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Ha'aretz
L’Agence
Juive vous souhaite une joyeuse fête de l’Aïd El Fitr
Amiram
Barkat et Yoav Stern
Haaretz,
9 novembre 2006
www.haaretz.co.il/hasite/spages/785847.html
L’initiative de l’Agence Juive de réhabiliter et
de développer les localités arabes touchées lors de la guerre,
fait débat parmi les donateurs aux Etats-Unis – et ici, parmi
les Arabes.
A
l’occasion de la fête de Souccot, en Israël, l’Agence Juive
a offert l’entrée gratuite dans les jardins et les parcs
nationaux. Quelques jours plus tard, l’Agence Juive a organisé,
pour la première fois de son histoire, une opération comparable
pour les citoyens arabes. L’opération a été menée pour les
festivités de l’Aïd El Fitr, deux semaines avant que le
nouveau Ministre aux Affaires stratégiques ne déclare sa volonté
de faire des Arabes d’Israël des citoyens d’un Etat
palestinien.
Dans
les annonces publiées dans la presse en langue arabe, le mot
« guerre »
n’était pas prononcé. « L’Agence
était à vos côtés dans les moments difficiles », était-il
écrit, « Maintenant, en cette période de fêtes, l’Agence vous souhaite une
joyeuse fête ».
Au
sein de l’Agence, on explique que cela fait partie d’une
politique déclarée de ne pas faire de discrimination entre
citoyens juifs et non juifs. Le premier à s’être exprimé à
ce propos a été le président de l’Agence, Ze’ev Bielski,
dans une interview accordée à Haaretz,
il y a un an et demi, à l’occasion de son entrée en fonction.
« Je n’ai pas vu que
dans son titre complet d’Agence Juive pour la Terre d’Israël,
il était écrit qu’elle n’offrait assistance qu’à des
Juifs », disait-il alors.
Au
moment de la seconde guerre au Liban, l’Agence a investi une
soixantaine de millions de dollars dans des projets en faveur des
habitants du nord. Il est vrai que, selon les propres chiffres de
l’Agence, seuls 8% de ce montant ont été investis au profit
des habitants non juifs. Difficile de prétendre qu’un tel
partage des ressources soit équitable, mais il ne fait néanmoins
pas de doute qu’il s’agit d’un changement ayant des répercussions
à long terme, en comparaison avec les prédécesseurs de Bielski
à son poste, qui n’ont rien investi pour les habitants non
juifs, et aussi qu’il s’agit d’une véritable révolution
par rapport au rôle rempli par l’Agence dans la « judaïsation
de la Galilée », au cours des années 50 et 60.
Le
président de l’Agence considère ces investissements comme le début
d’un chemin. D’après lui, les habitants non juifs du nord
continueront à bénéficier de projets dans des domaines comme le
parascolaire, le soutien aux étudiants et aux petites
entreprises. L’Agence investira aussi dans la construction de
centres culturels dans une dizaine de localités non juives –
druzes, chrétiennes et musulmanes.
Une étiquette pernicieuse
Cette
nouvelle politique a reçu, comme attendu, les compliments de
nombreuses organisations qui promeuvent l’égalité entre Juifs
et Arabes, mais elle a aussi réussi à en irriter plus d’un. Au
sein du Likoud, de la Fédération Sioniste, de la droite juive
aux Etats-Unis et même parmi les Arabes d’Israël, il en est
qui considèrent que l’Agence doit continuer à ne se préoccuper
que des Juifs.
Par
exemple, Amir Makhoul, directeur d’Ittijah, une organisation
rassemblant diverses asbl arabes, ne voit dans tout cela que
politique. Amir Makhoul ne reconnaît pas de légitimité à Israël
comme Etat juif et s’oppose, par principe, à l’idée de
recevoir quelque soutien que ce soit de l’Agence Juive. « C’est là une question qui doit constituer, selon nous, une ligne
rouge. L’Agence n’existe pas pour s’occuper de la population
arabe. Elle œuvre en faveur du peuple juif et d’un Etat juif.
