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Hugo Chavez : gagner les cœurs et les esprits du monde Arabe
Dima Khatib

Hugo Chavez, le président vénézuélien, s’est retrouvé au centre de l’actualité politique moyen-orientale lorsqu’il a annoncé qu’il retirait son diplomate de rang le plus élevé en Israël.

Des milliards de dollars dépensés, des dizaines de milliers des vies perdues, des centaines d’heures de discours et de conférences de presse télévisés, d’importants efforts diplomatiques, des plans militaires de grande envergure, des années en Irak, et bien davantage ...

Rien de tout cela n’a aidé les Etats-Unis à concrétiser le but annoncé de son président de « gagner les coeurs et les esprits des personnes du monde Arabe ». Au lieu de cela, George Bush semble avoir perdu les coeurs et les esprits de beaucoup de ceux qui avaient été les supporters des plans américains pour le Moyen-Orient.

Quelqu’un d’autre en Amérique semble avoir trouvé la formule secrète pour réaliser ce but, beaucoup plus rapidement et à bien meilleur marché.

Hugo Chavez, le président vénézuélien, s’est retrouvé au centre de l’actualité politique moyen-orientale lorsqu’il a annoncé qu’il retirait son diplomate de rang le plus élevé en Israël : le chargé d’affaires vénézuélien à Tel Aviv. Pas pour quelque chose qu’Israël aurait fait contre son pays, mais pour ce qu’Israël a fait aux Palestiniens et aux Libanais à des milliers de kilomètres de distance.

Cette décision a été précédée par des condamnations répétées de Chavez de ce qu’il a décrit comme « une agression » israélienne contre la terre libanaise et son « génocide » contre les Libanais. Il était le premier chef d’Etat à prononcer des mots aussi durs à l’encontre d’Israël, bien avant n’importe quel état arabe ou musulman après que la violence se soit déclenchée sur la frontière libano-israélienne le mois dernier.

Aujourd’hui sur beaucoup de sites Internet arabes un peut lire des commentaires comme : « Je suis Palestinien mais mon président est Chavez, pas Abu Mazen. » Ou : « Je ne veux pas être un Arabe. Dorénavant je serai Vénézuélien. » Je me suis laissée dire qu’à Gaza et Ramallah dans les territoires palestiniens, une nouvelle affiche de Chavez est apparue aux côtés des affiches d’Arafat et de Che Guevara.

Sur les chaînes de télévision il est même possible de voir des drapeaux vénézuéliens dans les manifestations à Beyrouth, à côté des drapeaux libanais et palestiniens. Dans beaucoup de journaux à travers le monde arabe, des chroniqueurs se demandent : pourquoi les responsables arabes ne peuvent-ils pas faire ce qu’un responsable latino-américain non-musulman et non-Arabe a osé faire ?

Naturellement, quelques Vénézuéliens anti-Chavez se précipiteront pour prévenir les supporters arabes de leur président de ce qui selon eux est le vrai Chavez : quelqu’un d’autoritaire qui ruine son pays.

Mais cela ne changerait pas l’opinion de ses défenseurs au Moyen-Orient. Quand un internaute écrit que Chavez est un « dictateur comme Fidel Castro », les réponses ont inondé les unes après les autres le site Web incriminé pour défendre Chavez et insulter la personne qui l’avait critiqué.

Les adversaires de Chavez analysent sa posture comme une simple manoeuvre politique visant à soutenir son allié l’Iran et à attaquer son ennemi traditionnel : les Etats-Unis, ou l’ « empire » comme il les qualifie. Ils pensent également que c’est un biais par lequel renforcer sa popularité dans le monde.

Ceci peut être vrai. Mais ce qui est assurément vrai est que l’affinité de Chavez avec le monde Arabe n’est pas quelque chose de nouveau. Il mentionne souvent dans ses discours le monde Arabe et raconte des anecdotes avec les chefs d’états arabes dans leurs pays lointains. Il admire le désert. Il se dit Nasserite (faisant référence au défunt président nationaliste de l’Egypte, Gamal Abdul Nasser). Il mentionne l’Irak plus souvent que ne le font les chefs d’états arabes et ne manquent jamais une occasion « de saluer la résistance irakienne contre les forces impérialistes ».

Cette solidarité avec la cause arabe est largement partagée par la plupart des Vénézuéliens, et également par la plupart des Latino-Américains, particulièrement les plus déshérités. Beaucoup ont défilé dans les rues de Caracas et d’autres villes du Venezuela - aussi bien qu’au Brésil, en Argentine, en Uruguay, en Colombie et ailleurs - pour manifester leur solidarité avec les Libanais et les Palestiniens dans leur situation dramatique.

Israël a réagi lentement et plutôt avec une certaine indifférence à la décision de Chavez de retirer son diplomate, comme si cela était de peu d’importance. Ce n’est que plusieurs jours après que son ambassadeur à Caracas a été rappelé pour consultation.

Alors Chavez est allé encore plus loin, indiquant qu’il allait probablement rompre des relations diplomatiques avec Israël, un état avec lequel il n’est nullement intéressé de partager ni affaires, ni bureaux ni quoi que ce soit d’autre.

