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Résistance
La défaite d’Israël et des collaborateurs du Fatah à Gaza au
mois de juin 2007
C.A.P.

Photo Comité Action Palestine
Article du CAP qui propose une analyse
à chaud du conflit de la mi-juin 2007 entre le Hamas
et le Fatah
Pour bien saisir les tenants et les aboutissants, les enjeux et
les origines du conflit, il fallait poser le cadre
historique et l’arène sociale, politique, militaire
dans lesquels les affrontements allaient se précipiter.
L’objet de la première partie est donc de dessiner ce contexte
global et le fil directeur qui la parcourt est constitué des limites
des plans israéliens d’écrasement de la résistance
palestinienne . De cette manière, la victoire expéditive
du Hamas devient plus intelligible parce qu’elle n’apparaît
plus comme une victoire ex nihilo mais comme l’aggravation
d’un processus d’échec et de recul israéliens.
La deuxième partie s’attache plus particulièrement à étudier
les causes de cette "guerre" inter-palestinienne
, à savoir les antagonismes sociaux et politiques
qui existaient entre les deux formations. Deux forces contendantes
étaient aux prises mais restait à comprendre la radicalisation
des événements et l’explosion de la violence.
La survie du Hamas en tant que mouvement de la résistance
, dans un contexte d’isolement international, d’étranglement
israélien et de trahison du Fatah est le facteur conjoncturel qui
a déterminé le parti islamiste à engager la bataille.
Le texte se termine par une réflexion sur les conséquences
possibles de la défaite d’Israël et des collaborateurs à Gaza
en montrant que l’évolution politique de la Cisjordanie
sera déterminante.
I - Echecs des plans israéliens d’écrasement de la
résistance palestinienne
1. La stratégie du chaos
La victoire militaire de la Force Exécutive du Hamas à Gaza
face à la Sécurité Préventive du Fatah à la mi-juin 2007
compromet sérieusement les chances de réussite du plan israélien
d’élimination des cadres du Hamas et de déstructuration de la
résistance palestinienne.
Depuis le début de la Seconde Intifada (2000), Israël a
intensifié sa politique d’assassinats ciblés dans l’objectif
de priver la résistance palestinienne d’une direction
politico-militaire et ainsi de plonger les territoires occupés
dans le chaos.
Ainsi furent tués Abou Ali Moustapha en aout 2001 (leader du FPLP),
Salah Shéhadé en juillet 2002 (fondateur des Brigades des
Martyrs Ezzedine Al Qassam), Ismail Abou Chanab en aout 2003
(dirigeant du Hamas), Cheikh Yassine en mars 2004 (fondateur du
Hamas), Mohamed Al Rantissi en avril 2004 (N°1 du Hamas), Arafat
en novembre 2005 (fondateur de l’OLP et leader historique du
mouvement national palestinien) et bien d’autres martyrs.
Cette stratégie du « chaos organisé », alimentée par le
soutien apporté au Fatah contre le Hamas, vise à rendre la
domination israélienne plus sure et par là ôter aux
Palestiniens toute velléité d’indépendance.
Ce type de stratégie bien qu’avec des modalités différentes,
a été mené en Irak par l’allié étatsunien qui a allumé le
feu de la discorde entre les communautés chiite et sunnite ou
entre les Kurdes et les Arabes.
Cette stratégie de décapitation de la résistance palestinienne
a montré ses limites puisqu’elle n’a pas réussi à affaiblir
le Hamas qui a gagné les élections législatives de janvier 2006
et a ainsi pu former son premier gouvernement.
2. La stratégie de contre-insurrection après la victoire du
Hamas aux élections
Mais aux yeux des dirigeants sionistes, cette stratégie s’est
avérée plus urgente encore.
Parce que le Hamas a prouvé par sa victoire qu’il était
populaire et le seul vrai représentant du peuple palestinien.
Parce qu’il allait remplacer au pouvoir une élite corrompue et
collaboratrice qui a sacrifié la cause palestinienne pour ses intérêts
mesquins de bourgeoisie malingre et pour ceux de ses maîtres
sionistes.
Parce que le peuple palestinien allait enfin pouvoir souffler et
reprendre des forces après la Seconde Intifada et les dures épreuves
qu’Israël lui avait fait subir.
Parce qu’enfin le Hamas n’a jamais reconnu officiellement Israël
et qu’il est porteur du projet de libération de la Palestine.
Mais le pouvoir sioniste acculé s’entête à maintenir une
ligne stratégique improductive.
