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Formations de milices... Business de
l'Etat Hébreux en Guinée et en Afrique:
Infiltration du Mossad, ventes illégales
d'armes
Bouba

Vendredi 30 avril 2010
Vente d’armes, soutien
logistique, formation... L’intérêt de l’État hébreu pour les
pays au sud du Sahara ne se dément pas.
Janvier 2009. La scène se déroule dans un somptueux restaurant
du bord de mer à Tel-Aviv. Assis nerveusement au coin d’une
table, Samuel Sternfeld avise une dernière fois son équipe. Dans
quelques heures, cet habile homme d’affaires israélien
reconverti en marchand d’armes doit accueillir une délégation
officielle de Centrafrique. Bien que l’État hébreu n’entretienne
aucun lien diplomatique avec Bangui, tout est organisé comme une
visite d’État: accueil des ministres à l’aéroport Ben-Gourion,
transport avec chauffeur, rencontre avec des officiers de
l’état-major de Tsahal et inspection des principaux sites
d’armements israéliens. Chaque étape du voyage est
minutieusement planifiée. Soudain, le téléphone de Sternfeld
retentit. Des rebelles viennent d’attaquer un détachement des
forces centrafricaines dans la région de Ndélé, frontalière du
Soudan. Il y a des morts, la visite est annulée. Coup dur pour
cet homme d’affaires mandaté par le ministère israélien de la
Défense et qui avait financé de sa poche le déplacement de la
délégation envoyée par le président François Bozizé. Pour
parfaire son « opération séduction », Samuel Sternfeld avait
même sollicité le général Amos Gilad, alors négociateur
israélien dans les pourparlers avec le Hamas. Gilad était chargé
de transmettre l’assentiment officiel de son gouvernement et de
mettre en confiance la délégation centrafricaine.
Fini l’eldorado subsaharien ?
Complexe à réaliser sans l’aval de la France, qui a toujours
soutenu militairement les troupes de François Bozizé, l’accord
avec Israël ne verra finalement jamais le jour. L’enjeu était
pourtant de taille pour le président centrafricain. Confronté à
diverses rébellions aux frontières nord et est, le général
s’était laissé convaincre par Samuel Sternfeld de la nécessité
de bâtir une armée plus imposante que sa garde présidentielle
composée d’un petit millier d’hommes. Bozizé y voyait aussi
l’occasion de se détacher de la pesante tutelle française. Pour
ce faire, l’industrie militaire israélienne était prête à
tourner à plein régime: drones, blindés, armes légères et
vedettes de la marine ont été proposés au régime de Bangui, de
même que du matériel d’écoute et de renseignement. Sans grandes
ressources financières, le gouvernement centrafricain
envisageait en contrepartie de régler l’État hébreu en bois et
en diamants.
