabilités.
Face à l’offensive permanente de nettoyage ethnique, face à
l’apartheid qui se développe il est urgent d’affaiblir l’état
d’Israël par la
campagne de boycott, par la défense intransigeante des droits
nationaux du peuple palestinien dont le plus important est le
droit au retour des réfugiés et par un soutien sans réserves à
sa résistance, sous toutes ses formes.
Certains s’obstinent dans l’idée que la solution résiderait dans
le soutien à « la paix entre les deux peuples. »
Le soutien à la lutte du peuple opprimé laisse alors place à un
soutien à un « processus de paix » qui n’en finit pas.
Mais il n’y a pas de paix possible avec un Etat et une idéologie
fondés sur la destruction du Peuple palestinien.
L’état israélien ne ferme pas les prisons. Au contraire il les
agrandit pour accueillir toujours plus de prisonniers et
notamment de militants qui refusent de céder.
En ce moment, dans le silence international et avec la
complicité même de l’Autorité de Ramallah, Ahmed Saadat,
secrétaire général du FPLP, est en train d’être liquidé.
Les dizaines de femmes militantes emprisonnées attendent en vain
la mobilisation solidaire
des femmes et notamment des féministes qui semblent plus
facilement motivées par d’autres causes.
Quant à la population de la bande de Gaza, elle subit de la part
des Israéliens un siège impitoyable auquel collaborent
l’autorité de Abbas et Fayyad, le régime égyptien et la
Communauté européenne.
Là aussi il est urgent d’exiger la fin du blocus et de dénoncer
le rôle des gouvernements européens dont celui de la France.
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