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Ynetnews

La surprise-party
B. Michael

29 août 2006

www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3297082,00.html

Tandis que nos dirigeants gardent la langue nouée en s’efforçant de trouver la tactique la plus efficace pour leur survie politique, l’ennemi numéro un fait la démonstration de la manière dont un dirigeant est censé se comporter. Il n’est pas nécessaire d’en croire le moindre mot, mais nous pouvons certainement apprécier la démonstration.

Il est devenu maintenant évident qu’à côté de la destruction massive et mutuelle entre les parties en conflit, celles-ci étaient avant tout entraînées dans une série de surprises. 

Les kidnappeurs ont surpris les kidnappés.

Le char a surpris les kidnappeurs.

La mine a surpris le char.

L’incident a surpris le chef d’état-major.

Le chef d’état-major a surpris le cabinet avec ses propositions.

Le cabinet a surpris le chef d’état-major en acceptant ses propositions.

Le Premier Ministre a surpris l’arrière en l’engageant à absorber les tirs de Katiouchas.

L’arrière a surpris le Premier Ministre par son manque de préparation pour absorber les tirs de Katiouchas.

La force aérienne a surpris l’armée lorsqu’il est apparu que tuer et détruire depuis les airs n’était pas considéré comme une victoire.

Et l’armée a surpris tout le monde – elle-même et les autres, soldats et ennemis, Israël et le monde. Ce qui s’est révélé publiquement, c’est que l’armée n’était plus le Messie. Quelle disgrâce !

Et lorsque le dirigeant du Hezbollah, Nasrallah, a déclaré cette semaine, à un interviewer d’une chaîne de télévision libanaise, que lui aussi était surpris, Israël fut prompt à en tirer orgueil : finalement, le gouvernement israélien trouvait un petit bout de réconfort au milieu de toutes ces surprises.

Rabat-joie

Je n’aime pas être un rabat-joie ; mais il y a tout de même quelques épines dans la confession de Nasrallah. Certaines sont manifestes, d’autres voilées. Certaines sont intentionnelles, d’autres ne le sont pas.

Tout d’abord, ceux qui s’amusent de la surprise de Nasrallah devaient aussi relever le compliment qu’il s’est fait à lui-même. Il dit, entre les lignes : « En dépit de la surprise, voyez les résultats ». Et nous n’avons pas besoin d’avoir l’oreille particulièrement fine pour entendre la moquerie à l’égard de l’armée israélienne qui a, elle aussi, été surprise par la campagne et dont le chef est incapable d’offrir mieux qu’une « victoire aux points ».

Deuxièmement, il y a, dans son soi-disant « remords », sa soi-disant confession,  une bonne dose de raillerie à l’égard d’Israël et de ses dirigeants, lorsqu’il dit que s’il avait été en mesure de prévoir l’issue de la guerre, il n’eût pas donné l’ordre d’enlever les soldats israéliens.

Image faussée de Nasrallah

Nasrallah ne se présente pas lui-même comme un poltron intéressé à protéger sa peau, ni comme un fou qui n’a pas correctement évalué la situation. Son « remords » vise à offrir une image à ses partisans : l’image d’un dirigeant qui craint pour le bien de son peuple et de sa communauté.

Ses partisans sont censés comprendre qu’il ne croit pas qu’obtenir la libération de quatre prisonniers aux mains de l’ennemi juif vaut de mettre en danger la vie et les biens de centaines de milliers de civils.

Il faisait allusion à un autre dirigeant de la région qui, sans la moindre hésitation et après quelques heures de délibérations à peine, a décidé de mettre en danger la vie et les biens de centaines de milliers de civils à cause de deux soldats enlevés.

Le Premier Ministre savait depuis le début

N’importe qui passant en revue la presse du premier jour de la guerre, serait surpris de découvrir que le Premier Ministre ne savait que trop bien ce qui attendait les habitants du nord du pays. Il les a malgré cela exposé aux tirs de roquettes, l’esprit et la conscience tranquilles.

Troisièmement, la reconnaissance par Nasrallah de sa soi-disant surprise a servi à faire éclater la bulle de l’image durement acquise d’Israël dans le monde. Nous devons maintenant envisager la possibilité qu’après tout le Hezbollah n’ait pas été un émissaire iranien, une marionnette perse soumise, aux ordres d’Ahmadinejad.

Cette théorie quelque peu paranoïaque paraît tout à coup plutôt ridicule. Sous cette théorie, se trouve la prise de conscience que ce n’était peut-être pas l’empire islamique qui nous a donné un coup aussi saisissant mais plutôt un leader local avec une assez petite milice.

Quatrièmement, il ne fait aucun doute que Nasrallah a dissimulé dans sa moustache et sa barbe un sourire sarcastique lorsqu’il a une nouvelle fois démontré sa capacité de faire passer responsabilité, sérieux, autocritique, jugement et une série d’autres traits populaires que les Israéliens attendent si désespérément de leurs propres dirigeants.

Tandis que nos dirigeants marchent sur leur langue dans un effort pour trouver le tour de passe-passe le plus efficace pour leur survie politique, l’ennemi numéro un fait la démonstration de la manière dont un dirigeant est censé se comporter.

Il n’est bien sûr pas nécessaire d’en croire le moindre mot mais nous pouvons certainement apprécier la démonstration.

(Traduction de l’anglais : Michel Ghys)

 

 


Source : Michel Ghys


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