C’est pour ces multiples raisons que
le 22 décembre dernier, Samandag a
accueilli une manifestation
intitulée « Nous ne voulons pas la
guerre avec la Syrie ». Ce
rassemblement était organisé par une
plate-forme d’organisations appelée
« Forces démocratiques ».
Étaient présents à ce meeting M.
Süleyman Sayar pour l’Association
des valeurs alaouites, le président
du centre culturel de Samandag M.
Adil Nural, un administrateur de la
maison du peuple de Samandag, M.
Seyifi Altın, un responsable de
l’Association de solidarité et de
culture méditerranéennes, M. Akın
Rencüzogullari, un membre du Parti
de l’émancipation sociale (T.Ö.P.G),
M. Tuncay Yılmaz, le représentant d’Egitim-Sen,
le syndicat des enseignants
progressistes M. Tahsin Demir, le
président de l’Association d’arts,
de culture et d’entraide de la
municipalité de Tekebasi (Djilliye
en arabe) M. Eser Işık, la
présidente de l’association du
labeur féminin Mme Gülay
Firinciogullari.
« Non à la guerre », « Vive la
fraternité entre les peuples » « Les
USA et leurs collabos, hors du
Proche Orient » étaient les slogans
scandés par les quelques dizaines de
personnes rassemblées sur la place
Oytun.
Certains manifestants ont même
scandé des slogans favorables au
président syrien Bachar El-Assad. Le
jeudi 29 décembre, une cinquantaine
de membres du Front populaire (Halk
Cephesi), une organisation de gauche
extraparlementaire, se sont réunis
sur la même place de Samandag pour
condamner la politique
islamo-militariste de l’AKP contre
la Syrie en rappelant que l’AKP
avait reçu les félicitations du
ministre étasunien de la défense et
ex-directeur de la CIA Leon Panetta
pour sa politique antisyrienne
durant sa visite le mois dernier.[16]
Ces deux rassemblements contre les
plans de déstabilisation menée
visant la Syrie ne sont pas les
premiers du genre à Samandag. En
juin dernier, la ville avait
accueilli une manifestation anti-AKP
et pro-Bachar rapportée par le
journal The Independent.[17]
Et en juillet dernier, des calicots
favorables au gouvernement syrien
avaient été déployés lors d’un
concert donné en bordure de mer par
Grup Yorum, un groupe ethno-rock de
tendance marxiste.
Corridors humanitaires ou couloirs
de la mort ?
Pour la population du Hatay témoin
et otage des manœuvres politiques et
militaires menées par les grandes
puissances, les « corridors
humanitaires » d’Alain Juppé et de
son homologue turc Ahmet Davutoglu
existent déjà mais ils ressemblent
davantage à des corridors
terroristes par où transitent armes,
moyens de communications, argent et
combattants. Ces couloirs de la mort
s’étendent désormais de la frontière
turque au maquis islamiste du Djebel
Zaouia, au cœur de la province
syrienne d’Idleb.
« Raison humanitaire » est une fois
encore le prétexte invoqué par le
gouvernement islamo-militariste de
l’AKP pour héberger le colonel Riad
El-Assad transfuge et nouveau
mercenaire des royaumes du Golfe, de
l’Etat turc, de la CIA, de la France
et de l’OTAN. Placé sous protection
turque, ce même colonel dirige une
armée de conjurés basée non loin de
Samandag. Vu l’ampleur et l’horreur
de son tableau de chasse, on peut
difficilement en conclure que
l’Armée syrienne libre (ASL) se
comporte de manière humanitaire avec
les soldats et les citoyens syriens
qui affichent leur sympathie pour le
régime.
En attendant, les minorités
religieuses de la région sont
livrées à elles-mêmes et ne savent
vers quel « saint » se tourner si ce
n’est vers le président syrien
qu’ils considèrent comme un moindre
mal.
Vœux... pieux
Osons espérer que l’unité des forces
sociales arabes et européennes
anti-impérialistes et donc
réellement humanitaires désamorcera
la fitna et l’épuration religieuse
aujourd’hui encouragée par
l’Occident colonial avide d’en
découdre avec l’Iran et tous ses
soutiens régionaux pour la pérennité
d’Israël.
On a beau être athée ou agnostique,
quand on est originaire d’une
province comme le Hatay que même
Moïse, Al-Khidr, Saint-Pierre et
Saint-Siméon sont supposés avoir
foulé et qui, de surcroît fête Noël,
on ne peut s’empêcher d’exprimer des
vœux pieux.
Voici le communiqué qui a été lu sur
la place Oytun à Samandag durant le
meeting du 22 décembre :
« En ce XXIe siècle, le monde
connaît des avancées exceptionnelles
en sciences et technologies.