Des Arabes qui prennent de l’argent de l’Agence, acceptent par
là son hypothèse de travail qui est qu’Israël existe pour les
Juifs ». C’est avec élégance que Shawki Khatib, président
du Comité Supérieur Arabe de Surveillance, et personnalité
centrale parmi les chefs des conseils arabes locaux, a éludé la
question posée par Haaretz sur sa position à l’égard de la collaboration avec l’Agence
Juive. Un responsable au sein d’une organisation en faveur de
l’égalité entre Juifs et Arabes a déclaré à Haaretz
que « pour beaucoup
d’Arabes, il y a un problème énorme à prendre de l’argent
de l’Agence, principalement à cause de son activité de judaïsation
de la Galilée, dans les années 50 et 60. Ils préfèrent que
cela vienne du gouvernement ».
Cette
activité au sein du secteur non juif suscite des échos
outre-atlantique. La quasi-totalité du financement des actions de
l’Agence dans le nord provient de l’UJC, l’Union des
Communautés Juives d’Amérique du Nord [United
Jewish Communities of North America], dans le cadre
d’une campagne de collecte de fonds faite dans l’urgence suite
à la guerre et qui a mobilisé plus de 300 millions de dollars.
Au cours des discussions de l’assemblée générale des
communautés juives américaines qui se tiendra la semaine
prochaine à Los Angeles, cette campagne de collecte de fonds et
ses résultats seront au centre des débats, et l’activité dans
le secteur non juif est déjà devenue une question qui focalise
un intérêt exceptionnel parmi les délégués.
Le
directeur général de l’Agence, Moshe Vigdor, dit que « dans la plupart des communautés, on comprend aujourd’hui que
s’occuper des minorités assure la force d’Israël comme Etat
démocratique ». Le directeur général du Joint-Israel
[JDC-Israel], Arnon Mantver, se montre plus circonspect :
« Il y a assurément
un changement assez spectaculaire, mais il est trop tôt pour dire
que la question fait maintenant l’objet d’un consensus. Je ne
sais pas si tout le monde (aux Etats-Unis) l’acceptera ».
Le
5 octobre, des centaines de donateurs de l’UJC ont reçu un
courriel ayant pour titre : « Un
tiers de l’argent mobilisé par l’UJC est destiné à des
Arabes qui haïssent Israël ». L’auteur du message était
Helen Freedman, ancienne directrice générale de l’organisation
« Americans
for a Safe Israel », considérée comme un indicateur de
la droite au sein de la communauté juive des Etats-Unis. « Avez-vous
réalisé qu’une part énorme de vos dons iront à des Arabes
qui soutiennent le Hezbollah ? », demandait Helen
Freedman.
Le
président du Likoud mondial à la Fédération sioniste, Danny
Danon [qui a été président du Bétar Mondial… - NdT] est de ceux qui
ont soutenu l’initiative d’Helen Freedman. Il dit n’être
pas opposé à l’octroi d’une aide unique à des non-juifs,
mais dès lors que cela devient une orientation, un problème
surgit : « Le Juif de Miami qui donne de l’argent aujourd’hui dans le cadre de
la campagne de collecte de fonds pour Israël lancée par l’UJC,
aurait préféré donner ses mille dollars à une université ou
un hôpital s’il avait su que 30% de l’argent irait à des
Arabes ».
John
Ruskay, directeur général de la Fédération Juive de New York,
ne comprend pas ce que raconte Danny Danon. Beaucoup parmi les
donateurs n’ont en réalité pas encore intégré à quel point
était élevée la proportion de non-juifs qu’il y a parmi les bénéficiaires
des services offerts par les universités et les hôpitaux israéliens,
dit-il, mais « tout
don accordé à une institution publique est en fait un don fait
à l’ensemble des citoyens d’Israël, et la majorité des
institutions publiques sont fières d’offrir leurs services aux
non-juifs également ».
