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Analyse
L'identité nationale ... Pour un même
devenir
Antoine Bracq
Lundi 7 décembre 2009 S'il est une question
d'actualité à coté de laquelle il n'est pas possible de passer,
en cette fin d'année 2009, c'est bien celle de
l'Identité Nationale.
Arrivé avec les premiers frimas de l'automne, ce vaste et
controversé sujet est soudainement réapparu sous les feux de
l'actualité médiatico-politique française, provoquant les remous
partisans et passionnés habituels dans le cadre des faits de
société sensibles.
Ce thème avait été un sujet central dans la
campagne des 2 derniers candidats aux présidentielles et on le
croyait entré en sommeil depuis la création d'un ministère
dédié, en mai 2007.
C'est, comme chacun sait, Eric BESSON, en
charge du ministère " de
l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale",
qui a relancé le débat en annonçant, le 25 octobre dernier,
qu'il souhaitait mettre en place une grande consultation au
niveau national dans le but de (sic)
"réaffirmer les valeurs
de l'Identité Nationale et la fierté d'être français".
La réflexion sur cette consultation s'est
développée à partir de 2 sources : d'abord un rapport du Haut
Comité à l'Immigration datant d'avril 2009, intitulé
"Faire connaître les
valeurs de la République", ainsi qu'un rapport parlementaire
sur "Le respect des
symboles de la République", rédigé suite aux incidents du
match France-Tunisie d'octobre 2008 pendant lequel la
Marseillaise avait été sifflée par une partie du public.
Cette consultation est organisée
localement, sous l'autorité des préfets, auprès (sic)
"des forces vives de la
nation", mais également, modernité oblige, sur le net (site:
debatidentitenationale.fr)
et doit répondre à la question "
Pour vous qu'est ce
qu'être Français ? " :
Il est à noter que primitivement une
seconde question venait compléter la première, qui était "Quel
est l'apport de l'immigration à l'identité nationale ?".
Elle a, semble-t-il aujourd'hui, été abandonnée, dont acte.
Ce "grand débat" se clôturera le 4 février
2010 par un colloque au cours duquel le ministre BESSON
présentera une synthèse des travaux et vraisemblablement les
orientations qu'il sera amené à préconiser.
Indépendamment des enjeux et des stratégies
purement politiques qui ne manquent et ne manqueront pas de
perturber ce débat, surtout à quelques mois des élections
régionales, il va de soi que les thèmes abordés ne peuvent pas
laisser indifférents tout citoyen attentif aux mouvements de
fond qui animent notre société.
1/
De quoi s'agit il ?
Qu'est ce que l'Identité Nationale ?
Succinctement, on pourrait considérer qu'il s'agit d'un
sentiment d'appartenance et d'identification dans une structure
collective, la Nation, qui rassemble une communauté d'individus
autour de références communes.
Mais cette définition nécessite d'être
approfondie ne serait-ce que par le constat que le sentiment
d'Identité Nationale n'est pas ressenti de la même façon ni avec
la même intensité suivant
l'aire géographique dans laquelle on le vit.
Ceci tout simplement parce qu'il est le
résultat d'une culture et d'une histoire spécifiques, propre à
chaque nation, jalonnées d'éléments historiques précis qui sont
autant de points de référence communs à ceux qui se réclament de
cette culture.
On s'aperçoit à ce niveau que l'Identité
Nationale, avant même d'être un élément structurant de nos
sociétés contemporaines, est le fruit d'une évolution dans le
temps, fonction du contexte historique dans lequel chaque nation
s'est développée. On pourrait ainsi considérer qu'il existe un
quasi évolutionnisme du concept d'Identité Nationale qui
représenterait alors la capacité d'un peuple à s'adapter, à se
fédérer et à rester uni, voire même à devenir plus fort, au gré
des bouleversements qui marquent son histoire.
Il en est ainsi en France puisque c'est sur
ce concept que s'est construit à travers les siècles ce que nous
considérons, avec beaucoup d'orgueil, comme un modèle de
démocratie républicaine promouvant le respect des droits de
l'Homme et du Citoyen sous la bannière de la Liberté, de
l'Egalité et de la Fraternité.
Pour autant, cette notion d'Identité
Nationale, qui a bâti notre conscience collective et a fait ce
que notre nation est devenue, est-elle aujourd'hui garante de la
pérennité du sentiment de
cohésion nationale ?
Car la notion d'Identité Nationale ne se
décrète pas, elle est ou elle n'est pas, on la ressent ou on ne
la ressent pas, elle est le reflet de l'adhésion ou non à un
tout cohérent dans lequel on se reconnaît. Si tel n'est pas le
cas, la cohérence du tout disparaît et remet en question la
structure même du système dans lequel on vit.
