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Analyse
La nouvelle vieille
caricature et le jeu de rôle pour allumer des feux
Iyad-La-Joie
Samedi 20 février 2010
Une première mondiale, un premier ministre
« occidental » présente ses excuses à la communauté musulmane de
son « pays » pour un dessin haineux et insultant, en affirmant
son « respect et admiration pour la religion musulmane et son
fondateur ». La justice a par ailleurs sanctionné lourdement
l’auteur de ce dessein en le condamnant à une peine de deux ans
de prison au grand dam des défenseurs de la « liberté
d’expression » et tout ce qui va avec comme « liberté
d’amalgame ».
Mais qu’est ce qui s’est passé au fait ?
Quelques journaux ont
repris la
dépêche de l’AFP rapportant que près
de 3.000 musulmans ont
manifesté pacifiquement ce vendredi 12
février à Oslo, avec des pancartes « Nous sommes musulmans,
pas terroristes » ou « Stop au dénigrement des musulmans ».
Cette manifestation
fait suite à la
publication le 3 février dans le
tabloïd Dagbladet d’une caricature, afin d’illustrer un article
dit-il, où l’on voit un porc portant un keffieh arabe et
écrivant dans un livre. Sur le porc on peut lire le nom du
Prophète Mohamed (PBSL) et sur le livre on lit le mot « Coran ».
Rien de nouveau sous le soleil, nous savons
que, notamment, depuis l’arrivée de l’ère de Bush junior et le
déclenchement de sa « croisade » contre le « terrorisme » et
l’« islamisme » dans le cadre du fameux « choc des
civilisations », se multiplient les articles et les dessins
permettant de renforcer les préjugés, stigmatiser et provoquer
les musulmans, qui malheureusement tombent parfois dans le piège
et réagissent maladroitement, ce qui permet d’alimenter les
clichés de nouveau et la boucle est bouclée.
Cependant, que les adeptes de cette
« liberté » en Europe et particulièrement en France se
rassurent. Les excuses de ce premier ministre « occidental »
n’ont pas été faites suite à cette dernière publication et pas
en Europe non plus, mais, devinez où ?... En Israël ! L’on peut
alors légitimement se demander si ces provocations sont purement
d’origine interne européenne ou si elles n’ont aussi un soutien
ou une source externe à l’Europe ?
D’où vient ce dessin ?
Remarquons que ni le
tabloïd ni les autres journaux ne disent rien sur « l’artiste »
qui a signé ce dessin. C’est qu’il s’agit d’un vieux morceau qui
a été réalisé et distribué à Hebron (al-Khalîl) en Palestine
occupée en juin 1997 par une certaine
Tatiana Susskin,
une jeune femme et nouvelle immigrée juive russe ayant fait son
Alyah et qui s’était installée en Hébron où, paraît-il, ses
« ancêtres » devaient habiter il y a trois milles ans.
Un
site sioniste
nous informe que pour cette « princesse », ce dessin
était de « la liberté d’expression », qu’elle
l’avait réalisé par « amour pour les juifs », et qu’à
cause des attaques que menaient les musulmans en Palestine
contre les juifs d’Israël, elle trouvait qu’ils « se
comportaient vraiment comme des cochons ».
Or l’état sioniste peut
expulser les Arabes palestiniens, les arroser par ses
mitraillettes, ses missiles et ses bombes, enlever leurs
organes,
tuer leurs bébés menaçants, détruire
leurs maisons, arracher leurs arbres etc., mais il demeure tout
de même un Etat soucieux de son image de démocratie, d’un Etat
de droit qui respecte les croyances des indigènes dont il occupe
les terres. Cette femme fut alors condamnée à deux ans
d’emprisonnement pour racisme par un juge israélien, qui avait
d’ailleurs comparé son dessin à la création antisémite du faux
« Protocoles des sages de Sion ».
Et c’est alors que le premier ministre
israélien « occidental » de l’époque, un certain Benyamin
Netanyahou, présenta ses excuses au maire arabe d’Hébron en
déclarant que l’acte de cette femme « était contraire au
respect et à l’admiration que porte la religion juive à la
religion musulmane et à son fondateur ». Probablement
murmurait-il à voix basse : « Si seulement vous fichez le
camp et laissez nous la Palestine. Allez vous-en par vous-mêmes
et ne nous obligez pas à vous karchériser, et surtout
laissez-nous construire notre temple en lieu et place de votre
mosquée, avant qu’on ne vous la fasse sauter ». Mais ça, on
ne peut l’affirmer.
Dans le même registre mais dans le sens
inverse, on constate que des journalistes et des intellectuels
israéliens, « juifs » de naissance, peuvent écrire des articles
et des livres critiquant la politique criminelle de l’Etat
israélien et mettant à mal ses mensonges et ses mythes sans
risquer l’anathème éternelle, et les exemples en sont nombreux.
En revanche, notamment en France, quand quelqu’un, surtout s’il
n’est pas « juif », ose formuler des critiques, même assez
molles, ou faire de la satire envers cet Etat, il risque d’être
maudit à jamais, à moins qu’il ne passe sa vie à se racheter.