Au
niveau du soutien qu’elle a mobilisé, Helen Freedman n’a pas
dépassé les marges de la droite du milieu juif américain.
Quelques personnalités du courant principal, dont Stephen
Savitsky, président de l’Union des communautés orthodoxes, ont
d’abord exprimé leur étonnement devant l’attitude de l’UJC
mais ont changé d’avis après avoir obtenu des explications.
Les principaux journaux juifs également, à commencer par le
« Jewish Week »,
ont choisi d’adopter une position de soutien à l’aide à des
non-juifs. John Ruskay tient cette campagne pour un « moment de pédagogie » qui a obligé de nombreux Juifs à se
confronter à la signification de l’Etat d’Israël comme Etat
démocratique et juif tout à la fois.
Mais
en un sens, Helen Freedman est parvenue à obtenir ce qu’elle
voulait : l’étiquette pernicieuse de « changement
controversé » a été appliquée à la question de
l’assistance aux citoyens non juifs d’Israël. A l’UJC, on
évite comme la peste les sujets qui suscitent la controverse, de
crainte que cela n’affecte l’ampleur de la mobilisation
annuelle de fonds. Le directeur général de l’UJC en Israël et
vice-président de l’organisation, Nahman Shaï, confirmait à Haaretz,
la semaine dernière, que la question « suscitait
des réserves chez des donateurs ».
Il y a aussi des Arabes ici
Les
Juifs américains qui donnent de l’argent pour Israël sont passés
par un processus saisissant de découverte de ces 24% de citoyens
israéliens qui ne sont pas juifs. Le Joint-Israel, dont
l’essentiel de l’activité est financé par l’UJC, fournit
depuis les années 80 une assistance humanitaire aux personnes âgées
et handicapées sans distinction ethnique ou religieuse. Mais en
dehors de cette activité, l’aide au secteur non juif est perçu
comme la lubie de quelques-uns. L’un d’eux était le
millionnaire Alan Slifka qui a fondé, il y a 17 ans, le Fonds
Abraham. L’actuel directeur général du Fonds, Amnon
Be'eri, dit que, jusqu’il y a peu d’années, aucun
organisateur de délégations de donateurs américains n’aurait
envisagé d’organiser la rencontre de ses hôtes avec des Israéliens
non juifs. « Les Bédouins,
les Druzes et les Arabes musulmans étaient transparents au regard
des donateurs. Tout simplement inexistants. »
Le
tournant s’est produit lors des émeutes d’octobre 2001. Les
événements violents, et plus encore les conclusions de la
Commission Or, ont pour la première fois révélé aux dirigeants
des grandes fédérations juives aux Etats-Unis le problème de la
discrimination des Arabes israéliens. L’un des organismes qui a
sensiblement renforcé son implication, a été la fédération
juive de New York. John Ruskay explique qu’à partir du moment où
la Commission Or et d’autres instances ont mesuré l’ampleur
du problème et le risque qu’il représentait pour l’Etat d’Israël,
une part sans cesse croissante des Juifs new-yorkais en ont pris
conscience. Selon lui, « ceux
qui en ont le plus conscience sont ceux qui se sentent le plus
obligés à l’égard d’Israël et qui comprennent parfaitement
la complexité des défis auxquels il est confronté ».
John
Ruskay insiste néanmoins sur le fait que les Juifs des Etats-Unis
ne sont pas prêts à partager avec le gouvernement israélien la
responsabilité à l’égard des Arabes d’Israël. Mais d’un
autre côté, il croit que ce qui est considéré comme un intérêt
existentiel pour Israël constitue aussi un intérêt pour les
Juifs des Etats-Unis. « S’il
y a une leçon que nous avons apprise, ces dernières années,
c’est que nous partageons non seulement une histoire commune,
mais aussi un destin commun et que notre avenir dépend de
l’avenir d’Israël et inversement ».
(Traduction
de l'hébreu : Michel Ghys)
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