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Tlaxcala
États-Unis
ou… bêtas unis ?
Anwaar Hussain
10 octobre 2006
La plupart des Usaméricains
[à peu de choses près, on pourra lire ce texte en remplaçant «
Usaméricains » par « Français », NDT] ignorent qu'en novembre
1999, lorsque George W. Bush, qui était alors le candidat Républicain
et le favori dans la course aux élections présidentielles des
USA, fut soumis à un petit quizz de politique étrangère par une
télévision de Boston, il s'avéra qu'il ignorait le nom de deux
dirigeants, parmi d'autres, qui représentaient environ un cinquième
de l'humanité... les dirigeants du Pakistan et de l'Inde.
La plupart des
Usaméricains ignorent que tel était le niveau des
connaissances d'un homme sur le point de se voir lâché dans la
nature aux commandes de la plus imposante machinerie militaire du
plus puissant pays de la planète Terre.
La plupart des
Usaméricains ignorent que la politique étrangère de
leur pays est otage du bien-être de l'État d'Israël depuis
environ quatre décennies, et que l'on peut relier toutes les
crises mondiales majeures, y compris la prétendue "guerre
contre le terrorisme", au conflit israélo-palestinien et au
rôle radicalement pro-israélien qu'y endossent les USA.
La plupart des
Usaméricains ignorent qu'une large part des experts
diplomatiques et militaires des USA considèrent depuis longtemps
que le soutien usaméricain à Israël est souvent contraire aux
intérêts usaméricains, et en fait les affecte profondément.
La plupart des
Usaméricains ignorent que cette allégeance aveugle au
petit État d'Israël non seulement met en danger de manière
accrue des vies usaméricaines, mais aussi dégrade les relations
des USA avec le milliard deux cents millions de musulmans qui
vivent à travers le monde, et prive les USA de ressources sérieusement
nécessaires pour leurs besoins intérieurs afin de mener une
fantasmatique "guerre contre le terrorisme", qui est
contraire aux principes usaméricains d'égalité, de démocratie
et de justice [1].
En fait, la plupart des
Usaméricains ne connaissent pas même le B.A.BA du conflit israélo-palestinien.
Jugez plutôt :
La plupart des
Usaméricains ignorent que pendant 2000 ans, il n'y a eu
aucun conflit et que le territoire de la Palestine était habité
par des Arabes palestiniens, qui en 1850 étaient musulmans à
80%, chrétiens à 15%, et juifs à seulement 5%, et qui avaient vécu
en bonne entente pendant des siècles [puisque se reconnaissant
avant tout dans une identité commune de "Gens de la Terre
Sainte", voir à ce sujet l'excellent livre de l'historien
palestinien Elias Sanbar "Figures du Palestinien", NDT].
La plupart des
Usaméricains ignorent que c'est à la fin du XIXe siècle,
en Europe, qu'une minorité fanatique de la population juive
mondiale, constituée de ceux que l'on nomme les
"sionistes" [2], décida de coloniser ce territoire pour
y créer un foyer national juif; les sionistes envisagèrent
d'abord de l'établir en Afrique ou en Amérique du Sud, avant
d'arrêter leur choix sur la Palestine.
La plupart des
Usaméricains ignorent que l'immigration de juifs en
Palestine ne créa d'abord aucun problème, mais que c'est
lorsqu'il apparut clairement que le projet du groupe extrémiste
était un État exclusivement juif, que les combats entre
sionistes et Palestiniens éclatèrent, en vagues de violence de
plus en plus virulentes.
La plupart des
Usaméricains ignorent que, lorsqu'en 1947 les Nations
Unies finirent par se résoudre à intervenir, sous pression
considérable de sionistes usaméricains haut placés [3], elles
divisèrent la Palestine au hasard [4], plutôt que de se
conformer au principe démocratique de l' "autodétermination
des peuples" [5], et elles finirent par accorder 55% de la
Palestine à un État juif – en dépit du fait que les juifs ne
représentaient alors qu'environ 30% de la population totale, et
ne possédaient [juridiquement parlant, NDT] même pas 7% du
territoire.
La plupart des
Usaméricains ignorent que, lorsqu'éclata l'inévitable
guerre de 1948 entre Arabes [6] et Israéliens, l'armée sioniste
était composée de 90 000 soldats entraînés en Europe [7] et
possédait un armement moderne, qui incluait des avions de chasse
et des avions bombardiers dernier cri, alors que les forces
arabes, pour ainsi dire une armée du Tiers-Monde, étaient
constituées d'environ 30 000 hommes mal équipés et fort peu
entraînés, ce qui ne laissait planer que peu de doute sur
l'issue de la guerre.