Le fait que l'on soit aujourd'hui amené à
s'interroger sur la notion d'Identité Nationale et sur la "fierté
d'être français" ne révèle-t-il pas une citoyenneté en crise
et l'émergence d'un désordre tendant à remettre en question, à
terme, la nature une et indivisible de notre nation ?
2/
Que se passe-t-il ?
On a vu que la notion d'Identité Nationale
est le fait d'une évolution dans le temps. A ce titre elle se
réfère autant à un passé historique, qu'à un présent, voire à un
futur, et à la capacité de la nation et de ses représentants à
s'adapter à cette évolution.
A l'inverse, on pourrait considérer que les
éventuels dysfonctionnements liés à ce concept seraient la
traduction d'une distorsion entre la notion d'Identité Nationale
telle qu'on voudrait qu'elle soit et une réalité sociétale
beaucoup plus mitigée.
Cette distorsion pourrait s'expliquer par
le fait qu'une spécificité de notre culture, à savoir la
conception humaniste d'un "Homme Universel", c'est-à-dire sans
différence, sans distinction, égal aux autres en droit parce
qu'identique aux autres par nature, marquerait aujourd'hui ses
limites dans le cadre d'une société multi-ethnique
multi-culturelle issue des contre coups de la colonisation et à
laquelle nous n'aurions su ni nous préparer ni nous adapter.
Cette valeur fondamentale, l'Universalisme,
qui a permis historiquement à notre pays de se développer comme
un véritable Etat-nation démocratique, pourrait alors révéler
une faiblesse, celle de la difficulté à assimiler la différence
puisque celle-ci est niée de fait par notre système de pensée.
Mais si cet effet pervers peut révéler
certaines limites quant à notre "adaptabilité nationale" il ne
justifie pas à lui seul les manquements et les dérives du
principe de l'intégration.
Qu'est ce que l'intégration
? C'est la capacité d'un individu, ou d'un ensemble d'individus,
à devenir membre d'un groupe plus vaste auquel il n'appartenait
pas, ceci par l'adoption des normes et des valeurs propres à ce
groupe. Elle est la traduction d'une volonté active de s'insérer
et de s'adapter et les exemples ne manquent pas de la réussite
de cette notion.
Néanmoins, pour que le système fonctionne,
il faut la conjonction d'un certain nombre d'éléments
favorables.
Il faut tout d'abord la présence active
d'instances formatrices (la famille, l'école), destinées à
apporter les normes de socialisation et à fixer les obligations
reliant les individus entre eux.
Il faut ensuite le respect d'une contrainte
forte, celle de la loi, afin d'éviter les déviances et
l'incivilité, facteur de désorganisation sociale (l'anomie
définie par Emile DURKEIM).
Il faut également un environnement socio
économique favorisant l'émancipation, notamment par l'apport
d'une reconnaissance individuelle à travers le travail, pris
comme signe de normalité.
Il faut enfin une volonté claire et
affirmée de se fondre dans une identité commune, qui, sans aller
jusqu'à "l'acculturation", c'est-à-dire l'abandon définitif de
ses racines et de ses origines, permet
de créer un lien fort avec le pays d'accueil, c'est
l'adhésion à l'Identité Nationale.
Il va de soi, a contrario, que si l'on fait
s'entrechoquer 1/
les effets d'une situation économique génératrice de pauvreté et
d'exclusion, 2/ les
errances d'un système éducatif empêtré dans ses contradictions
(oui ou non à l'école inégalitaire) et incapable de résoudre le
problème de l'échec scolaire,
3/ la démission de
l'autorité parentale, 4/
un contexte de développement urbanistique mal maitrisé
générateur de morcellement social et de ghettoïsation renforçant
l'effet de communautés, alors on obtient la situation que l'on
connaît aujourd'hui, faisant qu'une frange de la population ne
se reconnait pas dans l'image générique idéale qu'est l'Identité
Nationale, s'excluant de fait de tout projet commun.
On le voit l'Identité Nationale, si elle
peut être un sentiment fédérateur puissant, n'est pas pour
autant une fin en soi. Elle n'est qu'une composante d'une notion
bien plus vaste qui est celle de la
cohésion
nationale, élément
de convergence
tendant, lui, à solidariser les différentes couches de la
population, quelles que soient leurs origines, autour d'un même
devenir.
La
cohésion nationale ne se construit pas tant au regard d'une
histoire et d'un passé commun qu'en fonction d'un avenir porteur
d'une dynamique de projet et de réussite, c'est alors le
sentiment de solidarité propre à ceux qui partagent les mêmes
peines, les mêmes souffrances mais également les mêmes espoirs,
qui devient alors le scellement de l'harmonie communautaire.
Ce qu'il faut à notre nation aujourd'hui ce n'est pas consolider
les références à une identité issue d'un passé glorieux mais
bien construire un avenir porteur d'espérance pour tous, alors
chacun se retrouvera dans la fierté d'appartenir et de
participer à ce projet.
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