Détruire l’organisation de la résistance par tous les moyens :
assassinats, arrestations et, depuis la formation du gouvernement
Hamas, blocus israélien et international, rétention des recettes
fiscales palestiniennes.
Israël veut faire payer le prix à la population de son vote
Hamas et rendre la situation invivable dans les territoires occupés
pour l’obliger à se désolidariser du mouvement islamiste.
C’est une stratégie de contre-insurrection classique
qui ressemble au blocus de Cuba par les Etats-Unis et par certains
cotés aux razzias menées par la France en Algérie.
La « communauté internationale », c’est-à-dire les
Etats-Unis et l’Union Européenne, a apporté son aide à Israël
en privant les Palestiniens de ses aides financières. Cette même
communauté, prosélyte en matière de principes démocratiques,
ne veut pas reconnaître un gouvernement élu le plus démocratiquement
possible.
Mieux encore, elle soutient bec et ongles la tendance putschiste
du Fatah.
Les dirigeants occidentaux, une espèce qui ne croit pas aux
valeurs qu’elle déblatère en boucle, des hypocrites et de
fieffés menteurs !
3. Les collaborateurs du Fatah
Dans ce rude contexte d’isolement des Palestiniens, le Fatah a
multiplié les provocations, engageant un bras de fer armé avec
le Hamas en croyant pouvoir récupérer par la force le pouvoir
qu’il avait perdu par les urnes.
En cela il a été aidé par Israël qui lui a fourni des armes et
qui a épaulé ses interventions par les bombardements de
l’aviation.
En sens inverse, la tendance collaboratrice du Fatah dirigée par
Mohamed Dahlan livrait les informations nécessaires pour éliminer
certains dirigeants du Hamas.
La facilité avec laquelle le pouvoir sioniste a liquidé de
nombreux chefs de la résistance ne laissait que peu de doutes sur
l’existence de traîtres à l’intérieur du Fatah d’autant
plus que ce parti s’était à maintes reprises fait remarquer
par de hauts actes de collaboration : arrestations et tortures de
militants du Hamas, livraison des détenus à l’ennemi sioniste
(offensive de mars 2002 à Jenine), détournement de fonds
publics, etc.
4. Victoire du Hamas, victoire du peuple
La victoire éclair du Hamas à Gaza a été rendue possible par
le puissant soutien populaire à l’instar de la victoire du
Hezbollah à l’été 2006 face à Israël. La fusion des
combattants avec le peuple, l’appui logistique et tactique
apporté par la population constituent un atout majeur pour la guérilla.
Mais au-delà des facteurs matériels, les facteurs moraux
tiennent une place importante. Car la mobilisation populaire se
communique aux résistants sous forme d’énergie combative, la
puissance du groupe galvanisant chacun de ses membres.
A cela il faut ajouter la détermination et l’abnégation qui résultent
de la foi et de convictions politiques structurées, fortes,
justes.
Le camp d’en face, les partisans zélés d’Abbas et Dahlan,
n’ont pas brillé par leur acharnement au combat. Au bout de 3
à 4 jours, les cadres de la Sécurité Préventive avaient plié
bagages qui pour l’Egypte, qui pour la Cisjordanie, qui pour
Israël, laissant derrière eux leurs combattants en déroute.
II - Les causes de la "guerre"
inter-palestinienne
Les causes de cet affrontement relèvent à la fois du passé et
du présent.
1. Oppositions sociologiques et politiques entre Hamas et Fatah
Le Fatah et le Hamas sont deux partis différents au niveau de
leur représentation sociologique et diamétralement opposés par
leurs projets politiques. Le Fatah est le parti de la «
bourgeoisie palestinienne », des entrepreneurs, des voleurs et
d’une clientèle de fonctionnaires. Le Hamas est un parti
interclassiste à dominante populaire.
Sur le plan politique, le Fatah contemporain n’est pas une
organisation qui lutte pour la libération de la Palestine et le
droit à l’autodétermination même si en paroles il maintient
l’horizon vaporeux de la Palestine de 67.
Or l’histoire a montré qu’Israël n’a jamais cessé son
entreprise coloniale en Palestine, au Liban, en Syrie ou en Egypte.
Son économie capitaliste a besoin de toujours plus de
territoires, de ressources naturelles, de marchés.
L’émergence d’une économie palestinienne florissante aux
portes d’Israël est impensable du point de vue de la
concurrence. L’exemple de l’Irak des années 80 est parlant à
cet égard.
