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Bush,
Cheney et Cie accusés de crimes de guerre dans un dossier du FBI
Bill Van Auken
 23
mai 2008
La révélation la plus étonnante d’un
rapport de 370 pages de l’inspecteur général du département
de la Justice américain est que des agents du FBI avaient
officiellement ouvert un dossier de « Crimes de guerre »,
documentant la torture dont ils avaient été témoins à la
prison de Guantanamo Bay, avant de recevoir l’ordre de
l’administration de cesser d’écrire leurs rapports.
Le World Socialist Web Site, ainsi
que des groupes de défense des droits humains et d’autres
opposants de la répression et du militarisme américains, ont
longtemps insisté que les actes de l’administration Bush (le déclenchement
de guerres d’agression, les assassinats, l’enlèvement et la séquestration
sans procès de civils et, le plus répugnant de tous, la torture)
constituaient des crimes de guerre selon toute interprétation légitime
des décrets et traités internationaux de longue date.
De voir cependant cette évaluation confirmée
par l’inspecteur général du département de la Justice, le
seul responsable majeur n’étant pas directement subordonné à
la Maison-Blanche, et par des agents du FBI, une agence qui
n’est pas particulièrement reconnue pour être intéressée aux
questions de droits démocratiques, est un signe du caractère endémique
de ces crimes et de la crise qu’ils ont engendrée au sein du
gouvernement des Etats-Unis et de l’élite dirigeante américaine
en son ensemble.
Le rapport établit clairement que la
torture fut ordonnée et planifiée en détail aux plus hauts
niveaux du gouvernement, y compris la Maison-Blanche, le conseil
national de sécurité, le Pentagone et le département de la
Justice. Les tentatives de faire cesser ces pratiques, sur une
base légale ou pragmatique, par des individus à l’intérieur
du gouvernement furent systématiquement contrées et les preuves
de ces activités criminelles dissimulées.
Il n’y a pas eu de réaction immédiate de
la Maison-Blanche face à ces nouvelles révélations. Les réactions
d’autres agences directement impliquées dans les crimes commis
à Guantanamo ont donné une idée du sentiment général
d’impunité dans lequel la torture décrite dans le rapport de
l’inspecteur général se poursuit à ce jour.
« Il n’y a rien de nouveau là-dedans »,
a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Un
porte-parole du département d’Etat à quant à lui décrit les
accusations contenues dans le rapport comme étant « assez
vagues ».
Assez vagues ? On peut se demander
qu’est-ce que ce porte-parole qualifierait d’explicite. Le
rapport contient des pages et des pages de témoignages d’agents
du FBI sur les pratiques sadiques et répugnantes à Guantanamo.
À un endroit le rapport affirme :
« [Un agent du FBI] se rappelait que, à un certain moment
durant l’interrogatoire, l’officier militaire “versa de
l’eau” dans la gorge d’un détenu qui était assis. Il
affirma qu’il pensait que le but de cette pratique était de
faire croire au détenu qu’il se noyait, et ainsi le forcer à
fournir l’information souhaitée par l’interrogateur.
[L’agent] a affirmé que le détenu avait des haut-le-coeur et
crachait de l’eau. Il a dit que le détenu semblait incommodé,
et il pensait qu’il avait de la difficulté à respirer. »
Et selon une description de
l’interrogation de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien arrêté
par son propre gouvernement, remis aux forces américaines et déporté
à Guantanamo en 2002 :
« Il fut laissé seul dans une chambre
froide connue sous le nom du "congélateur", où des
gardes l’empêchaient de dormir en appliquant de la glace
ou de l’eau froide sur lui… »
« Il fut privé de sommeil pour une période
de 70 jours à l’aide d’interrogatoires prolongés, de lumières
stroboscopiques, de musiques menaçantes, de consommation forcée
d’eau et d’obligation de demeurer en position debout. »
« Une interrogatrice féminine l’empêcha
de mettre des vêtements;
« Deux interrogatrices féminines lui ont
fait des attouchements sexuels et ont fait des commentaires à
caractère sexuel sur lui ;
« Avant et pendant l’incident du
bateau, il fut sévèrement battu. »
De plus, écrit le document, il fut « amené
à penser qu’il serait exécuté et il s’est uriné dessus »
et il s’est fait dire que sa mère et d’autres membres de sa
famille seraient détenus et qu’il leur serait fait du mal.
Des
centaines d’agents du FBI ont été témoins de torture
Des épisodes similaires ont été décrits,
selon le rapport de l’inspecteur général,
par littéralement des centaines d’agents du FBI, qui ont vu des
interrogateurs de la CIA, de l’armée et de sous-traitants privés
réaliser des actes illégaux de torture et d’abus contre des détenus.
