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La Croix.com
La
brèche de Gaza
Agnès Rotivel

Des Palestiniens franchissent librement,
mercredi 23 janvier,
la frontière entre la bande de Gaza et l'Egypte, au point de
passage de Rafah
(photo Moussa/AP).
Des dizaines de milliers de Palestiniens ont
franchi mercredi 23 janvier la frontière égyptienne dont la clôture
a été dynamitée. Le fonctionnement du poste frontière de Rafah, ville
palestinienne située dans le sud de la bande de Gaza, est
régi depuis le 15 novembre 2005 par un accord israélo-palestinien
parrainé par les États-Unis, qui n’a jamais vraiment
été appliqué. Pourtant, il avait suscité à l’époque une déclaration
triomphale de la secrétaire d’État américaine,
Condoleezza Rice : « Je suis heureuse d’annoncer
aujourd’hui qu’Israël et l’Autorité palestinienne
sont parvenus à un accord sur l’accès et la liberté
des mouvements des Palestiniens dans la bande de Gaza. » Réservé au passage des personnes, le terminal de Rafah
est situé un peu à l’écart du centre de la ville de
100 000 habitants, dont la moitié vivent dans des camps
de réfugiés de part et d’autre de la frontière. Mais
celle-ci, matérialisée par de hautes parois en béton ou
en métal, ou par des murs surmontés de fils de fer
barbelés, court sur les 14 km de long de la ligne dite «
de Philadelphie », de la mer à la pointe sud de la bande
de Gaza. L’accord sur Rafah est resté lettre morte L’accord
de Rafah prévoyait que, côté égyptien, 750
paramilitaires égyptien, avec armement léger, véhicules
blindés et lunettes à infrarouges, patrouillent le long
de la frontière égyptienne, en plus d’un nombre indéterminé
de policiers non armés.
Environ 90 observateurs européens pour l’assistance
frontalière (Eubam) devaient superviser l’accord. Ils
sont partis en juin. Dans la réalité, l’accord sur
Rafah, comme tant d’autres concernant ce conflit, est
resté lettre morte. Pour plusieurs raisons : bien que
situé entre Gaza et l’Égypte, Israël – qui y
dispose de caméras – n’a jamais accepté de perdre le
contrôle de ce point de surveillance. Pour le superviser, les observateurs européens devaient,
pour se rendre à Rafah, passer par un poste frontière
israélien, fermé la plupart du temps. Le seul refus
d’Israël de coordonner les opérations entre l’Égypte,
les observateurs européens et l’Autorité
palestinienne, entraînait de facto la fermeture du point
de passage. Israël a eu une réaction très mesurée Avant le
retrait de l’armée et des colons israéliens de la
bande de Gaza en septembre 2005, environ 700 passagers
empruntaient quotidiennement le terminal de Rafah, soit
une moyenne de 260 000 personnes par an, selon le bureau
humanitaire des Nations unies (Ocha).
Après le retrait, le passage a été quasiment fermé,
surtout après l’enlèvement en juin 2006 du soldat israélien
Gilad Shalit par un commando palestinien à la lisière de
la bande de Gaza et depuis le « coup d’État » du
Hamas à Gaza en juin 2007. Les Palestiniens ont recommencé
à utiliser les tunnels construits sous la frontière, par
lesquels passaient tous les trafics, armes, nourriture,
cigarettes, etc. Or, l’ouverture du poste frontière de Rafah est vitale
pour l’économie palestinienne, surtout depuis qu’Israël
impose un blocus à Gaza et maintient hermétiquement fermés
tous les autres postes frontières depuis le 17 janvier. Lundi, sous la pression internationale, un peu de fioul a
pu être livré, pour faire fonctionner l’unique
centrale électrique de la bande de Gaza, qui fournit pour
un tiers des besoins des 1 500 000 Palestiniens vivant sur
ce petit territoire. Mercredi, Israël a eu une réaction très mesurée. Elle
s’est déclarée « inquiète », craignant que les brèches
à la frontière de Rafah « permettent au Hamas de faire
entrer facilement des armes et des terroristes en
provenance d’Égypte ». Dans les faits, mercredi, les
Palestiniens sont surtout allés faire leur marché, avant
de revenir chez eux. Le voisin égyptien a laissé rentrer les Palestiniens
sur son sol L’État hébreu
justifie l’asphyxie économique de Gaza par les tirs de
roquette palestiniens contre les localités israéliennes,
de l’autre côté de la frontière. Des observateurs
confient eux, qu’Israël espère qu’à la suite des
difficultés économiques qu’ils rencontrent, les
Palestiniens se retourneront contre le Hamas.
Peine perdue, les sondages montrent que le poids du
mouvement islamique dans l’opinion palestinienne ne
cesse de se renforcer, d’autant que le président
palestinien, Mahmoud Abbas, est à la peine dans ses négociations
de paix avec le gouvernement israélien. L’annonce, mercredi, de la municipalité israélienne de
Jérusalem qui a déclaré avoir obtenu les autorisations
pour la construction de près de 2 500 logements dans les
quartiers de colonisation de Jérusalem-Est annexés,
n’arrangera pas la crédibilité du président
palestinien. Face à l’inéluctable, le voisin égyptien, qui
administra en d’autres temps la bande de Gaza, a laissé
rentrer les Palestiniens sur son sol. Le président Hosni
Moubarak a affirmé que les forces de sécurité égyptiennes
avaient « accompagné » les Palestiniens de Gaza,
« qui souffrent de famine en raison du blocus israélien
», à venir s’approvisionner à Rafah. Haniyeh a lancé un appel pour une réunion avec le
Fatah Dans le même
temps, les services de sécurité égyptiens ont arrêté
plus de 500 personnes au Caire lors d’une manifestation
en faveur des Palestiniens de la bande de Gaza. Ils ont été
interpellés lors de la dispersion par les forces de
l’ordre d’une manifestation organisée par les Frères
musulmans devant le siège de la Ligue arabe, au
centre-ville.
Le premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a lancé
mercredi un appel pour la tenue d’une réunion
d’urgence en Égypte, avec ses rivaux du Fatah et avec
le gouvernement égyptien. « Nous sommes prêts à nous
asseoir avec les frères égyptiens et les frères de
Ramallah, lors d’une réunion d’urgence au Caire, pour
établir des arrangements sur l’ouverture du point de
passage de Rafah et de tous les autres points de passage.
» Il a réclamé l’ouverture des passages frontaliers «
sur la base d’une participation nationale », ce qui
veut dire que le Hamas serait prêt à céder une part du
contrôle de ces passages au gouvernement du président
palestinien Mahmoud Abbas. « Nous ne voulons pas être
les seuls à contrôler ces affaires », a déclaré Ismaïl
Haniyeh. Parallèlement, à la demande des pays arabes et
islamiques qui ont réuni 21 signatures sur les 47 pays
membres du Conseil, le Conseil des droits de l’homme des
Nations unies a organisé mercredi une session
extraordinaire pour examiner la situation dans les
territoires palestiniens occupés. Une réunion boycottée
par les États-Unis et Israël. Le Conseil des droits de l’homme devait se pencher sur
un texte proposé par le Pakistan au nom de
l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et la
Syrie au nom du groupe des États arabes. À New York, le
Conseil de sécurité de l’ONU devait reprendre sur le même
thème une réunion interrompue la veille faute
d’accord, les pays arabes voulant faire adopter un texte
condamnant le blocus par Israël. Agnès Rotivel Publié le 24 janvier 2008
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