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Yediot Aharonot
Danger : espoir
Amnon Toledano
[pourquoi avoir moins peur d'une
nouvelle guerre que de perspectives de paix? Analyse psychologique
de la peur d'espérer]
Yediot Aharonot, 9 septembre 2006
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant
Le désir de l'opinion, largement exprimé, de s'embarquer dans
une nouvelle guerre au Liban est étonnant, et suscite un certain
nombre de questions : pourquoi la réaction à l'échec du
processus de paix est-il considéré comme un retour à la
"lucidité", alors que la réaction à l'échec de la
guerre est le désir d'un autre round, plutôt qu'un retour à la
"lucidité" face à l'option de la guerre?
Comment une nation tout entière peut-elle tenir pour acquises les
morts inévitables qui résulteront de la prochaine guerre, alors
que le deuil de ceux qui sont tombés lors de la dernière guerre
vient à peine de commencer?
Comment se fait-il que la réaction à l'échec d'un processus de
paix ne soit pas de mieux se préparer pour de nouveaux
pourparlers, alors que la réaction à l'échec de la guerre est
de mieux se préparer pour la prochaine?
Il est bien évident qu'on ne peut pas comparer le coût de l'échec
d'une guerre à celui d'un processus de paix, parce que le coût
le plus lourd, dans cette dernière éventualité, serait l'option
de la guerre. Si nous adoptions un raisonnement rationnel, la
conclusion évidente serait de mener toujours plus de pourparlers
de paix, et d'éviter autant que possible la guerre, en
particulier après une guerre ratée.
Le match de boxe
L"expression terrible devenue depuis peu récurrente dans le
débat public, "un autre round", démontre elle aussi la
folie ,de la guerre. Bien que le terme de "round"
apparente la guerre à un match de boxe, elle renvoie à un cycle
infini et au fait que les coups ne sont pas dirigés seulement
vers l'adversaire, mais que la douleur est infligée aux deux
parties en guerre.
Pour expliquer ce phénomène de disproportionnalité entre le désir
de payer le prix terrible qu'exige la guerre et la peur que
suscite la poursuite de la paix, il faut aussi avoir recours à la
psychologie.
Quand nous anticipons une événement positif et qu'il ne se
produit pas, nous ressentons de la douleur et de la déception.
Des déceptions répétées nous font avoir peur de l'espoir,
parce que cet espoir incarne la déception, qui arrivera inévitablement.
Se préparer au pire
Nous préférons nous préparer au pire, pour ne pas ressentir la
douleur qui accompagne la déception. En nous préparant au pire,
nous avons un sentiment de contrôle et de préparation, alors que
l'espoir crée le sentiment que nous nous trouvons face à un
danger imminent.
Le pessimiste se décrira toujours comme un réaliste, et peut
facilement présenter l'optimiste comme un illusionniste.
Toutefois, la vie nous enseigne que celui qui gère le mieux sa
vie est en fait l'optimiste, le visionnaire qui ne craint pas la déception.
Eviter la perte et la déception
En 2002, Daniel Kahneman a reçu le prix Nobel d'économie pour
avoir démontré des similitudes dans certains processus de prise
de décision en économie. Kahneman a prouvé que la crainte de
subir une perte est beaucoup plus forte que la crainte de rater un
bénéfice. En clair, ce qui motive les hommes, c'est le désir d'éviter
la perte ou la déception.
Lorsqu'ils anticipent une guerre à venir, les hommes tendent à
repousser ceux qui tentent de créer un espoir de paix, parce que
l'existence même de cet espoir incarne la déception. Inévitablement,
ils préféreront ceux qui promettent une nouvelle guerre. Ceux-là
mêmes qui ne peuvent tout au plus que promettre que cette guerre,
qui doit donc éclater, sera gagnée.
N'ayez pas peur des issues favorables
La bonne nouvelle, c'est qu'il est possible d'enseigner aux gens
de ne pas avoir peur des issues positives. A l'ère du désespoir
et de la peur, c'est le rôle de nos dirigeants. Ils doivent avoir
le courage de présenter une vision de paix qui donne au peuple
une direction et l'assurance que nous pouvons émerger de la
situation actuelle.
Préparer une guerre susceptible d'éclater fait bien sûr partie
de notre réalité. Mais ce n'est pas une vision qui nous fait
avancer.
Nous demandons aux dirigeants israéliens de surmonter cette peur
d'espérer un avenir meilleur, et de proposer une vision de paix
en même temps que l'option de la guerre.
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