De plus, le rapport cite : plusieurs
agents du FBI qui ont rapporté des cas de raclées ; 30
agents qui ont rapporté avoir vu des détenus enchaînés dans
des positions de stress sur de longues périodes ; 70 agents
qui ont rapporté des cas de détenus privés de sommeil ; 29
agents qui avaient de l’information sur l’utilisation de températures
extrêmes dans le but de « briser la détermination des détenus
de résister à la coopération » ; et 50 agents qui
ont rapporté l’utilisation d’un isolement prolongé pour
« saper la résistance d’un détenu ».
De plus, quatre agents ont rapporté le cas de
deux détenus en Afghanistan battus à mort après avoir été
enchaînés debout pour une longue période.
Les histoires de tortures détaillées dans ce
rapport ne sont que la pointe de l’iceberg.
Elles n’incluent pas le traitement de Murat
Kurnaz, un citoyen turc né en Allemagne, qui fut arrêté pendant
un voyage au Pakistan à l’automne 2001 et qui fut remis aux
responsables américains pour une récompense de 3000 dollars.
Tout d’abord amené à la base américaine à Kandahar en
Afghanistan, il fut ensuite transféré à Guantanamo. Même si en
2002, les autorités américaines avaient conclu que Kurnaz
n’avait rien à voir avec le terrorisme, il fut emprisonné
jusqu’au milieu de 2006 et relâché seulement à cause de la
pression du gouvernement allemand.
Empêché d’entrer aux Etats-Unis, il a témoigné
par un lien vidéo devant une audience peu nombreuse du comité
des Affaires étrangères du Sénat cette semaine.
« Je n’ai rien fait de mal et j’ai été
traité comme un monstre », a-t-il dit. Il a dit comment il
avait été assujetti à des chocs électriques, suspendu par les
poignets pendant des heures et soumis à un « traitement par
l’eau », dans lequel sa tête était enfoncée dans un
sceau d’eau alors qu’on le frappait à l’abdomen pour le
forcer à inhaler le liquide. (Il vaut la peine de mentionner que
le rapport de l’Inspecteur général du département de la
Justice a affirmé que cette dernière forme de torture ne
constitue pas une « simulation de noyade », mais représente
« une tentative d’intimider les détenus et d’augmenter
leurs sentiments d’impuissance ».
« Je
sais que d’autres sont morts de ce genre de traitement, a dit
Kurnaz. J’ai souffert de privation de sommeil, du confinement,
d’humiliations sexuelles et religieuses. J’ai été battu à
de multiples reprises. »
« Il
n’y avait pas de lois à Guantanamo, a conclu Kurnaz. Je
ne pensais pas que ça pouvait arriver au 21e siècle… Je
n’aurais jamais pu imaginer que cet endroit avait été créé
par les Etats-Unis. »
Les
détenus de Guantanamo ne représentent qu’un pour cent de ceux
détenus dans des camps de détention américains et des prisons
secrètes opérées par les militaires et la CIA en Irak,
Afghanistan et d’autres points du globe. Il est estimé
que près de 27.000 personnes sont détenues sans accusation, sans
parler de procès, plusieurs d’entre eux ayant simplement
disparu dans le goulag global de Washington. Certains sont détenus
dans des navires de détention, d’autres dans des donjons
secrets opérés conjointement par la CIA et des régimes vers
lesquels elle « transfère » les détenus, comme l’Égypte,
la Jordanie et le Maroc, où d’autres formes plus cruelles de
torture (être enterré vivant, l’électrocution ou la lacération
avec un scalpel) sont employées.
Le
rapport confirme également que les scènes révoltantes saisies
dans les photographies prises à la prison d’Abou Ghraib en Irak
et rendues publiques il y a quatre ans montrant des hommes nus
cagoulés, soumis à la torture et à l’humiliation sexuelle par
des gardes américains, n’étaient pas des aberrations. Les méthodes
décrites dans le rapport — la nudité forcée, l’utilisation
des chiens d’attaque lors d’interrogatoires, l’enchaînement
des détenus dans des positions de « stress », les
promenades en laisse — étaient identiques à celles
officiellement mises sur le compte de quelques « pommes
pourries » à Abou Ghraib.
La
torture sadique « orchestrée » à partir de la
Maison-Blanche.
L’uniformité
des abus dans ces endroits si éloignés l’un de l’autre démontre
que ce sadisme psychopathique et criminel infligé à ces détenus
par les forces américaines était planifié et orchestré à
partir du sommet.
