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RIA Novosti
Tzipi Livni saura-t-elle se montrer à la
hauteur ?
Andreï Mourtazine

Photo RIA Novosti
22 septembre 2008
La chef de la diplomatie israélienne, Tzipi Livni, a été élue
à la tête de Kadima, le parti au pouvoir, en dépassant de
justesse (seulement 2%) son adversaire, le ministre des
Transports, Shaul Mofaz. Elle a désormais toutes les chances de
devenir le nouveau premier ministre du pays.
Si cela arrive, Livni sera la première femme à diriger l'État
hébreu depuis Golda Meir, qui était restée à la tête d'Israël de
1969 à 1974. L'actuel chef du gouvernement, Ehud Olmert,
soupçonné de corruption, a refusé de se porter candidat et a
promis de démissionner après les élections.
Par la suite, Tzipi Livni devra, en l'espace de 42 jours,
former son cabinet, et pour ce faire, il lui faudra retenir
autour du parti Kadima la majorité parlementaire au pouvoir.
Sinon des élections législatives anticipées devront être
organisées dans le pays.
C'est le premier ministre Ariel Sharon qui a amené Tzipi
Livni à la grande politique: en 1999, elle devient députée à la
Knesset puis ministre de la Coopération régionale et enfin
ministre israélienne des Affaires étrangères en 2006.
La juriste et femme politique quinquagénaire, saura-t-elle
devenir une deuxième Golda Meir, tant au niveau de sa longévité
au poste de premier ministre que par rapport au respect
qu'éprouvait la société pour sa prédécesseur? Nombreux sont ceux
qui estiment qu'elle a de grandes chances d'y parvenir.
Premièrement, Livni jouit pour l'instant d'une réputation sans
tâche. A la différence de l'actuel chef du gouvernement, Ehud
Olmert, ainsi que des anciens premiers ministres Ariel Sharon et
Benyamin Netanyahou, le nom de Livni n'a jamais été évoqué dans
des scandales financiers ou sexuels en Israël. Deuxièmement,
Tzipi Livni a déjà cumulé une expérience politique non
négligeable grâce à son poste de ministre des Affaires
étrangères. Troisièmement, elle a servi dans les services de
renseignement israéliens (le Mossad). On parle peu de cette
période de sa vie, mais selon la presse américaine, au début des
années 1980, elle aurait participé à des "opérations de
neutralisation des combattants terroristes arabes".
Cependant, en dépit de son passé militaire, Livni n'est pas
considérée comme le "faucon" de Sharon mais comme la "colombe"
d'Olmert. Le prénom même de Tzipi signifie "oiseau" en hébreu.
Or, ceux qui connaissent personnellement cet "oiseau" la
qualifient de femme forte et déterminée à réaliser ses
objectifs. Livni sait se tenir en public, elle sait convaincre
ses interlocuteurs et son auditoire. Tout cela signifie, par
ailleurs, qu'un beau jour, cette "colombe" pourrait bien se
transformer en "faucon". Cela dépendra de plusieurs facteurs,
tant intérieurs qu'extérieurs.
Jusqu'à présent, en occupant le poste de ministre des
Affaires étrangères, Tzipi Livni appliquait la politique
extérieure "modérée" d'Ehud Olmert. Elle continuera sans doute
dans l'avenir si les extrémistes palestiniens ou libanais ne
poussent pas Israël, au moyen de provocations, à engager une
nouvelle guerre. Concernant les négociations avec les
Palestiniens, la position d'Israël diffère guère de celle des
Etats-Unis jusqu'à présent, et elle restera sans doute la même.
Il s'agit de soutenir l'idée de créer un Etat palestinien en
Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Tzipi Livni est prête à
dialoguer uniquement avec l'Autorité palestinienne de Mahmoud
Abbas et refuse catégoriquement tout contact avec le Hamas.
Un accord de paix transitoire aves les Palestiniens (le
président américain George W. Bush et la secrétaire d'Etat
américaine Condoleezza Rice l'ont plusieurs fois déclaré)
pourrait théoriquement être conclu avant la fin de l'année,
c'est-à-dire, sous l'actuelle administration de la Maison
Blanche, mais même si cela arrive, il s'agira d'un accord avec
Abbas et non avec le Hamas.
Ce qui signifie que les perspectives de paix en matière de
négociations avec les Palestiniens restent extrêmement floues
même avec un nouveau premier ministre. Il en va de même pour les
Syriens. Il est peu probable que Tzipi Livni parvienne à
convaincre la société israélienne de rendre à Damas les hauteurs
du Golan, occupées par Israël depuis la guerre de 1967. Même si
"l'oiseau" essaie de le faire elle-même, cela lui sera
impossible, car il sera nécessaire d'obtenir l'assentiment de la
Knesset. (En Israël, le premier ministre n'a pas le droit de
décider en toute indépendance, sans demander l'avis du
parlement, des questions de guerre et de paix). Seuls des
leaders charismatiques comme feu le premier ministre Yitzhak
Rabin ou Ariel Sharon, qui se trouve toujours dans le coma,
étaient capables de convaincre la Knesset de céder des
territoires.
Dans les rapports avec la Russie, Tzipi Livni s'en tiendra
sans doute à la politique actuelle, visant à développer des
relations économiques, politiques et culturelles bilatérales.
Par ailleurs, Tel-Aviv poursuivra ses tentatives pour persuader
Moscou de suspendre sa coopération avec l'Iran et la Syrie, en
particulier dans le domaine militaire et énergétique.
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la
stricte responsabilité de l'auteur.
© 2008 RIA
Novosti
Publié le 24 septembre 2008
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