Pourtant, les peuples continuent de
subir les guerres, la misère et la
faim. La convoitise et la soif de
profits des pays capitalistes et
impérialistes, les États-Unis en
tête, se matérialise pour les
peuples en sang, en souffrances et
en larmes.
Nous voyons aujourd’hui que pour
résoudre leur crise, les États
impérialistes recourent au Projet du
Grand Moyen-Orient (GMO).
L’invasion de l’Afghanistan et de
l’Irak fut la première étape de ce
projet. Près de deux millions
d’êtres humains sont morts des
suites de ces interventions et trois
fois plus ont été blessés. Pas moins
de 5 millions de personnes ont été
contraintes à l’exil.
Les États impérialistes ont vomi la
mort avec leurs avions furtifs,
leurs missiles à têtes chercheuses,
leurs tanks et leurs blindés. Ils
ont torturé, violé et assassiné. Et
ils ont commis tous ces crimes en
invoquant honteusement la démocratie
et les droits de l’homme.
LA RÉALITÉ DU GMO : ATROCITÉS ET
BARBARIE
La Syrie est aujourd’hui le théâtre
du même scénario que celui utilisé
en Afghanistan, en Irak et en Libye.
Quant à l’AKP, il se fait le
sous-traitant du bellicisme
impérialiste.
Il est intéressant de constater que
l’AKP n’est pas un simple
sympathisant du GMO, il en est un
acteur chevronné. Erdogan se dit
d’ailleurs vice-président du GMO
tandis que son gouvernement déclare
la guerre aux pays voisins en
préparant l’installation d’un
bouclier antimissile de l’OTAN à
Malatya et en soutenant des groupes
paramilitaires.
L’AKP prétend avoir une sensibilité
musulmane. Nous souhaitons nous
adresser ici à sa communauté :
attenter à la pudeur, aux biens et à
la vie de ces voisins n’est-ce pas
contraire à toutes les religions ?
Il est tragicomique de voir que les
donneurs de leçons de démocratie et
de droits de l’homme à d’autres pays
ont gardé le silence lorsque
l’Arabie saoudite a lancé ses tanks
contre les opposants à Bahreïn. Ces
mêmes apôtres de la démocratie ne
parviennent à résoudre les problèmes
des ouvriers, des femmes, des
Alévis, des chrétiens, des
musulmans, des Arméniens, des
Arabes, des Circassiens, des
Syriaques, des Kurdes et des autres
communautés ethniques de notre pays.
Pire, ils nous dirigent en recourant
à des méthodes dignes de la junte
militaire du 12 septembre. Une
politique de tension avec les pays
voisins a un impact négatif sur
l’économie turque. Cet effet se
ressent d’autant plus dans les
provinces frontalières. Ces
provinces ne connaissent pas que des
difficultés économiques. En raison
des liens familiaux et historiques
qui lient les gens par-delà les
frontières, les tensions provoquées
par le gouvernement turc ont des
répercussions directes sur une
population en butte à des tensions
sociales et culturelles. La province
du Hatay est un lieu où cohabitent
diverses religions, cultures et
ethnicités dans la paix et la
fraternité. La paix et la tolérance
sont deux qualités qui caractérisent
notre province. Nous ne voulons pas
que notre province soit associée à
la guerre. Les principales activités
économiques qui constituent le nerf
vital de la province du Hatay depuis
quelques années, à savoir le
transport, le commerce
transfrontalier et le tourisme sont
quasi au point mort. Les tensions
avec la Syrie ont non seulement des
retombées économiques mais aussi des
conséquences sociales. Compte tenu
des intenses relations commerciales,
des liens familiaux et historiques
qui lient les gens par delà les
frontières, la stratégie de la
tension prônée par le gouvernement
AKP ainsi que les approches racistes
et provocatrices de certains groupes
de presse sèment un climat délétère
parmi la population du Hatay.
En tant qu’ONG et organisations
démocratiques basées à Samandag,
nous déclarons que ;
-
Nous n’avons aucun problème avec les
peuples des pays voisins qui sont la
Syrie, l’Irak et l’Iran.
-
Toute intervention dans l’un de ces
pays est inopportune et ce, quelle
que soit la raison invoquée
-
Nous nous opposons à toute
intervention guerrière
-
Nous nous opposons à l’accueil dans
notre province pacifique, tolérante
et fraternelle de toute force
paramilitaire
-
Nous dénonçons l’autorisation donnée
par le gouvernement turc aux forces
impérialistes notamment aux USA de
faire de notre territoire une base
d’activités hostiles aux pays
voisins et exigeons l’arrêt de ces
activités
- Nous demandons la paix dans notre pays
et dans le monde et le retour à une
politique de zéro problème avec les pays
voisins.