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Conseil d'insécurité
Benito Perez

15 août 2006

Les Libanais reprennent espoir. La résolution 1701 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies avait ouvert vendredi soir la voie à un cessez-le-feu. Celui-ci est devenu effectif hier matin, mettant enfin un terme à plus d'un mois de bombardements meurtriers sur le Liban.
Le marché proposé à New York par les parrains étasuniens et français de la résolution est limpide. En votant un texte qui reprend intégralement la position israélienne, l'ONU a offert au gouvernement d'Ehoud Olmert une échappatoire politique. Sans parvenir à masquer son cuisant échec militaire, la résolution lui permet de sauver la face. En échange, l'arrêt des combats rend aux Nations Unies un semblant d'honneur après des semaines de tergiversations et de blocages.
Le soulagement est immense. Mais son prix est très élevé. Contre toute évidence, contre l'avis de son tout nouveau Conseil des droits de l'homme qui venait de condamner l'attaque israélienne, l'Organisation des Nations Unies a décrété le Hezbollah seul et unique responsable du tapis de bombes qui s'est abattu sur le Liban. Qu'Israël occupe depuis quarante ans un bout du territoire libanais –les fermes de Chebaa– contre l'avis de ce même Conseil de sécurité, la résolution n'en dit pas un mot. Que le double enlèvement prétendument boutefeu ait probablement été commis sur ce bout de territoire occupé, pas un mot non plus. Que l'immense majorité des victimes de la guerre aient été des civils libanais, pas un mot. De l'utilisation massive d'armes lourdes pour punir tout un peuple, pas un mot. De la catastrophe économique infligée par Israël à son voisin, pas un mot. Des allégations de crimes de guerre, pas un mot.
Trois ans après avoir légalisé l'invasion étasunienne de l'Irak, le Conseil de sécurité a donc à nouveau choisi de faire preuve de «réalisme» en légitimant l'agression d'Israël contre le Liban, pour autant qu'elle cesse. Avait-il le choix? demanderont les plus pragmatiques. La question peut se poser. Il n'en reste pas moins qu'en renonçant à défendre le droit international et une vision civilisée des relations inter-étatiques, l'ONU trahit ce pour quoi elle a été créée. Se coucher pour exister, voilà la philosophie en vogue à New York. Au risque d'être réduit au rôle de chambre d'enregistrement de la raison du plus fort et d'offrir le vernis de la légalité internationale aux pires va-t-en-guerre. On comprend mieux pourquoi Washington s'intéresse à nouveau au multilatéralisme...
Et le Liban dans tout ça? Il est possible qu'avec le soutien d'une force onusienne renforcée, le redéploiement de l'armée libanaise au sud du pays permette de freiner les actions belliqueuses du Hezbollah. Mais il est ridicule de croire que cela étouffera bien longtemps le contentieux. Renforcée politiquement, l'autoproclamée «résistance libanaise» n'abandonnera aucun de ses objectifs avoués ou inavouables. Pour désamorcer le Hezbollah, il n'y a d'autre chemin que de lui ôter ses piliers revendicatifs: négocier la libération des prisonniers libanais en Israël et en finir avec l'occupation de la zone de Chebaa. Dans le cas contraire, une nouvelle guerre d'«autodéfense» ne tardera pas à éclater avec la bénédiction des Nations Unies.

 

 


Source : Le Courrier.ch
http://www.lecourrier.ch/modules.php?...


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