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Al-Ahram
Weekly
Azmi
Bishara : une menace brillante
Asaad Talhami
Al-Ahram
Weekly, 19 - 25 avril 2007 (Opinion)
http://weekly.ahram.org.eg/2007/841/op133.htm
Tandis que la pression politique sioniste s’exerce
sur le député arabe Azmi Bishara, les médias israéliens mènent
leur propre offensive de relations publiques,
écrit Asaad Talhami
S’il
y a un brin de vérité un peu solide qui puisse sortir de la
couverture par la presse israélienne du faux procès concocté à
l’encontre d’Azmi Bishara, c’est que l’establishment
sioniste est unanimement d’avis que l’élimination de ce député
au Parlement écartera un obstacle majeur dans son offensive
visant à imposer une citoyenneté israélienne aux Arabes résidant
à l’intérieur des frontières qu’Israël s’est unilatéralement
fixées. L’affaire elle-même repose sur les documents élaborés
par divers partis arabes et ONG, où ceux-ci prennent position sur
la relation entre la minorité arabe et l’Etat, et qui, selon
les Israéliens, promeuvent l’idée formulée il y a 10 ans par
Bishara et d’autres intellectuels, selon laquelle Israël
devrait être un Etat pour tous ses citoyens ; une hérésie
maintenant épousée par la majorité des forces politiques arabes
en Israël.
La
presse en hébreu, qui répond définitivement au doigt et à l’œil
à l’establishment militaire israélien, s’est récemment
abandonnée à une orgie d’invectives, d’incitation et de
malveillance, avec pour objectif premier de souiller le nom et la
réputation de Bishara.
Pour
Uzi Benziman, commentateur au quotidien Haaretz,
la judéité d’Israël constitue un article de foi immuable et
qui passe toute autre considération. Il écrit : « L’affaire
Bishara met au premier plan le tournant atteint par les relations
entre Juifs et Arabes à l’intérieur de la Ligne Verte ».
Il poursuit : « Le
point décisif se situait dans la formulation des documents élaborés
par d’importantes organisations de la communauté arabe (Les
« Dix points », « La vision future pour les
Arabes palestiniens en Israël », la « Proposition de
constitution » et la « Déclaration de Haïfa »
qui doit encore être officiellement publiée). Ces documents sont
tramés comme une doctrine idéologique et politique méthodique
qui défie le caractère actuel de l’Etat d’Israël… En
pratique, ces documents posent les fondements idéologiques pour
un soulèvement des Israéliens arabes contre leur Etat. »
Apparemment,
Benziman a dû estimer qu’il n’avait pas encore parfaitement
mis en valeur son argument car il a ajouté ceci : « Il
s’agit d’une mutinerie menée, pour le moment, par des moyens
entièrement légitimes – dépôt de requêtes auprès des
tribunaux, élaboration de documents formulant des prises de
position, lancement de recherches, campagnes de ralliement de
l’opinion publique. Mais elle ouvre la voie aux radicaux, pour
recourir à des méthodes illégitimes. »
On
en a déjà, déclare Benziman, des présages menaçants. Un de
ces présages étant une récente étude portant sur les Arabes
d’Israël et qui montrait que 86% des personnes interrogées
soutenaient le retour des réfugiés dans leurs maisons
d’origine et que 40% étaient favorables à ce qu’Israël se
transforme en un Etat de tous ses citoyens. Benziman en appelait
à la majorité juive pour qu’elle réponde, « dans
ses propres termes », à
tous ces documents.
Benziman
écrivait : « En
contraste avec le discours arabe-palestinien sur l’histoire du
conflit, il y a une version israélienne juste qui présente les
efforts investis par les vestiges d’une petite nation pour
conserver précieusement sa patrie et parvenir, sans succès, à
un compromis avec ses voisins arabes. » L’effet de
cette position juive sera de clarifier pour la minorité arabe les
« lignes rouges »
qui dessinent les paramètres d’un règlement possible, que
Benziman définit comme « les
lignes de 1967 en guise de frontières entre un Etat national
palestinien et l’Etat sioniste d’Israël ». Et il
ajoute : « La
majorité juive ne peut rencontrer les attentes de la minorité
arabe de transformer Israël en un Etat binational. »
Revenant
promptement à sa bête noire, Benziman poursuit : « La
majorité juive éprouve de plus en plus de difficultés à
supporter l’idéologie et la conduite d’Azmi Bishara que les
Juifs estiment glisser souvent dans des zones illégitimes de
soutien aux ennemis de l’Etat. Tel était le cas avec le voyage
de Bishara au Liban et en Syrie ces dernières années, et aussi
durant la seconde guerre du Liban. » Benziman conclut
par une ferme mise en garde à l’adresse des députés arabes :
il feraient bien de rester à l’intérieur des règles du jeu
d’un Etat démocratique, sinon « ils
se retrouveront dans la même situation que Bishara ».
