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L'Aut'Journal
Reconstruire l'OLP en
Palestine
André Le Corre

Jamalat Abou Youssef - Photo L'Aut'Journal
3 octobre 2007
Fille d’une famille paysanne palestinienne, Jamalat
Abou Youssef est née à Helhoul, près d’Hébron, en 1962.
En Palestine, elle a participé à de nombreuses luttes populaires
et se définit comme une militante indépendante de la gauche
palestinienne.
Mariée à un militant français rencontré en Palestine au début
de la deuxième Intifada, elle vit maintenant en France depuis
quelques années tout en gardant des contacts étroits avec son
pays d’origine.
Nous avons pu rencontrer Jamalat Abou Youssef lors de son récent
passage au Québec où elle séjournait à l’invitation de
l’association PAJU (Palestiniens et Juifs unis).
Nous ne pouvons commencer cet entretien sans aborder la
situation de Gaza qu’Israël vient de déclarer «Entité
ennemie».
Jamalat : Israël ne parle plus maintenant
d’une défense contre de «présumés terroristes» mais décrit
Gaza comme une «Entité ennemie» ce qui lui permettrait
d’intervenir sans tenir compte des lois internationales qui régissent
l’administration de territoires occupés.
En réalité, Gaza n’est en aucune façon une entité ennemie. Même
si en 2005, Israël a retiré son armée d’occupation, il n’en
contrôle pas moins tous les accès, par terre, air ou mer ainsi
que la distribution de l’eau, de l’électricité, des
marchandises et des personnes.
Même les Américains qui pensent à la future conférence de paix
en novembre prochain ont déconseillé à Israël par l’intermédiaire
de Condoleeza Rice de provoquer ce qui serait une catastrophe
humanitaire. (Il y a 1,5 million de personnes dans cette prison à
ciel ouvert que constitue Gaza).
L’aut’journal : Quelle est la situation actuelle de la
population palestinienne?
Jamalat : Elle est des plus obscure car
s’ajoute maintenant aux problèmes que posent le blocage économique
et les entraves à la circulation des biens et des personnes le
fait qu’il n’y a pas une direction unique avec la division
Fatah-Hamas.
De plus, les forces de la nouvelle sécurité contribuent à
opprimer le peuple et agissent en alliés objectifs des Israéliens.
Il en résulte une démobilisation progressive de la population
sur le plan de la résistance à l’occupant. Chacun devient trop
préoccupé chaque jour davantage par une lutte pour survivre et
s’éloigne des revendications politiques. C’est une perte pour
la solidarité et un gain pour l’individualisme.
À mon avis la cause de cet état de fait provient de l’illusion
des Accords d’Oslo. Arafat, Abbas et la direction de l’OLP ont
accepté de signer un texte qui ne parlait pas d’occupation
coloniale, qui laissait tomber l’exigence du droit au retour des
réfugiés et qui donnait aux Palestiniens la responsabilité
d’assurer la sécurité de l’occupant.
Aucune des mesures prévues à cet accord n’a été appliquée
et le nombre de colonies en Cisjordanie n’a cessé
d’augmenter.
L’aut’journal : Jamalat, vous avez participé à la
formation des femmes, pouvez-vous nous décrire la situation des
femmes palestiniennes?
Jamalat : Il y a de nombreuses conséquences à
la faillite économique palestinienne concernant la place des
femmes et on peut dire qu’elles sont les plus frappées. Le
combat des femmes palestiniennes a toujours été lié au combat
pour la libération nationale.
Depuis les origines du problème palestinien et jusqu’à présent
leur participation a été variable. Après les accords d’Oslo,
la situation et le rôle des femmes palestiniennes se sont détériorés
au point de régresser. Nombre de leurs droits ont été ignorés
et des signes négatifs sont apparus comme, par exemple, la
recrudescence des mariages précoces (avant l’âge de dix-sept
ans).
En même temps, la société devenait plus conservatrice
concernant la libération des femmes. Le Hamas et d’autres
groupes religieux augmentaient leur pression sur l’éducation
des femmes. Elles étaient beaucoup plus nombreuses que par le
passé à porter le voile.
On retrouve une situation tribale, les femmes sont surveillées et
ne sont plus protégées par une Autorité palestinienne délinquante
et corrompue. Bien sûr, la situation des femmes est bien
meilleure à Ramallah où il y a plus de bourgeoises qu’à Gaza.
L’aut’journal : Vous avez déjà parlé de refondation
du projet national palestinien. Qu’entendez-vous par là ?
Jamalat : Ce dont le peuple palestinien a le plus
besoin aujourd’hui, c’est d’une alternative apte à diriger
la résistance et la lutte, car le peuple n’a pas d’autres
choix. Il faut une refondation du projet et des structures de la
lutte. Cela doit passer par une réorganisation ou répartition de
la résistance sous toutes ses formes ( politique, culturelle,
sociale, armée) à l’initiative de militants et cadres de la
gauche, du Fatah, du Hamas et d’autres partis qui feront le
choix de l’unité et des intérêts collectifs.
La condition pour y parvenir est de mettre un frein à la dépolitisation
et à l’individualisme, reconstruire la solidarité et établir
un consensus à la base, ce qu’aucun leader ne semble capable de
faire actuellement.
En résumé, il faut reconstruire l’OLP avec les Palestiniens de
1948 (en Israël), ceux de la Cisjordanie et de Gaza et ceux de la
diaspora.
L’aut’journal : Dans ces conditions, quelle aide
peuvent apporter les mouvements pro-palestinien à travers le
monde?
Jamalat : Les mouvements de solidarité
internationaux peuvent jouer un grand rôle pour soutenir la résistance
palestinienne, mais il faut qu’ils laissent les Palestiniens
choisir eux-mêmes les formes de résistance qui leur conviennent,
demeurer sur leur terre, développer eux-mêmes une indépendance
économique (plutôt qu’avec des ONG).
L’aide la plus significative serait de répondre à l’appel
lancé en Palestine par 172 syndicats et associations pour que
s’organise une campagne internationale de boycott et de désinvestissements
touchant tout ce qui est israélien.
Il y a actuellement 11 000 prisonniers politiques palestiniens
dans les prisons israéliennes, parmi lesquels des femmes et des
enfants. Il faut qu’ils et qu’elles ne soient pas oubliéEs.
Les commémorations du 60ème anniversaire de la NAKBA
(catastrophe) devront faire l’objet d’initiatives
internationales en 2008 pour rappeler les massacres des
Palestiniens par les groupes armés israéliens en 1948 et
l’exode de 600 000 Palestiniens qui en a résulté.
Le peuple palestinien a besoin d’une solidarité qui exprime un
clair soutien politique à sa résistance à ses droits nationaux
et qui aide les initiatives locales qui visent à lutter contre
les effets désastreux des illusions d’Oslo, contre la
frustration consécutives aux échecs répétés, contre la
mentalité fataliste produite par la corruption, contre les
tentatives de repli individuel.
Propos
recueillis par André Le Corre.
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