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Yediot Aharonot
Profondément choqués
B.
Mikhael [Quand les
Israéliens découvrent la compassion pour les habitants de Gaza.
A condition que leurs souffrances soient le fait du Hamas. Encore
une fois (1), B. Mikhael est dans son rôle de poil à gratter de
la bonne conscience israélienne]
Yediot Aharonot, 22 juin 2007
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3416416,00.html
Qui l¹eût cru et qui l¹eût dit ? Il s¹avère que derrière le
regard détourné de nos commentateurs, derrière le visage
apathique de nos concitoyens et derrière la façade indifférente
de la politique israélienne, se cachent un cœur d'or, une âme
sensible débordant de pitié et de miséricorde pour leur
prochain.
Subitement, nous avons tous découvert la souffrance des
Palestiniens. Nous sommes tous très profondément et photogéniquement
choqués par les souffrances inouïes infligées à la population
occupée de Gaza, écrasée sous les bottes de l¹occupant
hamassique. Devant ces images terribles, notre colère, notre
indignation, notre frustration ne connaissent plus de bornes.
En somme, il n¹y a là rien d¹étonnant. Qui, sinon les Juifs,
pourrait s¹identifier aussi pleinement à des personnes pourchassées
par des bandits criminels ?
Et soudain les blessés ont un nom, les tués ont un âge, les
souffrants ont un visage. Ahuri, j¹ai entendu de mes propres
oreilles des présentateurs de télévision parler, le visage
sombre, de "crimes de guerre" commis à Gaza.
"Crimes de guerre", oui, ils l¹ont dit clairement. C¹était
après que des hommes eurent été massacrés au couteau, et d¹autres
fusillés, vêtus uniquement de leurs culottes.
Des crimes de guerre, oui, des actes terribles, sans aucun doute.
Si ces militants du Hamas s'étaient conduit en personnes civilisées,
ils auraient renoncé à bousiller leurs ennemis de la sorte,
parce qu¹un couteau ça salit
le tapis et ça éclabousse de sang les bourreaux. Ils auraient pu
utiliser, par exemple, un avion sans pilote, ou un chasseur
bombardier ou quelque système téléguidé sophistiqué. Ainsi
auraient-ils évité qu'on les taxe de
"criminels" et auraient-ils épargné à nos
journalistes indignés des images aussi choquantes.
Un journaliste de la première chaîne a même raconté d¹un ton
outré que des salauds du Hamas avaient mis le feu à une maison où
se cachait un "militant recherché" (sic) du Fatah.
Quelle cruauté! Si le Hamas avait eu en sa possession un
bulldozer amical, un petit D9 sympathique, celuici aurait pulvérisé
élégamment de ses pattes bienfaisantes les murs de la maison de
cette personne recherchée et tout le tableau eût été différent.
Mais c'est notre Premier ministre Olmert qui a atteint les sommets
de néo-humanisme et battu les records de chagrin et de pitié.
De la lointaine Washington et devant les téléspectateurs du
monde entier, il a décrit les
atrocités commises par le Hamas avec tant de fougue, égrenant
une liste si impressionnante de synonymes en anglais, qu'on aurait
cru qu'il avait avalé un thesaurus entier pour l'occasion. Il se
surpassa lorsqu'il annonça d'un ton profondément ému que
"nous ne resterons pas indifférents à la souffrance humaine
à Gaza."
Et nous croyions rêver. Le Premier ministre israélien avait découvert
la souffrance des habitants de Gaza. La mort, la destruction,
l'enfermement, et qui sait, peut-être même l'humiliation, le désespoir,
la pauvreté arriveront-ils jusqu'à ses oreilles. Et à partir du
moment où il l'a découvert, il ne peut plus rester indifférent.
Mais à peine vingt secondes plus tard, il fallut nous réveiller
de notre rêve. Le premier ministre précisa de quelle souffrance
il s'agissait "la souffrance causée aux Palestiniens par les
Palestiniens". Seule cette souffrance toute fraîche
"made in Palestine" ne nous laisse pas indifférents. La
bonne vieille souffrance, celle qu'Israël inflige au peuple de
Gaza depuis plusieurs décennies, cette souffrance-là nous
pourrons continuer à ne pas la voir, comme c'est notre habitude
depuis toujours.
Il est donc à prévoir que lorsqu'Israël reprendra en ses mains
expérimentées et adroites la routine des tueries, des
destructions, du blocus, de l'humiliation, de la chasse aux
"terroristes recherchés", et de la privation d'une
population entière de ses droits les plus élémentaires, nos médias
déchaînés, nos politiciens courroucés et notre public
bouleversé retrouveront leur calme d'antan. Les blessés
perdront de nouveau leur visage, les tués redeviendront anonymes,
et les souffrants n'auront plus d'identité. Les maisons seront détruites
avec grâce et courtoisie, les tués seront tués de manière
propre et stérile, et la détresse des habitants de Gaza
redeviendra un chapitre de propagande antisémite.
Mais ne méprisons pas les petites choses. Même quelques instants
de reconnaissance de la souffrance des Palestiniens, c'est déjà
un changement bienvenu.
(1) Voir : "Le Mal : ne pas le voir, ne pas l¹entendre, ne
pas en parler"
http://www.lapaixmaintenant.org/article1393
Traduit
de l'hébreu par Yaël Shneerson

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