Tommy
Lapid, journaliste et ancien Ministre israélien de la Justice,
soutient que la meilleure réponse que le gouvernement israélien
puisse donner à Bishara serait de changer sa politique
discriminatoire à l’égard des Arabes. Ecrivant dans Maariv,
Lapid déplore les conditions difficiles existant dans les
municipalités arabes (et dont il affirme que les Arabes portent
une large part de responsabilité), mais plus grave est
l’injustice qui est faite aux Arabes parce que les Juifs les
regardent comme des citoyens de second ordre. Seule cette inégalité
entre Arabes et Juifs a pu rendre Bishara et ses idées attrayants
aux yeux des citoyens arabes.
Bien
évidemment, Bishara lui-même est diabolique : « Nous avons affaire à un homme qui est plus intelligent et plus érudit
que la majorité des membres arabes et juifs du Parlement… Il
parle quatre langues… Il cherche à faire ses preuves en épousant
des positions extrémistes… Jamais auparavant, le Parlement
n’avait vu un député arabe donner ainsi libre cours à son
incitation à la haine contre Israël et soutenir la cause
palestinienne et même des saboteurs, comme Azmi Bishara. »
Pourtant, dit Lapid pour rassurer ses lecteurs, Bishara n’est
pas si dangereux que cela. « Il
n’est dangereux que lorsqu’il dit la vérité sur la
discrimination dont la minorité arabe est l’objet en Israël. »
Par conséquent, « pour
ôter à son incitation toute efficace, nous devons veiller à ce
que les Arabes israéliens – en particulier les jeunes Arabes
israéliens instruits – cessent de se sentir comme des
sous-citoyens. » Sur quoi il ajoute : « si
nous ne le faisons pas, nous aurons une Intifada faite maison auprès
de laquelle les deux précédentes paraîtront une partie de
plaisir. »
En
milieu de semaine, la nouvelle de l’intention de Bishara de
renoncer à son poste de député au Parlement a dominé la presse
en hébreu, et cela d’autant plus qu’une interdiction
judiciaire empêche de divulguer les détails du « procès
décisif » qui lui est fait. Les réactions, dans les médias
et les milieux officiels, allaient du soulagement éprouvé à
l’idée d’être débarrassé d’un « extrémiste », à des appels à resserrer les contrôles de sécurité
sur les Arabes en Israël. La nouvelle a également offert une
ouverture à des représentants de divers partis sionistes pour
donner libre cours à leur colère rentrée et réclamer que des
lois limitent la liberté des parlementaires arabes et leur
imposent de faire une déclaration de loyauté à l’égard d’Israël
« en tant qu’Etat
juif et démocratique » comme condition préalable à
leur entrée au Parlement israélien.
Journaux
et chaînes de télévision ont également accordé une grande
place aux différentes étapes de la carrière politique de
Bishara, en insistant lourdement sur l’appel de son National
Democratic Rally (NDR) à un Etat de tous ses citoyens que les
partis sionistes tiennent pour une « menace
stratégique dans le long terme pour Israël ». Cette
dernière remarque est attribuée à Youval Diskin, chef des
services de renseignements, lors d’une rencontre à huis clos
avec le Premier ministre Ehoud Olmert.
Le
conseiller juridique du gouvernement et secrétaire général du
parti, Meni Mazouz, est censé donner une réponse à la Cour suprême
israélienne, la semaine prochaine, au sujet d’un appel déposé
par un avocat israélien en vue de la dissolution du NDR au motif
que ses trois députés se sont rendus en Syrie et au Liban
l’automne dernier et que le parti recherche la destruction
d’Israël. Il y a eu, en outre, des appels émanant de l’hémicycle
pour annuler la citoyenneté israélienne de Bishara. Le Ministre
de l’Intérieur a le pouvoir de lancer un décret administratif
à cet effet contre tout citoyen, y compris des membres du
Parlement, dans la mesure où ce pouvoir prime sur l’immunité
parlementaire.
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L’auteur est un
journaliste palestinien
(Traduction
de l’anglais : Michel Ghys)

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