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Coupures
de courant à Gaza orchestrées par Israël :
une punition collective tacitement approuvée par les Etats-Unis
Chris Marsden 
29
octobre 2007
La décision d’Israël de commencer à couper
le courant dans la Bande de Gaza est une action de punition
collective en violation du droit international. Cela représente
une nouvelle étape dans les efforts faits par Israël de réduire
par la faim le peuple palestinien. Israël avait imposé un
embargo économique sur Gaza après que le Hamas ait pris, en
juin, le pouvoir des mains du Fatah qui est à présent dirigé
par le président pro-occidental de l’Autorité palestinienne
(AP), Mahmoud Abbas.
Le ministre de la Défense, Ehoud Barak a
approuvé les plans dressés par l’establishment de la défense
le 25 octobre. Dimanche on rapportait que la compagnie israélienne
d’électricité, Dor Alon avait confirmé avoir reçu des
instructions pour commencer à réduire l’approvisionnement.
La population de Gaza de 1,4 million de
personnes utilise environ 200 mégawatts d’électricité, dont
120 directement fournis par Israël et 65 produits dans une
centrale thermique palestinienne locale qui dépend elle-même de
l’énergie israélienne. Seuls 17 mégawatts proviennent de l’Egypte.
Dans un premier temps, Israël va perturber
l’électricité dans diverses régions de la Bande.
L’approvisionnement d’Israël vers Gaza passe par cinq lignes
électriques, dont quatre livrent de l’électricité à une base
militaire de la région et ne peuvent être fermées. La cinquième
ligne transmet l’électricité d’Israël à Beit Hanun à
l’est de Gaza, qui selon toute attente sera le plus durement
touché par ce plan.
Israël fournit aussi tous les combustibles
dont Gaza a besoin, y compris le diesel, l’essence et le gaz
naturel, qui seront limités plus encore qu’ils ne le sont déjà.
Samedi dernier, le ministre adjoint de la Défense,
Matan Vilnai a dit que le tribunal avait donné son autorisation
finale à ce projet suivant lequel Israël va « réduire de
manière significative », soit d’environ deux tiers, l’électricité
fournie à Gaza dans les semaines à venir. Pour commencer, l’électricité
sera coupée chaque fois que des militants enverront des roquettes
sur Israël.
Vilnai a décrit le projet comme un « désengagement
graduel de Gaza en matière d’électricité. » Il a dit
clairement qu’Israël était déterminé à finalement couper
entièrement l’électricité, exprimant avec un cynisme extrême
le « souhait que les habitants de Gaza produiront leur
propre électricité et ne dépendront pas de nous ».
Il a justifié cette démarche en parlant de
Gaza comme d’une « entité hostile », terme employé
pour la première fois en septembre pour justifier le projet de
stopper l’approvisionnement. Ce terme et les références au
« désengagement » sont utilisés par Israël pour
affirmer qu’il n’a plus l’obligation, en tant que force
d’occupation, de fournir des services à la population civile en
vertu du droit international.
Mais malgré le retrait de Gaza de ses forces,
il y a de cela deux ans, Israël en contrôle les frontières,
l’espace aérien et les eaux territoriales et utilise ceci pour
étrangler la vie économique sur la bande côtière.
L’Autorité palestinienne (AP) dirigée par
Abbas a qualifié la décision d’Israël de « crime de
guerre » et de « punition collective contre notre
peuple de la Bande de Gaza ». Mais ses protestations se sont
révélées totalement insincères du fait que deux heures de
discussions se sont tenues entre Abbas et le premier ministre israélien
Ehoud Olmert lors d’un déjeuner, le jour suivant, pour préparer
le sommet à venir de l’administration Bush à Annapolis dans le
Maryland.
L’AP participe directement à l’offensive
en cours d’Israël contre le Hamas, mais craint qu’une attaque
aussi ouverte sur la population toute entière de Gaza ne conduise
le Fatah à perdre le contrôle sur la population de la
Cisjordanie qui devient de plus en plus agitée.
Le négociateur palestinien, Saeb Erekat a
demandé une intervention internationale du Quartet du
Moyen-Orient – les Etats-Unis, l’Union européenne, les
Nations Unies et la Russie – afin d’empêcher Israël de
couper l’électricité et l’approvisionnement en combustibles
de Gaza. Mais le silence fut assourdissant, notamment de la part
de Washington, qui contrôle les cordons de la bourse d’Israël
et serait en mesure, sans grande difficulté, de mettre fin à
cette action s’il n’était pas tacitement d’accord avec
Tel-Aviv. Il ne restait plus aux porte-parole du Fatah qu’à se
plaindre et dire combien la punition collective infligée à Gaza
rendait difficile pour eux la signature d’un accord avec Israël.
Le prétexte pour l’action d’Israël a été
fourni par les attaques de roquette Qassam lancées par des
groupes de militants palestiniens de Gaza, dont on estime à 1 000
le nombre lancé durant ces quatre derniers mois.
Néanmoins, la riposte d’Israël n’est ni légale
ni proportionnelle.
Les roquettes Qassam sont des missiles de
petite taille, rudimentaires et non guidés qui sont employés
depuis des années. Ils ont tué au total 13 personnes et en ont
blessé environ 200, bien que l’un d’eux ait récemment blessé
plus de 70 soldats israéliens. Le ministre de la Défense israélien
a qualifié les roquettes Qassam de « menace psychologique
plus que physique ».