Inconnu jusqu’ici, cet épisode illustre la nature actuelle des
relations entre Israël et les pays d’Afrique subsaharienne, du
moins sur le plan sécuritaire. Officieuses, aléatoires, elles
obéissent en priorité à une logique d’intérêts politiques et
économiques. Comme dans beaucoup d’autres zones géographiques
instables, les Israéliens ont su faire valoir leur expérience
militaire. « Aujourd’hui, des dizaines de sociétés de sécurité
travaillent sur ce continent, toutes dirigées par d’anciens
officiers de Tsahal, explique le journaliste d’investigation
Ronen Bergman (éditorialiste au Yediot Aharonot). La présence
israélienne y est exclusivement privée, c’est un phénomène qui
remonte aux années 1970. »
Au lendemain de la guerre de Kippour (1973), lorsque la plupart
des pays africains rompent leurs liens avec l’État hébreu, le
Mossad décide de se substituer aux diplomates en servant
d’interlocuteur auprès des dirigeants africains et des
mouvements d’opposition. Isolé sur la scène internationale,
Israël cherche avant tout à bénéficier d’appuis au sein de
l’ONU. « C’est à ce moment-là que les hommes d’affaires et les
marchands d’armes israéliens ont fait irruption en Afrique »,
raconte l’ancienne députée Naomi Hazan. Au Liberia, au Zaïre, au
Togo ou encore au Cameroun, des centaines d’instructeurs
israéliens commencent à assurer la formation de gardes
présidentielles et d’unités d’élite. À la fin des années 1970,
plus d’un tiers des ventes d’armes israéliennes se réalise sur
le continent noir. Mais dans certains pays, l’ingérence est
parfois lourde d’implications. En Afrique du Sud, l’État hébreu
est accusé ouvertement de fermer les yeux sur l’apartheid et
d’aider Pretoria a se doter d’armes nucléaires. Tandis que, face
à la rébellion érythréenne en Éthiopie, il conditionne son
soutien militaire à Addis-Abeba à l’émigration vers Israël des
Falashas, les juifs éthiopiens. « L’effondrement de l’URSS a
changé la donne, estime Naomi Hazan. D’autres marchés se sont
ouverts aux États-Unis, en Inde et en Chine. Ils rapportent
chaque année des milliards de dollars à l’industrie militaire
israélienne. L’Afrique n’est plus une priorité. »
Nigeria, kenya, éthiopie…
Et pourtant, en septembre 2009, Avigdor Lieberman est venu
démentir cette allégation en effectuant une tournée africaine.
Officiellement, la visite du chef de la diplomatie israélienne
visait à renforcer la coopération sur le plan agricole et
proposer des solutions liées à la purification des eaux. « Il ne
fait aucun doute que le plus important pour l’Afrique, c’est la
lutte contre la pauvreté et la sécheresse, pas les armes »,
déclarait Haim Dibon, l’un des proches de Lieberman. Ce
déplacement officiel cachait néanmoins d’autres ambitions moins
avouables. Au sein de la délégation israélienne figurent une
équipe du Mossad, des représentants du Sibat, l’organisme en
charge des exportations d’armes israéliennes, de même que
plusieurs responsables d’industries de défense, comme les
sociétés Elbit, Soltam, Silver Shadow et l’Israel Aerospace
Industries (IAI).
Les pays visités par Avigdor Lieberman représentent quant à eux
un intérêt sécuritaire majeur. Au Nigeria, principal producteur
de pétrole en Afrique, en proie à une rébellion dans le Delta et
des conflits communautaires dans l’État de Plateau, les ventes
d’armes ont rapporté 500 millions de dollars à Israël ces
dernières années. Au Kenya, cible par le passé de plusieurs
attentats, la coopération antiterroriste a été longuement
évoquée. Enfin, l’Éthiopie, partenaire stratégique de l’État
hébreu, est positionnée sur la Corne africaine, au carrefour de
la mer Rouge, à proximité du Soudan et de l’Égypte, un axe où
l’Iran fait régulièrement transiter ses cargaisons d’armes à
destination du Hamas et du Hezbollah.
Activités illégales en Guinée
Éditorialiste au quotidien Haaretz, Yossi Melman refuse
néanmoins de penser qu’Israël a signé son retour sur le
continent noir. Il prône une doctrine plus pragmatique : «
En Afrique, là où il y a de l’argent, il y a des armes
israéliennes », clame-t-il. Ce spécialiste des questions de
défense a récemment révélé les activités de la société de
sécurité privée Global CST en Guinée.
