Zeev Sternhell est né en Pologne il y a 73
ans. A l’âge de 5 ans, peu après le début de la deuxième Guerre
mondiale, il a perdu son père, puis à 7 ans, sa mère et sa sœur.
Sternhell fut un enfant dont on faisait la chasse dans le
ghetto. Après s’être échappé du ghetto, il a survécu à la Shoah
grâce à son courage et ses ressources, forcé de cacher ou même
de changer d’identité.
Immédiatement après la guerre, il est arrivé
seul en France où il connut l’esprit des Lumières qui le
fascina. Néanmoins, l’adolescent de 15 ans décida de quitter la
France et d’immigrer seul en Israël. Il le fit car il
considérait la création de l’Etat d’Israël comme un miracle.
Sternhell voulait faire partie de ce miracle [[Ari Shavit se
réfère ici au passionnant
entretien que lui avait accordé Sternhell il y a quelques
mois où, en veine de confidences, ce qui est rare chez lui, il
lui avait raconté sa vie et ses engagements.
Si Israël devait un jour soumettre une
plaidoirie face au tribunal de l’histoire, l’histoire de la vie
de Sternhell dirait tout ce qu’il y a à dire. Il n’a jamais
exploité son passé, n’a jamais demandé aucune complaisance. Mais
ce passé a souligné le fait que sa biographie est celle de l’israélianité
dans ce qu’elle a de meilleur. Biographie d’un officier
combattant hautement motivé devenu historien de renommée
internationale, spécialiste des racines du fascisme. Biographie
d’un patriote israélien qui a combattu sans relâche
l’occupation. Biographie d’un sioniste qui a essayé de soigner
les maux d’une société très malade créée par le sionisme dans ce
pays.
Hier, au petit matin, les maux de la société
israélienne ont placé un engin piégé à l’entrée du domicile de
Sternhell. Une main mauvaise venue du plus profond de l’ombre.
De nouveaux sicaires, les extrémistes juifs de l’époque du
Second Temple, ont tenté de lever la main contre l’un des
citoyens d’Israël les plus nobles, les plus éthiques. Des
terroristes juifs ont voulu utiliser la bombe pour faire taire
une voix de la démocratie israélienne qui menait le combat
contre eux.
L’engin était petit, l’horreur est grande. 25
ans après avoir lancé une grenade sur Emil Grunzweig lors d’une
manifestation de Shalom Arshav (La Paix Maintenant), la droite
folle est revenue. 13 ans après avoir tiré dans le dos d’Itzhak
Rabin, le fascisme israélien a encore frappé.
Ces dingues, parfaitement conscients d’avoir
perdu la bataille pour le Grand Israël, ont une fois de plus
commis un acte désespéré de banditisme. Les zélotes, qui savent
qu’ils ont aussi perdu le combat pour gagner le cœur du peuple
juif, ont commis un acte terroriste contre l’esprit des Lumières
que Sternhell a toujours incarné.
L’ironie du sort n’a rien de bon. L’homme
dont la maison avait été détruite par le fascisme européen a été
attaqué à l’entrée de son domicile par le fascisme israélien.
L’historien qui a consacré sa vie à l’étude des fondements du
fascisme a été attaqué au beau milieu de la nuit par la force
obscure du fascisme moderne. Un Israélien dont l’amour pour
Israël est sans limites a été attaqué par des Israéliens sans
limites. De vrais traîtres à Israël ont tenté d’assassiner l’un
de ses membres les plus authentiques. L’attentat était amateur
et imbécile, mais ce n’était pas un hasard.
Sternhell était ciblé parce qu’il disait la
vérité aux post-sionistes violents des collines. Il leur disait
qu’ils ne représentaient pas le sionisme, mais une mutation du
sionisme. Il leur disait qu’ils n’incarnaient pas l’isaélianité,
mais la brutalisation de l’israélianité.
Il ne faut pas généraliser. Toute la droite
n’est pas responsable. Elle a de nombreuses nuances, la plupart
légitimes. Mais le courant illégitime de la droite représente un
problème national de la plus haute importance. Même un petit
camp de rebelles au royaume peut détruire le royaume.
La conclusion est claire. Le gouvernement a
le devoir d’agir immédiatement et résolument pour assécher les
marécages où se développe le terrorisme juif. La reproduction à
Jérusalem de types de comportement qui caractérisent la colonie
extrémiste d’Yitzhar prouve que nous ne pouvons plus attendre.
Israël doit marginaliser ces éléments
marginaux. Les hors-la-loi doivent être mis hors la loi. Il doit
revenir au nationalisme anti-fasciste du grand combattant contre
le fascisme. Il doit prouver qu’il est l’Israël de Sternhell, et
non celui d’Yitzhar.