Israël a essayé d’exagérer la menace en
parlant de roquettes Katyushka plus grandes et plus sophistiquées,
mais on n’en aurait trouvé que trois jusqu’à présent.
Les roquettes ne sont en fait qu’une riposte
quelque peu dérisoire dans un conflit militaire manifestement inégal.
Au moins 4274 Palestiniens ont été tués depuis le 29 septembre
2000 contre 1024 Israéliens. Moins d’un tiers des victimes israéliennes
sont des civils contre 2023 Palestiniens non combattants tués.
Israël resserrant son étau sur les
Territoires occupés, cette différence s’est creusée. 660
Palestiniens au total ont été tués en 2006, dont 141 mineurs,
alors que 17 civils israéliens et six membres des forces de sécurité
ont été tués par les Palestiniens. A Gaza uniquement,
l’attaque militaire israélienne en juin de l’année dernière
avait tué 405 Palestiniens, dont 88 mineurs, et un total de 205
non-combattants. Israël avait aussi détruit plus de 300 foyers
palestiniens.
Même ces chiffres terribles ne tiennent pas
compte de l’impact du siège d’Israël sur l’espérance de
vie, notamment pour les bébés, les enfants, les malades et les
personnes âgées.
Le fait qu’Israël a fermé les frontières
de Gaza à presque tout, sauf la nourriture et les médicaments de
l’aide humanitaire, a quasiment détruit le peu qu’il restait
de son économie.
Avant même ce blocus, Israël avait retenu illégalement
les taxes et droits de douane qu’il collecte pour l’AP, et qui
correspondent à peu près à 50 pour cent des revenus de cette
dernière. Il n’a depuis remis ces fonds qu’à la Cisjordanie
dirigée par le Fatah. Le Quartet (Etats-Unis, Union européenne,
Russie et Nations Unies) a aussi tout arrêté sauf l’aide
humanitaire à Gaza.
51 pour cent en tout des Palestiniens dépendent
de cette aide pour la nourriture, et la malnutrition est le
principal problème de santé publique. De plus, 64 pour cent des
Palestiniens sont passés en dessous du seuil de pauvreté en
2006, et près de 80 pour cent des habitants de Gaza vivent
maintenant avec moins de 2 dollars par jour et dépendent des
colis de nourriture des Nations Unies.
Selon un reportage de la Banque mondiale, le
mois dernier, 90 pour cent de la production industrielle de Gaza a
cessé et la production agricole a baissé de 50 pour cent en
2007.
Israël n’autorise quasiment aucun produit
fini ou marchandise à entrer ou à quitter la Bande de Gaza.
Quasiment toute construction a été stoppée, dont des projets
d’une valeur de 90 millions de dollars alloués par les Nations
Unies pour la construction de maisons, d’écoles et de
traitement des égouts. Le chômage s’élève à plus de 75 pour
cent. La production de nourriture d’hiver de Gaza, tels les
fraises et les tomates cerises, va très probablement pourrir. Le
prix des produits de base a augmenté de 30 pour cent ces six
derniers mois. Le prix du sac de farine de 50 kilos a augmenté de
80 pour cent.
Israël bloque, retarde et harcèle de façon
arbitraire les personnes qui ont un problème médical urgent et
qui ont besoin de quitter la Bande de Gaza, ainsi que les étudiants
qui veulent faire des études universitaires à l’étranger. Les
Nations Unies déclarent qu’en moyenne cinq patients de Gaza par
jour seulement entrent dans Israël, par rapport à 40 par jour en
juillet. Les propres installations médicales de Gaza sont
confrontées à une pénurie de médicaments et d’équipement de
laboratoire en état de marche.
Walter Fust, à la tête de l’organisme
suisse, Direction pour le développement et la coopération (DDC),
a qualifié la situation à Gaza d’« intenable » et
de « choquante » à la fin d’une récente visite de
quatre jours. Il a dit que la situation de la nourriture s’était
aggravée « considérablement », avec 30 pour cent des
enfants sous-alimentés et a décrit la situation dans les hôpitaux
et les dispensaires comme précaire.
Des personnalités militaires israéliennes de
haut rang ont appelé à une incursion de grande envergure dans
Gaza, mais le gouvernement n’y a pas donné suite s’efforçant
d’avoir l’air de faire le nécessaire dans la recherche de la
paix à quelques jours de la conférence sur le Moyen-Orient,
soutenue par les Etats-Unis et qui doit se tenir vers la fin du
mois à Annapolis, dans le Maryland.
Néanmoins, des raids répétés ont eu lieu à
la frontière de Gaza, dont un le 17 octobre et une incursion plus
importante le 25 octobre – le jour où Barak approuvait les
coupures de courant – près de Khan Younis au sud est. Des
bulldozers ont aplani des terres agricoles sur un kilomètre dans
la région de Al-Fukhari jusqu’à l’est de Khan Younis et des
soldats ont fait des descentes dans plusieurs maisons et procédé
à des arrestations.
(Article original anglais paru le 29 octobre
2007)
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Publié le 31 octobre 2007 avec l'aimable autorisation du WSWS

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