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Ha'aretz
Diplomatie à l'horizon
Aluf Benn et Shmuel Rosner
[les grandes
manoeuvres diplomatiques se sont mises en branle. Avec, pour
"horizon", en attendant, un isolement croissant d'Israël
si Olmert ne sort pas indemne du rapport Winograd suite à la
guerre au Liban, et un changement de ton à Washington. Analyse de
différentes hypothèses.]
Ha'aretz, 20 avril 2007
http://www.haaretz.com/hasen/spages/850661.html
Quelque chose est en train de bouger sur le front diplomatique.
Les faits :
1/ Des proches du président Mahmoud Abbas ont affirmé à des
amis du côté de la gauche israélienne que, cette fois, ils étaient
ressortis satisfaits de leur rencontre de dimanche dernier avec le
premier ministre Ehoud Olmert.
2/ Le lendemain, un accord entre Palestiniens a été trouvé sur
la suspension des tirs de roquettes Qassam sur Israël depuis la
bande de Gaza. Depuis, seuls quatre tirs de mortiers ont été
constatés.
3/ Pour la première fois, Olmert a accepté de parler
"d'horizon diplomatique" avec Abbas et de commencer à
discuter des règles économiques et sécuritaires qui prévaudraient
entre Israël et le futur Etat palestinien.
4/ Pour la première fois de son histoire, la Ligue arabe a nommé
une délégation chargée de faire avancer son initiative auprès
d'Israël.
5/ Le point de passage frontalier de Karni, principale artère
pour l'économie de Gaza, s'est rouvert cette semaine, très
agrandi.
6/ Le général américain Keith Dayton a reçu un budget pour
l'entraînement et l'équipement de la garde présidentielle
d'Abbas et pour le cabinet de son conseiller aux affaires de sécurité,
Mohammed Dahlan.
Comment interpréter ces signes? Cela dépend à qui on s'adresse.
Du côté du cabinet d'Olmert, on s'exprime avec précaution. Il y
a encore beaucoup de travail, dit-on, et on verra où tout cela mène.
Olmert espérait une
rencontre avec les Saoudiens, avec une grosse couverture médiatique,
en guise de conférence de paix régionale, et il a essuyé un
refus. En fait, la délégation de la Ligue arabe sera composée
de l'Egypte et de la Jordanie, qui parlent à Israël tout au long
de l'année. Aucune image enthousiasmante à exploiter. Les Arabes
ne se hâtent pas d'aider Olmert, sachant les critiques publiques
qu'il subit et la publication à venir des conclusions de la
commission Winograd (1). Peut-être attendent-ils, comme tous les
Israéliens, de voir comment Olmert survivra au rapport de cette
commission pour, après, réfléchir aux actions à mener
Ce nouveau souhait d'Olmert de parler avec d'Abbas "d'horizon
diplomatique" peut s'interpréter de deux manières.
Soit il s'agit d'un renoncement au principe de fer de Sharon, qui
consistait à ne pas évoquer de principes diplomatiques avant que
les Palestiniens n'extirpent le terrorisme et ne "deviennent
des Finlandais", selon les termes de l'ancien conseiller de
Sharon, Dov Weissglas. Sharon soupçonnait un piège, où Israël
serait forcé à accepter un accord définitif sur les bases de
Clinton ou de Barak, ou risquerait d'être accusé de refuser la
paix. Il s'est donc toujours abstenu, à tout prix, de toute négociation,
chaque fois avec un nouveau prétexte. Une fois, "7 jours de
calme", puis le remplacement des dirigeants palestiniens, et
quand cela non plus n'a plus suffi, il a évacué les colonies de
Gaza. Ainsi, il s'est acheté un certain répit.
Bien qu'Olmert, toujours selon cette version, continue à parler
de la "Feuille de route" et de refuser de parler de Jérusalem,
des frontières finales ou des réfugiés palestiniens, à partir
du moment où il a accepté de parler avec Abbas de
"l'horizon diplomatique", ne serait-ce que pendant 40
minutes comme dimanche dernier, la route est de nouveau tracée
vers des propositions mises en attendant au placard, de Camp David
à Taba. Le monde accepte la demande d'Abbas de parler d'accord définitif,
et exerce une pression considérable sur Olmert, en lui demandant
d'agir vite. Cette pression affaiblirait lentement la capacité d'Olmert
à dire non, ainsi que ses positions dans les négociations.
Absurde, dit une autre version. Olmert, compte tenu de sa position
très fragile dans les sondages, ne dispose pas du soutien nécessaire
pour un acte diplomatique aussi spectaculaire, et si jamais il
essayait, il risquerait de
perdre ses alliés dans sa coalition : le parti d'Avigdor
Lieberman et Shas. Abbas peut continuer à parler, mais il n'est
pas en position de parvenir à un accord, et en tout cas,
certainement pas de le faire appliquer. Dans ces circonstances,
Olmert ne fait qu'essayer de calmer Condoleezza Rice au meilleur
prix possible. Il a donc accepté les rencontres bi-mensuelles
avec Abbas, et d'employer de jolies expressions comme
"l'horizon diplomatique".
Quoi qu'il en soit, avant toute chose, Olmert doit libérer Gilad
Shalit, puis essuyer les critiques inévitables qui accompagneront
la libération de meurtriers terroristes [palestiniens, dans le
cadre d'un échange de prisonnier, ndt]. Alors seulement, et s'il
sort indemne du rapport Winograd, il pourra réfléchir sérieusement
à un horizon diplomatique.
