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Ha'aretz
La
nouvelle tâche du peuple juif
Avraham Burg

Avraham Burg - Photo Knesset
Le
10/09/2007
Rosh
Hashanah (fête du nouvel an du calendrier hébraïque, ndt) est
très différente des autres fêtes juives. Un fil
d’universalisme passe à travers et ses prières diffèrent de
celles du reste de l’année. Le nationalisme et les mémoires
collectives de la nation sont marginaux en ce temps ; son
essence principale est orientée vers l’extérieur :
« une prière… pour toutes les nations ». C’est le
seul jour où nous prions pour le bien-être du monde. Nous
chantons « aujourd’hui le monde fut conçu », et
nous savons que « chacun dans le monde va passer devant Lui »,
sans distinction et sans discrimination, car tout le monde est égal
devant le Créateur du monde. Comme Adam et Eve qui furent nés
libres de religion et de fanatisme.
A
travers les ans, à cause des problèmes historiques du peuple
juif, l’identité universelle des fêtes est devenue brouillée.
Elle était difficile pour nous, les persécutés, de s’élever
au niveau de l’occasion [de l’identité universelle de la fête]
et d’agir pour le bien du monde qui nous a rejetés si
violemment. Le comportement comme « une nation qui vit seule »
nous est naturellement revenu et nous avons abandonné la
responsabilité universelle du peuple juif qui fut une fois
« une nation du monde » et est maintenant devenu par
trop « une nation de la terre ».
Les
résultats de cette fermeture de l’âme nationale sont très
tristes. Pour la première fois dans des millénaires, nous ne
sommes pas au premier rang de l’influence dans le monde. Considérons
Jésus par exemple. Ces enseignements et valeurs ont jailli du cœur
de la période du deuxième temple. Parmi ceux qui ont ensemencé
la renaissance européenne il y avait les descendants des juifs
marranes (de l’espagnol ‘marrano’. Terme qui veut dire
‘porc’ et qui était utilisé pour désigner un juif converti
au catholicisme mais resté secrètement fidèle à sa religion,
ndt) qui ont rapporté à la maison [l’Europe] la sagesse et les
œuvres de
la Grèce
ancienne qui ont été sauvegardés par les philosophes musulmans
tolérants et modérés.
Il
est impossible de déchiffrer les codes des temps modernes sans
Spinoza ou Moses Mendelssohn. Et que serait le siècle précédent
sans Marx et son communisme, d’un côté, ou Freud et l’âme
seule, de l’autre ? Cette période a aussi produit Trotski,
Zamenhof et d’autres avec leurs rêves.
Tout
cela est terminé. Il y a soixante ans, l’Europe a échoué le
test de « l’autre ». Elle a eu sa chance, elle a
craché et a détruit ses juifs qui sont devenus les derniers lépreux.
Aujourd’hui
l’Europe affronte le test du nouvel « autre » - les
musulmans. Des dizaines de millions de musulmans vivent en Europe
et à l’Occident aujourd’hui, et quand
la Turquie
rejoint l’Union Européenne, elle aura quelque cent millions
musulmans. La question. La question, « qu’est ce qu’on
va faire avec eux ? » peut être entendue dans les
couloirs du pouvoir à Paris ; elle a influencé les élections
en Angleterre ; elle a changé les lois sur la religion et
l’état en Suède ; elle est reflétée dans les stéréotypes
des héros de Hollywood à Washington. Les racistes de l’Occident
demandent aussi, « qu’est ce qu’on va faire avec eux ? »
Et quand les foules acclament, ils répondent : Ce que nous
avons toujours fait – la guerre, l’exil, la restriction de
leurs droits. Mais les israéliens et les juifs ne posent même
pas cette question.