En décembre 2008, lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara
s’autoproclame successeur du défunt président Lansana Conté, il
connaît la méfiance qu’éprouve à son égard une partie de la
population. N’accordant guère plus de confiance à l’armée
guinéenne, dont il est pourtant issu, le chef de la junte décide
de s’attacher les services d’un expert en sécurité qui assurera
l’encadrement de sa garde prétorienne, les Bérets rouges. Via le
diamantaire israélien Beny Steinmetz, qui possède une mine
d’exploitation en Guinée, Dadis Camara reçoit Israel Ziv, patron
de la société privée Global CST. Ancien commandant des forces
spéciales, Ziv possède un profil impressionnant. Connu pour
avoir encadré l’armée colombienne lors de la libération d’Ingrid
Betancourt, il a également servi de conseiller militaire en
Géorgie en 2008, juste avant que n’éclate la guerre en Ossétie
du Sud. Dadis et Israel Ziv concluent un accord qui s’élève à 10
millions de dollars. Mais la transaction est illégale: « Ziv a
vraisemblablement agi sans le feu vert du ministère israélien de
la Défense et a enfreint les règles d’exportation d’armes »,
explique Yossi Melman. Si le gouvernement israélien a décidé
d’ouvrir une enquête, l’affaire est d’autant plus embarrassante
que Global CST n’a pas remis en question sa coopération avec
Dadis Camara après la répression sanglante de l’opposition, le
28 septembre 2009. « La société Global emploie toujours en
Guinée des experts militaires, agricoles, des conseillers
politiques et toutes sortes d’ingénieurs civils », affirme Yossi
Melman.
Stratégie d’Infiltration
À défaut d’y avoir déterminé une politique claire, les
Israéliens ont, semble-t-il, opté pour une stratégie
d’infiltration en Afrique. Ainsi, l’aide militaire proposée par
des entrepreneurs privés ou publics ne constitue souvent qu’un
premier pas. En septembre 2002, cette logique est à l’œuvre
lorsque le président ivoirien, Laurent Gbagbo, fait face à une
offensive rebelle. Déçu des Français et à la recherche d’un
appui militaire, le chef d’État ivoirien se tourne vers son
fidèle avocat parisien Sylvain Maier, qui le met en contact avec
plusieurs spécialistes israéliens. En quelques semaines, Laurent
Gbagbo obtient la livraison d’hélicoptères, de drones tactiques
et de matériel d’écoute. Une cinquantaine d’experts israéliens
du renseignement opèrent alors à Abidjan pour espionner les
communications des rebelles.
Le 6 novembre 2004, cette implication éclate au grand jour
lorsque l’aviation progouvernementale bombarde une position
française à Bouaké, tuant neuf soldats de l’opération « Licorne
». Paris découvre que des avions sans pilote israéliens ont
survolé le secteur peu de temps avant l’attaque. La France
demande alors des comptes à l’État hébreu et exige qu’il cesse
son assistance militaire à Laurent Gbagbo. Entre-temps, l’homme
d’affaires Moshe Rothschild, principal acteur des ventes d’armes
à la Côte d’Ivoire, a déjà monté sur place plusieurs entreprises
et décroche des projets liés au développement d’infrastructures
civiles. À la fin du mois de juillet dernier, c’est Ehoud Olmert
en personne qui s’est rendu à Yamoussoukro, pour une visite
restée plus que discrète. Organisé par l’ancien ambassadeur
israélien en Côte d’Ivoire, Daniel Kedem, le déplacement de
l’ex-Premier ministre était lié à des affaires sécuritaires,
telles que la mise en place d’un Shin Bet ivoirien pour
renforcer la sécurité autour de Gbagbo et surveiller certains
éléments hostiles de l’armée ivoirienne. Les Israéliens, en
effet, via la société privée Omega, appuient et forment les
services ivoiriens, ainsi que la garde présidentielle.
« Les Israéliens sont derrière tous les conflits en Afrique »,
s’écriait en août 2009 le colonel Kaddafi, en marge d’un sommet
de l’Union africaine, à Tripoli. La réalité est autrement plus
subtile. Très réactives, habituées aux situations de crise, les
entreprises israéliennes sont souvent les premières à proposer
leurs services à des pays en guerre: conseil militaire, soutien
logistique et armement. Avec seulement neuf ambassades en
Afrique, l’État hébreu est contraint de recourir au secteur
privé pour exister sur ce continent.
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