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Counterpunch
Variations dans la compassion : Haïti et Gaza
Bouthaina Shaaban

Samedi 6 février 2010 Akiva Eldar a écrit un
article intitulé « Israel’s compassion in Haiti
can’t hide our ugly face in Gaza » (« la compassion d’Israël
à Haïti ne peut cacher notre laideur à Gaza » - Haaretz, 18
janvier 2010 ) dans lequel il explique la contradiction dans les
campagnes de relations publiques menées par les dirigeants
israéliens envers les victimes du séisme à Haïti et leur totale
indifférence quant aux souffrances du peuple de Gaza dont les
enfants, les femmes et les personnes âgées meurent chaque jour
par manque de médicaments, de la destruction des hôpitaux et
parce que les autorités Israéliennes empêchent nourriture et
médicaments d’entrer à Gaza.
Larry Derfner a écrit dans le Jérusalem Post (20
janvier 2010) un article sur l’aide que les dirigeants
israéliens se sont empressés d’envoyer à Haïti et qu’ils ont
envoyé au Ruanda il y a quelques années – avec beaucoup
d’efficacité – alors que de nombreux Israéliens ont honte des
actions de leur gouvernement à Gaza. Il s’interroge sur l’écart
entre l’efficacité d’Israël à porter secours dans des zones
touchées par des catastrophes naturelles et son scandaleux
désintérêt devant les catastrophes infligées aux civils
Palestiniens par des gouvernements Israéliens successifs.
Catherine Philip a écrit une analyse (Sunday
Times, 21 janvier 2010) qui explique que le gouvernement
israélien a profité du désastre à Haïti pour mener une campagne
de relations publiques afin de tenter de couvrir les crimes
décrits dans le rapport Goldstone sur la guerre menée par Israël
sur Gaza. Elle conclut que le séisme fut une catastrophe
naturelle, alors qu’à Gaza, l’effondrement du système de santé,
la faim et les ruines sont les résultats des actions d’Israël et
ses alliés.
La vie de Palestiniens désarmés à Gaza et dans
le reste de la Palestine est devenue une affaire de relations
publiques. Les vies des Palestiniens n’ont aucune importance
pour Israël sinon pour servir ses intérêts et améliorer son
image en Occident. C’est la raison pour laquelle Israël interdit
l’accès à Gaza aux journalistes, aux responsables politiques,
aux diplomates et aux militants des droits de l’homme afin de
cacher les conditions de vie scandaleuses provoquées par le
blocus et pouvoir ainsi promouvoir ses mensonges sur sa
soi-disant volonté de sauver des vies ailleurs dans le monde.
L’aide aux victimes de catastrophes naturelles
est devenue l’occasion de lancer des opérations de relations
publiques ou de faire avancer quelques objectifs politiques et
militaires inavoués. Les gens sont toujours victimes de séismes,
de catastrophes, d’occupations, d’oppressions et de terrorismes.
Ils sont victimes aussi de campagnes qui profitent de ces
tragédies pour atteindre d’autres objectifs qui n’ont rien à
voir avec le prix, l’importance, le caractère sacré ou la
dignité de la vie humaine.
A la suite de l’article du journaliste suédois
Donald Bostrom sur l’assassinant de jeunes Palestiniens par
l’armée israélienne pour prélever leurs organes, il y a eu
d’autres articles dans les médias sur des enlèvements d’enfants
Ukrainiens par des Israéliens dans le même but. Et une fois
encore, des rapports documentés en provenance d’Haïti parlent de
vols d’organes par des Israéliens tandis que la justice
internationale reste impassible devant de telles pratiques
criminelles contre une population vulnérable.
Les Etats-Unis ont profité du chaos à Haïti pour
renforcer leur contrôle sur l’île. On constate que le désastre à
Haïti à fourni à d’autres aussi l’occasion de manoeuvrer sur le
plan des relations publiques, ou politique et militaire, et
déformer les faits pour se parer de l’image positive de ceux qui
luttent contre les souffrances humaines à travers le monde.
Il faut aussi noter l’absence d’initiatives du
monde arabe, non seulement en termes d’assistance et de secours,
mais aussi devant les tentatives d’occulter les souffrances du
peuple palestinien. Nos ennemis ont utilisé la catastrophe
haïtienne pour couvrir leurs crimes et limiter l’impact du
rapport Goldstone et détourner l’attention du lancement de la
campagne internationale de soutien au peuple palestinien.
Le grand écart entre la position officielle
d’Israël envers les victimes à Haïti et sa position envers les
victimes du blocus contre Gaza et de la guerre menée contre la
Palestine depuis soixante ans devrait être souligné et expliqué,
notamment comment Israël se précipite pour porter secours lors
d’une catastrophe – au Rwanda ou à Haïti – pour mieux couvrir la
catastrophe qu’il a provoqué et provoque encore chez ceux qui
vivaient jadis en sécurité et en paix sur leurs terres.
La souffrance du peuple haïtien est le résultat
d’une catastrophe naturelle alors que la souffrance du peuple de
Gaza est la conséquence directe d’un bombardement haineux et
raciste avec des bombes au phosphore lancées sur des écoles, des
hôpitaux et des habitations. De même que la souffrance des
habitants de Salwan et Jarrah est le résultat d’un colonialisme
raciste qui considère que seuls les juifs sont humains. Cette
politique est mise en oeuvre par des responsables israéliens qui
croient à la suprématie raciale et au fanatisme religieux.
Jusqu’à présent, aucun discours n’a réussi à
décrire et transcrire à l’opinion publique la nature de ce
conflit. Une catastrophe naturelle est actuellement utilisée
pour mener une campagne de relations publiques. Si cela devait
démontrer quelque chose, ce serait que depuis quelques années la
notion de responsabilité est en déclin et que la distorsion des
faits est ce qui caractérise de plus en plus le jeu de la
politique.
Alors les tragédies s’amplifient et les
souffrances durent plus longtemps parce qu’il devient de plus en
plus difficile de percevoir la réalité des choses. Comme
conséquence de tous ces calculs politiques, le simple fait de
permettre aux gens qui se sentent concernés de comprendre ce qui
se passe devient l’objet de marchandages.
C’est ainsi que les officiels américains et les
médias peuvent parler des devoirs des Palestiniens et des
devoirs des Israéliens dans le processus de paix, en oubliant
que les Palestiniens sont prisonniers d’une occupation raciste
et soumis à une punition collective et un génocide, tandis que
les autres se livrent à des campagnes de propagande pour
empêcher toute justice et la réalisation des aspirations
légitimes d’innocents qui veulent simplement vivre libres et
dans la dignité. Alors la prochaine fois que vous entendrez ou
lirez « les deux camps » ou entendrez des officiels occidentaux
parler des devoirs des « Palestiniens et des Israéliens », soyez
conscients de la confusion délibérément entretenue entre tueurs
« Israéliens » les victimes « Palestiniens ».
Ce que chacun d’entre nous peut faire à son
niveau, c’est défendre la dignité humaine et ignorer toute
propagande produite et diffusée par les ennemis de la justice et
des droits de l’homme.
ARTICLE ORIGINAL
http://www.counterpunch.org/shaaban01262010.html
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Merci de mentionner les sources.
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