Quand
l’occident se bat dans l’une de ses plus importantes
batailles, sur sa santé et sa rectitude, nous sommes absents, à
cause d’un complexe compréhensible. Ils se battent sans nous
sur l’écologie du ciel et de la terre – contre le
fondamentalisme et l’extrémisme, pour les droits de l’homme,
contre la terreur internationale, pour le statut des femmes,
contre le voile. Un temps où notre acceptation internationale est
plus grande que jamais avant, à un temps où le monde a besoin de
notre contribution unique, nous sommes absents comme jamais
auparavant. Ceci est le paradoxe juif de notre temps. Notre
contact, friction, traumatisme, récupération et interface avec
l’Occident moderne ont ouvert quelques portes du Judaïsme
contemporain vers des nouvelles ailes et des idées excitantes :
la pluralité religieuse, l’égalité de la femme juive.
Cependant, de l’autre côté, nous nous cachons et nous nous
retranchons, avec une peur compréhensible, derrière nos volets
nationaux.
L’avenir
du monde, à une grande ampleur, dépend sur la capacité de l’Occident
à être fertilisé et imprégné par le nouvel Islam ;
d’inclure les musulmans au lieu de les rejeter comme il nous a
fait ; et puis ensemble de donner naissance à un nouveau
discours mondial. Pas le discours « macho » de George
Bush et d’autres fondamentalistes chrétiens, pas celui des
colons israéliens et des conservateurs locaux, et pas celui des
fanatiques islamiques qui interdisent tout contact avec l’Occident
comme si c’était une femme impure.
Ce
qui est demandé, c’est un dialogue modéré et soigné, semi-féminin,
inclusif et acceptant. Un dialogue de grossesse, « concevant
le monde », comme celui qui a permis aux juifs occidentaux
contemporains de rompre avec le cycle historique et pathologique
des juifs er des gentils, et de présenter un nouveau modèle de
vie en opposition à celui de Hitler, ses successeurs et le
millier d’années d’effusion de sang qui les avait précédés.
Tant que le monde s’ouvre à nous comme jamais auparavant et
tant que nous changeons pour le rencontrer, nous pouvons nous débarrasser
de nos peurs, renouveler l’originalité de la fête et retourner
à la responsabilité envers le monde et son bien-être.
Nous
pouvons faire pour promouvoir un monde de ce type – un meilleur,
un monde plus parfait qui serait bien moins dangereux pour ses résidents
et pour nous ? Selon mon raisonnement, nous devons contribuer
à partir de notre expérience comme victimes, comme « autres »,
et ensuite comme ceux qui sont acceptés, pour éviter le
sacrifice inutile des « nouveaux autres » de notre génération.
La communauté juive moderne avec ses victimes et des leçons doit
se proposer comme un pont sur lequel les musulmans et les chrétiens
occidentaux peuvent marcher et avancer pour se rencontrer, créer
un dialogue chrétien-musulman et institutionnaliser l’Islam
occidental.
L’Occident
peut et doit embrasser ces citoyens musulmans et les pousser à se
voir, voir leur religion et leurs traditions dans une nouvelle
lumière – une lumière d’ouverture, de tolérance et de
pluralité religieuse. Beaucoup de musulmans à l’Occident
s’opposent à l’extrémisme religieux. Tout le monde n’est
pas Oussama Ben Laden, tout comme tout le monde ici n’est pas
Meir Kahane, Baruch Goldstein ou George Bush. Des musulmans modérés
sont en voie d’être les « juifs », les étrangers
du 21e siècle, sans avoir rien fait de mal. Les
partenaires de l’échec du 20e siècle, les victimes
tout comme ceux qui les ont sacrifiés, doivent se rassembler pour
leurs intérêts pour qu’ils puissent passer le test cette fois.
Car si l’Europe et les Etats-Unis échouent le test des « citoyens
de la foi musulmane », alors la vague de l’échec va inévitablement
noyer l’Occident. A l’opposé, le succès pourrait donner à
l’Occident combattant une nouvelle naissance sur la voie vers la
paix mondiale, dont les partenaires incluraient la majorité des
croyants dans « le Dieu unique » pour qui nous prions
tous.
http://www.haaretz.com/hasen/spages/902516.html
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