Un jeu de rôle et d’alliance
C’est bien un jeu réel et machiavélique où
les joueurs ont des objectifs communs : Veiller à ce que l’Etat
d’Israël, une créature des grandes puissances occidentales et
toujours entretenu par elles, ait toujours une image positive
auprès des peuples occidentaux censés élire leurs dirigeants qui
mènent la politique occidentale ; c’est un jeune Etat
démocratique aux valeurs partagées avec le monde libre civilisé,
et qui ne fait que se battre pour sa survie dans un
environnement hostile à lui et aux valeurs qu’il représente. En
parallèle, les alliés européens les plus fidèles doivent
s’atteler à museler en Europe toute critique montrant la vérité
colonialiste et meurtrière de cet Etat et doivent surtout
combattre et neutraliser l’influence « nuisible » que commence
d’avoir la communauté musulmane en Europe, en tant que
catalyseur et précieuse matière première vivante alimentant et
renforçant les mouvements européens qui agissent contre le
sionisme et l’impérialisme, ce qui fait de cette communauté
l’« importateur de conflit » à abattre.
Une alliance guerrière sous prétexte de
« Faire face au Jihad »
Tous les spécialistes de l’islam et tous ceux
qui ont côtoyé des musulmans de près savant que pour un
musulman, le jihad c’est avant tout des efforts continus pour
lutter contre sa propre cupidité, s’élever spirituellement,
combattre toute injustice d’où qu’elle vienne et faire de son
mieux pour apporter du bien à autrui, et que ça n’a rien à voir
ni avec cette notion bizarroïde de « guerre sainte » ni avec une
violence aveugle quelconque. Quand les musulmans d’Europe
s’activent pour se faire reconnaître en tant que citoyens à part
entière avec leurs droits et leurs devoirs, quand ils se battent
contre les discriminations dont ils font l’objet, quand ils
cherchent à vivre leur foi paisiblement, et quand ils défendent
avec leurs concitoyens les droits du peuple arabe de la
Palestine, ils font du jihad qui dérange les maîtres du jeu et
qu’il faut combattre.
« Facing
Jihad », ce fut le titre donné à une
rencontre qui se déroula le 14 et 15 décembre 2008 à Jérusalem.
Cette rencontre fut organisée par le député israélien Ariel
Eldad (un député classé à l’extrême droite si cela a une
importance quelconque). Un
communiqué de presse présenta cette
rencontre comme un « sommet de parlementaires européens unis
contre la menace de l’expansion islamique », où une
trentaine de parlementaires européens de la Belgique, le
Danemark, l’Italie, les Pays Bas, la Suède, la Suisse et la
Grande Bretagne qui « s’oppose et à l’islamisation et aux
politiques d’immigration européennes qui bouleversent la
cohésion sociale » serait conviée, tout en soulignant (on
s’en doutait) qu’« aucune organisation raciste ne serait
autorisée » !
L’orateur qui reçut la
plus d’ovation à cette rencontre fut le député néerlandais Geert
Wilders, le producteur du film « Fitna » et qui avait demandé
l'interdiction du Coran aux Pays Bas. Wilders fit un
long discours où il déclara
notamment :
« Nous sommes ici pour exprimer notre
crainte de l’islamisation croissante de l’Occident. Nous le
faisons dans cette ville, la ville de David. La ville qui,
ensemble avec Rome et Athènes, symbolisent notre ancien héritage »,
en affirmant que « les valeurs de l’ancien Israël sont
devenues les valeurs de l’Occident » et que Jérusalem est « la
capitale d’une démocratie sous la menace ».
Et il ajouta : « Israël est en train
d’encaisser des coups qui nous sont destinés. Sans Israël,
l’impérialisme islamique aurait trouvé d’autres lieux pour faire
éclater son énergie et sa volonté de conquête. C’est pour cela
que la guerre contre Israël n’est pas une guerre contre Israël.
C’est une guerre contre l’Occident. C’est le jihad », et que
désormais « la ligne de front du jihad passe non seulement
dans les rues de Tel Aviv et de Haïfa, mais aussi à travers
Londres, Madrid et Amsterdam. Le jihad est notre ennemi commun
et nous avons intérêt à l’affronter avant qu’il soit trop tard ».
Deux semaines plus
tard, soit le 27 décembre 2008, Israël lança son agression
meurtrière contre la bande de Gaza, et en plein massacre de la
population gazaouie, Tzipi Livni vint à Paris pour
déclarer ce premier janvier 2009 à
partir du palais de l’Elysée, en parfaite harmonie avec le
discours de Wilders : « Israël se trouve en première ligne du
monde libre et est attaqué car nous représentons les valeurs du
monde libre, dont la France ».
En dehors de quelques protestations des
associations pro-palestiniennes et quelques voix isolées,
l’Europe, représentée par la France qui en assurait la
présidence jusqu’à fin décembre 2008, acquiesça. Le jeu criminel
peut continuer. Pour le moment.
Yad-La-Joie
Le 20/02/2010
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