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Palestine
« Notre jour viendra »
Entrevue avec Mustapha Barghouti
Catherine Pappas
Mustafa Barghouti vient d’être nommé ministre
de l’Information dans le nouveau gouvernement palestinien
d’unité nationale. Médecin, militant des droits humains et
fondateur de plusieurs organisations humanitaires en Palestine, il
s’est surtout fait connaître par son franc-parler et par son
opposition à la corruption, Entrevue avec celui qui représente
la « troisième voie » entre le Fatah et le Hamas, une
gauche nouvelle palestinienne, laïque et démocratique.
Croyez-vous que le nouveau
gouvernement d’unité nationale répond aux aspirations du
peuple palestinien ?
Nous avons mis en place cette coalition pour
mettre fin aux violences factionnelles et éviter la désintégration
de l’Autorité palestinienne. Le gouvernement d’unité
nationale représente 96 % de l’électorat palestinien (25
membres (12 Hamas, 6 Fatah, 7 « indépendants »).
Toutes les factions politiques, hormis le Front populaire pour la
libération de la Palestine (FPLP), y sont représentées. Il
s’agit du gouvernement le plus démocratique de l’histoire de
l’Autorité palestinienne, mais aussi de l’ensemble de la région.
Aucun autre gouvernement dans le monde ne jouit d’une telle représentativité.
Il faut voir maintenant comment traduire notre programme politique
en actions concrètes.
Quels sont, selon vous, les
principaux défis de ce gouvernement ?
Les défis auxquels nous devrons face sont considérables.
Premièrement, il faut rétablir l’ordre et la sécurité à
l’intérieur des territoires palestiniens en renforçant l’indépendance
du pouvoir judiciaire. Il faut également initier de véritables réformes
et mettre en place des institutions démocratiques afin de lutter
contre la corruption, le népotisme et la répression politique.
Nous devrons ensuite surmonter les difficultés sociales et économiques
qui résultent des sanctions financières [sanctions décrétées
par les principaux bailleurs de fonds occidentaux et Israël après
la victoire du Hamas aux élections parlementaires du 25 janvier
2006 et la formation de son gouvernement, deux mois plus tard]. Ce
blocus financier a aggravé la situation, déjà dramatique, des
populations de Cisjordanie et de Gaza. Il a durement touché
chaque communauté et chaque famille palestinienne. Des dizaines
de milliers de Palestiniens n’ont pas reçu leur salaire depuis
maintenant plus d’un an.
Afin d’exercer une pression politique, Israël
retient toujours l’argent des revenus et des impôts
Palestiniens qui s’élèvent à 60 millions de dollars par mois.
De quel droit retiennent-ils cet argent ? Une telle punition
collective - qui a eu pour effet d’affamer la population
palestinienne et non de miner la popularité du Hamas - constitue
une violation du droit international, notamment de la Quatrième
Convention de Genève. Il est impératif de lever cet embargo,
mais aussi de faire cesser les restrictions de mouvements infligées
par Israël, qui continuent de porter atteinte aux droits des
Palestiniens et diminuent leur accès aux produits de base, au
travail, à l’éducation et aux soins de santé.
Croyez-vous que cette
coalition permettra la levée du blocus financier occidental ?
Oui. Tous les pays arabes, sans exception, ont
reconnu le nouveau gouvernement palestinien. Jusqu’ici, dix pays
européens ont emboîté le pas. Hier, l’Inde s’est dit prête
à négocier avec tous les membres du gouvernement. Même le
Consul général américain à Jérusalem a rencontré le ministre
des Finances, Salam Fayyad. Ce que nous souhaitons, c’est que
chaque gouvernement examine notre plateforme politique sans la
distorsion des lunettes d’approche israéliennes.
Notre gouvernement - incluant les membres du Hamas
- s’oppose à toutes formes de violence. Nous proposons un
cessez-le-feu complet avec Israël, nous nous sommes engagés à
respecter les accords signés par l’Organisation de libération
de la Palestine (OLP) avec Israël et nous honorons le droit
international et les Conventions de Genève, qui sont systématiquement
violés par l’État Israélien. Alors comment justifier le
maintien de ces sanctions ?
En 2002, vous aviez contribué
à la formation de l’Initiative nationale palestinienne (Al
Mubadara), avec d’autres intellectuels palestiniens, dont Edward
Said, Hadir Abdel Shafi et Ibrahim Dakak. Comment s’inscrit la
troisième voie dans ce gouvernement d’unité ?
Entre le Fatah et le Hamas, nous représentons
l’alternative démocratique. En tant que membre de la coalition,
nous cherchons à influencer positivement le programme du
gouvernement d’unité en introduisant, entre autres, des réformes
sociales et politiques, le respect du droit international et le
principe de résistance non violente à l’occupation.
Jusqu’ici, on nous a écouté.
Que pensez-vous de la
plateforme proposée par le gouvernement d’unité nationale ?
D’un point de vue social, le programme du
gouvernement d’unité est très progressiste. Il propose entre
autres deux chapitres sur les droits des femmes, qui visent
notamment à accroître leur participation dans la vie politique,
sociale et parlementaire. Il y a en outre un article qui alloue 5 %
des postes de la fonction publique aux personnes handicapées.
Nous avons également créé un fonds pour les étudiants
universitaires afin de lutter contre le népotisme et accroître
l’accès aux études supérieures. Nous proposons également de
collaborer de près avec la société civile palestinienne.
Est-ce que cette nouvelle
coalition pourra relancer les pourparlers de paix entre Israël et
les Palestiniens ?
Nous proposons de reprendre les pourparlers, mais
jusqu’ici l’État israélien refuse. Israël n’était pas prêt
à négocier avec Yasser Arafat ni avec son successeur, Mahmoud
Abbas. Puis, il y a eu le boycott après la victoire du Hamas.
Aujourd’hui, le gouvernement d’unité comprend
les meilleurs leaders démocratiques palestiniens, pacifistes et
modérés. Que peut-on demander de plus ? Un gouvernement de
collaborateurs ? Nous sommes convaincus que seule une entité
démocratique peut parvenir à un règlement final et pacifique de
la question palestinienne. La démocratie en Palestine n’est pas
seulement la meilleure option, mais la seule qui puisse mener à
une paix durable.
Comment expliquez-vous ce
refus israélien ?
Israël cherche à gagner du temps afin de
poursuivre sa politique d’annexion, d’expropriation de terres
et de construction de colonies de peuplement en Cisjordanie pour
ainsi supprimer toute possibilité de création d’un État
palestinien indépendant. Avec la construction illégale du mur,
on est en train d’installer un système ségrégationniste qui,
comme l’a suggéré l’ancien président des États-Unis Jimmy
Carter, est pire que le système d’appartheid en Afrique du Sud.
Quelles sont les perspectives
de paix et de stabilité régionales ?
Tout le monde s’entend : il n’y aura
aucune stabilité régionale sans régler la question
palestinienne. Et il n’est plus possible de rester impartial
face à l’injustice qui découle de presque 40 années
d’occupation ni face au traitement subi quotidiennement par les
populations occupées, en infraction aux principes généraux du
droit et aux principes humanitaires. Notre lutte n’est pas différente
de la lutte d’Indépendance de l’Inde ou de la lutte contre
l’apartheid en Afrique du Sud. Nous n’avons pas les moyens
militaires de notre adversaire ni leur appareil de propagande,
mais la vérité est avec nous. Nous croyons que notre jour
viendra, que nous obtiendrons nous aussi notre libération.
Voir en ligne : www.alternatives.ca
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