L’état réel des relations entre les deux pays est peu clair à l’heure actuelle. Personne ne sait combien de temps le chargé d’affaires vénézuélien restera éloigné de Tel Aviv. Personne ne sait non plus quand l’ambassadeur israélien retournera au Venezuela, et s’il doit y retourner. L’ambassade israélienne fonctionne actuellement normalement à Caracas.

Mais aucun de ces détails n’importe vraiment. Rien de ce qui a été dit et fait ne sera oublié par les parties concernées.

Accusations

Des personnes de la communauté juive vivant au Venezuela auraient reçu des menaces et se sentiraient déstabilisées par tout ce qui est arrivé. La sécurité a été renforcée autour de tous les bâtiments de la communauté juive à Caracas et personne là n’était disposée à faire des commentaires devant Al Jazeera. Quelques figures importantes de cette communauté sont intervenues dans les médias locaux et ont accusé Chavez d’être un antisémite.

Dans le même temps, Chavez peut se voir accusé d’héberger des unités de Hezbollah. Il y a eu des débats la semaine dernière dans des médias occidentaux et israéliens au sujet de la localisation de telles unités à l’étranger.

Quelles que soient les conséquences de la position intransigeante de Chavez vis-à-vis d’Israel, il est évident que cette attitude a embarrassé les chefs d’états arabes, car aucun d’entre eux n’a rompu ou même simplement diminué ses liens avec Israël en dépit de tous les massacres commis au Liban et en Palestine.

Ces chefs d’état qu’il a toujours encouragés et a considérés en tant que « frères » ne pouvaient pas l’apprécier plus que quand il les avait invités à Caracas en l’an 2000 à augmenter les prix du pétrole dans le cadre de l’OPEP.

Ils n’apprécient sûrement pas sa proximité avec Iran, lequel est vu par beaucoup d’entre eux comme essayant d’étendre son influence sur le Moyen-Orient. Et ils estiment probablement que ses perpétuelles et provocatrices prises de positions anti-Bush sont par trop compromettantes.

Chavez réalise probablement tout cela. Pendant des années il a tenté de forger des alliances avec des gouvernements arabes et de partager des projets afin de casser l’ordre économique mondial dans lequel selon lui les pays du tiers-monde sont tous liés aux grandes puissances et ne sont pas solidaires.

Mais il a apparemment revu ses opinions à propos de ses vis-à-vis du monde Arabe, ou au moins sur la plupart d’entre eux, s’étant rendu compte qu’ils n’étaient pas anti-impérialistes - et pas même anti-israéliens - et que certains d’entre eux détestaient profondément son allié iranien.

Lui-même, comme le reste du monde, constate à quel point les chefs d’état arabes restent dépendants et obéissants vis-à-vis des Etats-Unis et combien ils sont éloignés de leur propre peuple. Si ce qui s’est produit en Irak, en Palestine et au Liban n’est pas suffisant pour les faire réagir et défendre la dignité du monde Arabe, alors rien ne les fera réagir.

C’est là où le talent de Chavez pour communiquer avec l’homme de la rue vient remplir un vide et le rend plus populaire que les chefs d’états arabes dans leurs propres pays.

Comme l’a écrit un internaute : « Je souhaite qu’il y ait des élections pour élire le chef de l’Umma [nation islamique] et je suis 100% sûr que Chavez gagnerait les élections bien qu’il soit vénézuélien. »

Légendaire

Il sera intéressant de voir le tour que vont prendre les relations officielles entre le Vénézuéla et les pays Arabes.

Ce qui est certain c’est que dans l’esprit de millions d’Arabes, Chavez fait partie maintenant du même groupe que Hassan Nasrallah, le chef de Hezbollah, ainsi que d’autres figures arabes « héroïques ».

Dans une période où le nationalisme dans le monde arabe est représenté par des mouvements islamiques tels le Hamas en Palestine et le Hezbollah au Liban, tous les deux qualifiés de mouvements terroristes par Washington, Chavez représente une tendance très spécifique.

Il n’appartient pas à un mouvement religieux ; il n’est pas classé (pour l’instant) comme terroriste par Washington ; à la différence des chefs d’états arabes, c’est un président démocratiquement élu et un socialiste anti-impérialiste qui n’a pas son équivalent à l’heure actuelle dans le monde Arabe.

Il n’est pas étonnant que des internautes du monde Arabe lancent des appels pour que Chavez fasse l’objet d’un clonage et pour qu’ils puissent en obtenir une copie pour remplacer leur propre chef d’état.

Y aurait-il un « Chavez d’Arabie » comme il y a eu le légendaire « Lawrence d’Arabie », l’Anglais qui a gagné la confiance et la sympathie des Arabes du désert quand ces populations étaient sous le mandat britannique ? L’histoire décidera.

Mais pour l’instant pour beaucoup de citoyens Arabes connectés au réseau, il est « un homme honorable dans un monde où il y a en trop peu », beaucoup se disant « prêts à mourir pour lui ».

Dima Khatib
18 août 2006 - Al Jazeera.net - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/NR/exe...
Traduction : Claude Zurbach

 

 


Source : CCIPPP
http://www.protection-palestine.org/article.php3?id_article=3465


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