La plupart des
Usaméricains ignorent qu'à la fin de cette guerre, l'État
juif, qui se nomma dès lors lui-même "Israël" [8],
avait conquis 78% de la Palestine – bien plus que ce qui avait
été offert par le généreux plan de partition des Nations Unies
– et qu'environ 750 000 Palestiniens étaient devenus des réfugiés;
ils ignorent que plus de 400 villes et villages avaient été rasés
et que l'on dessinait une nouvelle carte, sur laquelle la moindre
localité, la moindre rivière, le moindre monticule recevrait un
nouveau nom, un nom hébreu, et qu'en accord avec un tel projet,
toutes les traces de la culture palestinienne seraient effacées;
ils ignorent que, dans les faits, Israël (et les USA à sa suite)
a nié pendant des décennies l'existence même de cette
population, ce que Golda Meir [qui fut Premier Ministre d'Israël,
NDT] proclama un jour en disant : « Un Palestinien ? Il n'y a
jamais rien eu de tel ! » [9]
La plupart des
Usaméricains ignorent qu'au cours de la Guerre des Six
Jours en 1967, Israël conquit encore plus de terres et occupa les
22% de la Palestine qu'il avait délaissés en 1948 : la
Cisjordanie et la Bande de Gaza; ils ignorent qu'Israël occupa également
des terres appartenant à l'Égypte (qui furent ensuite restituées)
et à la Syrie (qui sont encore sous occupation).
La plupart des
Usaméricains ignorent qu'actuellement, des deux problèmes
essentiels de ce conflit moyen-oriental qui persiste et s'accroît,
le premier réside dans la tentative, inéluctablement nuisible,
menée par le groupe sioniste d'origine coloniale, de maintenir un
État à préférence ethnique sur un territoire où vivaient
jadis 95% de musulmans et de chrétiens, qui ne sont pas autorisés
à retourner chez eux, dans l'actuel "État juif",
puisque les négociateurs israéliens refusent ne seraient-ce que
de discuter, lors des négociations de paix, de la possibilité
d'appliquer ce droit au retour garanti par les Nations Unies.
La plupart des
Usaméricains ignorent que le second problème majeur réside
dans la confiscation perpétrée par Israël de territoires
palestiniens en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, et dans la résistance
palestinienne face à cette confiscation; ils ignorent que ce sont
justement ces territoires occupés qui, selon les accords de paix
d'Oslo signés en 1993, devaient devenir un État palestinien, et
que c'est parce qu'Israël a continué à annexer des terres dans
cette zone et à y implanter des citoyens israéliens [10] que la
population palestinienne s'est rebellée et que cette révolte
nommée "Intifada" (ce qui en arabe signifie "soulèvement")
a commencé fin septembre 2000 et continue actuellement. [11]
La plupart des
Usaméricains ignorent que, depuis le début de cette
Intifada, 121 enfants israéliens ont été tués par des
Palestiniens, 786 enfants palestiniens ont été tués par des
Israéliens, 1084 Israéliens et 4171 Palestiniens ont été tués,
7633 Israéliens et 30670 Palestiniens ont été blessés, et que
zéro maisons israéliennes ont été détruites par des
Palestiniens tandis que 4170 maisons palestiniennes ont été détruites
par Israël.
La plupart des
Usaméricains ignorent que les USA donnent 15 139 178
dollars par jour au gouvernement et à l'armée d'Israël [12], et
232 290 dollars par jour aux ONG palestiniennes; ils ignorent que
le taux de chômage est de 8,9% en Israël et qu'il est estimé
entre 25% et 31% pour les Palestiniens.
La plupart des
Usaméricains ignorent que seul un Israélien est retenu
prisonnier par les Palestiniens, alors que 9599 Palestiniens sont
actuellement emprisonnés par Israël; ils ignorent que plus de 60
nouvelles colonies réservées aux seuls juifs ont été
construites sur des terres palestiniennes annexées, entre mars
2001 et le 11 juillet 2003, et qu’on n’a [évidemment, NDT]
jamais constaté une confiscation de terres israéliennes ou une
construction de colonies par des Palestiniens.
La plupart des
Usaméricains ignorent que tous les juifs du monde ne
soutiennent pas la politique nocive du groupe sioniste qui dirige
l'État d'Israël, et que d'ailleurs, sans remonter loin dans le
temps, le 21 septembre dernier, un groupe de rabbins juifs
orthodoxes anti-sionistes a rencontré le président iranien
Ahmadinejad afin de discuter de sujets d'intérêt commun.
Par dessus tout, la
plupart des Usaméricains ignorent que les Nations Unies ont voté
65 résolutions contre Israël et son passé sanglant, et aucune
contre les Palestiniens.
Alors, si la plupart des
Usaméricains ne savent pas ce que les Usaméricains doivent
savoir, la majeure partie du monde devrait-elle à présent nommer
"Bêtas-Unis" les Etats-Unis ?