Alabama : un 3/5ème d'homme
Et que veut Condoleezza Rice? Le mois prochain, elle sera par deux
fois dans la région, au sommet des voisins de l'Irak, à Sharm
el-Sheikh, et à la conférence du Forum économique en Jordanie,
d'où elle fera des sauts à Jérusalem et à Ramallah. Avant sa
visite, les Américains présenteront à Olmert une liste de
"tests d'application", dont ils évalueront les résultats
: la guerre au terrorisme par les Palestiniens, et les
mesures prises par Israël pour soulager la vie des Palestiniens
dans les territoires. Les proches de Rice ont été très fâchés
des informations négatives dans la presse israélienne qui ont
suivi sa dernière visite à Jérusalem. Ils pensaient qu'elle méritait
davantage pour ses efforts et ses réussites, et des "sources
au sein de l'administration américaine" (soit, en langage
journalistico-diplomatique, Rice elle-même, ndt) ont laissé
filtrer aux agences de presse que, dès cet été, des progrès
importants seraient réalisés dans les pourparlers entre Israël
et les Palestiniens. Rice, soulignent ceux qui travaillent avec
elle sur le dossier israélo-palestinien, a le soutien plein et
entier du président Bush. Les allusions à un soi-disant fossé
entre leurs positions, disent ces officiels, indiquent que, soit
la presse a tout faux, soit que ses sources (probablement des
fonctionnaires ou des élus du gouvernement israélien) ont tout
faux. Il vaudrait mieux, dit l'un des fonctionnaire de
l'administration américaine, accepter les choses comme elles
sont, et non espérer des fissures qui permettraient à Israël de
manœuvrer entre Rice et son patron. Quant à l'engagement de Rice
elle-même, personne ne le conteste, en particulier cette semaine.
Car cette semaine, Rice a eu une longue conversation avec un
groupe de correspondants étrangers, au cours de laquelle , entre
autres choses, on lui a demandé comment elle concevait la
contradiction entre l'argent dépensé par les Etats-Unis pour améliorer
son image dans le monde arabe et "la tension
croissante en Palestine, au Liban, en Irak et en Somalie."
Elle a répondu longuement, mais la partie la plus intéressante
de sa réponse a été quand elle a évoqué son expérience
personnelle : "Mes ancêtres, dans la première Constitution
américaine, étaient des 3/5èmes d'hommes, mais depuis, nous
avons fait des progrès. Et je ne suis même pas le premier secrétaire
d'Etat noir (Colin Powell l'a été avant elle)." La solution
au Moyen-Orient, comme aux Etats-Unis, a-t-elle dit, passe par
"des sociétés plus ouvertes". Et "personne n'est
plus résolu que moi à tenter de les résoudre."
Déclaration générale suivie d'un exemple, celui du conflit israélo-palestinien
: "Ce gouvernement est absolument et ce président est
absolument engagé à y arriver, à la création d'un Etat
palestinien."
Pour les analystes américains, Rice vise à parvenir à un accord
de principe sur la création d'un Etat palestinien "héritage
de Bush" dont il reviendra à l'homme ou à la femme qui lui
succèdera de le mettre en oeuvre.
Satisfaction palestinienne à Washington
Le ministre palestinien des finances, Salam Fayyad, n'a fait aucun
effort pour cacher son sourire de satisfaction. Sa rencontre avec
Condoleezza Rice, qui n'avait pas été annoncée à l'avance, n'a
été qu'un des éléments de sa conquête de l'Amérique (2),
comme s'il n'y avait jamais eu d'accord de La Mecque. Les Américains
travaillent maintenant, encouragés par Fayyad, mais aussi de leur
plein gré, à des formules qui permettraient de faire parvenir
des fonds aux Palestiniens de manière plus efficace. A cet effet,
Fayyad a rencontré également des fonctionnaires du Trésor américain.
L'intention est de transférer des fonds sur des comptes
appartenant au Fatah et dont Fayyad a le contrôle, et non au
gouvernement auquel participe le Hamas. L'administration américaine
ne s'est pas excusée pour cette rencontre de haut niveau, au
contraire. "C'est notre manière de faire la distinction
entre les extrémistes et les modérés", a dit un officiel
haut placé.
Israël, pour le moment, garde le silence. Ce n'est pas le moment
de se quereller avec les Américains. Par des canaux discrets, des
questions ont été transmises concernant les futures mesures
financières, pour tenter d'assurer que la fin du boycott économique
international [imposé à l'Autorité palestinienne, ndt] ferait
du boycott israélien une plaisanterie. Encore une fois, Israël
en sortirait comme le seul qui refuse, qui n'ouvre pas son
porte-feuille et qui garde pour lui le produit des taxes
palestiniennes.
Cette semaine, Israël s'est retrouvé dans la position du refus,
à l'occasion d'une rencontre de dialogue financée par l'homme
d'affaires S. Daniel Abraham, un proche d'Olmert. L'Israël
officiel a boycotté l'événement, selon les instructions d'Olmert,
et le vice-ministre de la défense Ephraïm Sneh, qui était censé
y participer, est resté chez lui. L'ancien ambassadeur américain
en Israël, Martin Indyk, qui dirige le centre qui accueillait la
conférence, n'a pas caché sa position : "Il est difficile
de croire que Fayyad constitue une menace pour Israël." Il a
également prédit qu'à l'avenir, Israël n'aurait pas d'autre
choix que de se retrouver, d'une façon ou d'une autre, dans la même
salle que Fayyad, par exemple lors d'une réunion internationale
de ministres des finances.
(1) La commission Winograd, du nom de son président,est chargée
de tirer les conclusions des dysfonctionnements qui ont eu lieu
lors de la guerre au Liban, l'été dernier.
(2) Voir l'article de Salam Fayyad : "Les Palestiniens ne
veulent pas être une nation de mendiants" : http://www.lapaixmaintenant.org/article1576
Traduction : Gérard
pour

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