En
fait, comme le révélait ABC News le mois dernier, les représentants
officiels du soi-disant comité de principe (le vice-président
Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le
secrétaire d'État Colin Powell, le directeur de la CIA George
Tenet, le procureur général John Ashcroft et la conseillère à
la sécurité nationale Condoleezza Rice) ont eu des discussions détaillées
sur les « techniques renforcées d’interrogatoire »
qui, selon ABC, « étaient quasiment chorégraphiées –
allant jusqu’à préciser le nombre de fois où les agents de la
CIA pouvaient utiliser une tactique particulière. »
Bush
a affirmé par la suite sur ABC qu’il « savait que notre
équipe sur la sécurité nationale avait des rencontres sur cette
question. Et je les ai approuvées ».
Le
rapport établit que les représentants du FBI et du département
de la justice ont avisé le conseil national sur la sécurité de
la Maison-Blanche de leurs préoccupations que les pratiques
observées par les agents « minaient sérieusement…
l’autorité de la loi » à Guantanamo.
À
la fin, cependant, on leur a dit de reculer, et ils se sont
soumis, devenant ainsi complices de ces crimes et de leur
camouflage.
Les révélations du rapport du FBI n’ont
pas suscité de réactions importantes ou de demandes d’agir sur
cette question par les démocrates élus au Congrès ou encore par
les prétendants à la candidature présidentielle du Parti démocrate,
le sénateur Barack Obama et la sénatrice Hillary Clinton, qui
n’ont pas fait de la torture une question essentielle de leur
campagne.
Le New York Times a publié un éditorial
mardi intitulé « Ce que les agents du FBI ont vu »
qui détaillait le rapport et déclarait qu’il « montrait
ce qui arrive lorsque qu’un président américain, son secrétaire
à la Défense, son département de la Justice et d’autres hauts
responsables corrompent la loi américaine pour justifier et
autoriser l’abus, l’humiliation et la torture de prisonniers ».
Le quotidien concluait son éditorial en écrivant : « Les
démocrates doivent faire toute la lumière » sur cette
affaire au moyen d’audiences portant sur « l’ampleur du
manquement à la loi et aux conventions de Genève par le président
Bush ». Cela, écrivait le New York Times, « est
l’unique façon d’amener le pays du côté des défenseurs, et
non des violateurs, des droits de l’Homme ».
On voit bien là l’impuissance de ce qui
fut l’élite du libéralisme américain. L’ampleur de la
criminalité de l’administration Bush a été largement mise à
nu au cours des dernières années.
La violation délibérée et en bloc des
conventions de Genève et des traités contre la torture sont, en
vertu du droit international, des crimes de guerre, exactement
comme le FBI l’a reconnu. Ce qu’il faut, ce n’est pas une
autre audience sans conséquence d’un comité du Congrès, mais
plutôt la constitution d’un tribunal pour crimes de guerre.
Ceux qui ont commis ces crimes doivent en être reconnus
coupables.
Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld, Powell, Tenet et
Ashcroft doivent subir un procès. Les individus tels que
l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et procureur général,
Alberto Gonzales, le chef du bureau de Cheney, David Addington, et
le conseiller au département de Justice, John Yoo (qui ont élaboré
les arguments pseudo-légaux pour légitimer la torture), doivent
aussi être poursuivis ainsi que les responsables de l’armée et
des services d’espionnage qui ont présidé aux pratiques
criminelles ayant eu cours à Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et
les autres camps et prisons de la CIA et de l’armée.
Les dirigeants du Parti démocrate n’ont ni
le désir ni l’intention de lutter pour un tel règlement de
comptes. La speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi
et d’autres dirigeants du parti ont insisté à plusieurs
reprises que la destitution du président et du vice-président
« n’était pas sur la table ». Ils n’ont aucun intérêt
à poursuivre l’administration sur la question de la torture
parce qu’ils en sont eux-mêmes les complices. Pelosi et
d’autres démocrates en vue au Congrès ont été informés en détail
sur les méthodes criminelles utilisées à Guantanamo, ils les
ont approuvées et les ont cachées au peuple américain.
A un niveau plus essentiel, les démocrates ont
été complices de la politique du militarisme et de l’agression
partout dans le monde, politique menée au nom de la soi-disant
guerre globale contre le terrorisme et impliquant la pleine
utilisation de la force armée pour défendre les intérêts de
l’oligarchie qui dirige les Etats-Unis. C’est cette stratégie
criminelle (qui est responsable de la mort de plus d’un million
d’Irakiens) qui a créé les conditions pour le crime même de
la torture.
Néanmoins, l’approfondissement de la crise
du capitalisme américain crée les conditions pour de profonds
chocs et changements dans les rapports politiques et sociaux qui
pourraient bien résulter en la comparution devant un tribunal de
Bush, Cheney et compagnie et leur jugement pour crimes de guerre.
(Article original anglais paru le 23 mai 2008)
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Publié le 29 mai 2008 avec l'aimable autorisation du WSWS
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