Remerciements : je suis
profondément débiteur envers les administrateurs du site web
"Si les Américains savaient" (http://www.ifamericansknew.org/index.html);
je me suis solidement basé sur leurs recherches, et ils ont fait
leur l'objectif d' "informer et éduquer le grand public usaméricain
sur des sujets d'importance majeure qui sont passés sous silence,
sous-représentés ou déformés dans les médias usaméricains."
Ils veulent faire savoir que "Nous, Usaméricains, par notre
chèque en blanc donné à Israël, renforçons les éléments les
plus détestables de la société israélienne et sapons les
efforts de ceux qui travaillent à une nation juste, en paix et
non discriminatoire. Nous sommes cause de violence dans cette région.
Nous pouvons la faire cesser."
Chapeau à ces chercheurs de vérité.
Sources:
http://www.ifamericansknew.org/
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/americas/506298.stm
http://www.nkusa.org/index.cfm
Notes du traducteur
[1] "fairplay"
dans l'original
[2] Il convient cependant de signaler au lecteur que, certes tous
les juifs ne sont pas sionistes, loin de là, mais qu'également,
tous les sionistes ne sont pas juifs, loin de là également ! Par
exemple, nombre de sionistes usaméricains sont des chrétiens
fondamentalistes. Ce qui explique que l'on puisse être sioniste
et... antisémite.
[3] Au premier rang desquels le Président Harry Truman, qui
s'opposa, lors des négociations préliminaires au vote de la résolution
de partage à l'ONU, à Loy Henderson « directeur du Bureau du
Proche-Orient et de l'Afrique au Département d'État, et
directement responsable de la question palestinienne, [qui] était
l'oracle de Marshall dans le conflit ». Le secrétaire d'État
George Marshall qui était un « esprit totalement dénué d'a
priori et uniquement préoccupé par les intérêts américains »,
et dont Ilan Pappé dit que « il est probable qu'il aurait [sans
« la ferme consigne » de Truman] évolué vers la solution
binationale ».
Citations extraites de Ilan Pappé « La guerre de 1948 en
Palestine » Ed. 10-18, p. 60
[4] Il ne s'agit là, selon toute probabilité, que d'une formule
rhétorique de la part de l'auteur, qui n'ignore évidemment pas
que « le hasard fait bien les choses », et que la partition,
pour déraisonnable qu'elle paraisse du point de vue (carto)graphique
(et bien-sûr du point de vue palestinien), a fait l'objet d'un
lobbying sioniste intense pour que l'État d'Israël bénéficie
le plus possible des ressources naturelles (terres fertiles, façade
maritime, eau douce) et artificielles (infrastructures construites
ou améliorées par la puissance mandataire britannique, comme par
exemple le port de Haïfa, seul port moderne d'Israël à l'époque)
de la Palestine.
[5] Principe qui figure dans la Charte des Nations Unies. Selon la
juriste Monique Chemillier-Gendreau, « aucun doute ne plane sur
le fait que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes soit »
« considéré comme une règle de droit impératif général.
Cette catégorie [de droit] est celle qui se trouve placée
au-dessus de toutes les autres. La convention de Vienne sur le
droit des traités du 29 mai 1969 l'officialise. »
Citation extraite de Monique Chemillier-Gendreau « Le droit au
secours de la paix en Palestine » ( http://confluences.ifrance.com/textes/26chemillier.htm
)
[6] Il s'agit bien d'une guerre entre Arabes et Israéliens, et
non entre Palestiniens et Israéliens, car les Palestiniens n'y
eurent, tous comptes faits, qu'un rôle très marginal.
Voir à ce sujet Ilan Pappé « La guerre de 1948 en Palestine ».
[7] Entraînés en Europe, certes, mais pas précisément en vue
de cette guerre israélo-arabe ! Étaient notamment entraînés
ceux qui avaient déjà combattu lors de la Seconde guerre
mondiale dans les armées alliées.
[8] Déclaration d'indépendance de l'État d'Israël le 14 mai
1948, et fin du mandat britannique le 15 mai 1948.
[9] « There is no such thing as a Palestinian. »
[10] Ce qui est bien sûr rigoureusement illégal et criminel au
regard du droit international (parmi la multitude d'actes illégaux
et criminels perpétrés par Israël...).
[11] On parle souvent à son propos de « seconde Intifada », la
première ayant débuté fin 1987 - début 1988.
[12] En gros, le soutien financier usaméricain à Israël se
chiffre aux environs de 110 milliards de dollars depuis 1948.
Fountainhead
Traduit
de l’anglais en français par Xavier Rabilloud et révisé par
Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es).
Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute
reproduction, à condition de respecter son intégrité et de
mentionner auteurs et sources. URL de cet article :
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