D’autre part, l’appel des dirigeants sionistes aux juifs du
monde entier à venir s’installer en Palestine va à
l’encontre de l’idée d’un arrêt de la colonisation. Israël
n’est pas prêt à stopper le mouvement colonial, encore moins
à céder des territoires, sauf à se nier lui-même.
C’est pourquoi l’idée d’un Etat palestinien dans les frontières
de 67 est purement rhétorique et permet d’afficher un semblant
d’idéal nationaliste.
Le Fatah contemporain est le produit des Accords d’Oslo, un
parti qui a joué la compromission avec Israël, qui accepte
l’occupation et la poursuite de la colonisation, qui gère la
situation politique au profit d’Israël. Un parti qui espère
faire fructifier quelques intérêts bourgeois à l’ombre du
pouvoir israélien. En résumé, un parti de supplétifs.
Le Hamas est un parti authentiquement nationaliste, mu par la
volonté populaire de libération de la Palestine, qui n’a
jamais reconnu officiellement Israël.
Crée en 1987, il est le produit des deux Intifada qui ont secoué
la Palestine. La première Intifada a permis son essor, le seconde
a assuré sa victoire aux élections puis militairement.
L’organisation du parti a fait preuve de solidité dans les épreuves
qu’elle a dû affronter. Malgré le caractère massif des
assassinats et des arrestations, le parti a su se maintenir et même
gagner du terrain.
Plus Israël cherchait à se débarrasser des organisateurs du
Hamas et plus croissait le nombre de militants, de cadres et de
leaders à la hauteur de leurs tâches et des événements. Telle
est la fécondité des situations révolutionnaires. Elles créent
les hommes qui potentiellement peuvent mener à terme cette révolution.
Reste aux hommes à convertir en actes ce qui était contenu en
germe. Le Hamas a par ailleurs démontré des qualités de maîtrise
de soi, de patience et de maturité. Il a toujours essayé de
contenir le conflit avec le Fatah au nom de l’unité de la
Nation palestinienne, refusé de répondre aux provocations, fermé
les yeux sur les multiples trahisons, emprisonnements et séances
de tortures qu’infligeait le parti adverse.
Il a même proposé un gouvernement d’union nationale après sa
victoire aux élections que le Fatah a refusé dans un premier
temps et que les Accord récents de la Mecque de février 2007 ont
réalisé.
La guerre intestine que le Fatah menait au Hamas a gagné en
intensité à partir de la victoire de ce dernier aux élections
de janvier 2006. Le parti d’Abbas et Dahlan n’a jamais renoncé
au pouvoir et à ses subsides.
2. Une guerre pour la survie
La situation est devenue critique à la mi-juin 2007 et s’est
soldée par la défaite des collaborateurs. La bataille livrée
par le Hamas est un tournant vis-à-vis de sa politique
d’apaisement et s’explique par une question de survie.
Avoir contre soi Israël, la « communauté internationale », les
gouvernements arabes, faire face au blocus imposé, supporter les
agissements du Fatah qui rendait les territoires palestiniens
ingouvernables, sans parler des informations selon lesquelles Israël
et le Fatah préparaient une opération d’envergure d’élimination
des leaders du parti, toute cette situation posait comme seule
alternative : la lutte ou la mort.
Résultat : Gaza est le premier territoire palestinien libéré de
toute tutelle israélienne.
C’est un point extrêmement positif dans la mesure où c’est
le premier recul net d’Israël en territoire palestinien.
L’entreprise sioniste, sous les coups de boutoirs de la résistance
palestinienne, commence à dépérir.
Un Etat qui s’est donné pour finalité politique l’expansion,
qui s’est construit autour de ça, et qui est forcé de se
recroqueviller, va à sa perte.
3. Perspectives
Pour l’instant, la stratégie choisie par l’Etat sioniste est
d’encercler la bande de Gaza, de l’étouffer et de soutenir la
partition avec une Cisjordanie qui serait contrôlée par le
Fatah.
C’est ainsi qu’avec la conspiration des Etats arabes, l’Egypte
en tête, elle cherche à tuer un mouvement révolutionnaire.
A court ou moyen terme, tout dépendra de l’évolution politique
de la Cisjordanie. Si le processus engagé à Gaza se poursuit en
Cisjordanie, si le mouvement islamiste finit par contrôler cette
région, les impérialistes et leurs acolytes auront bien du souci
à se faire
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