.["Les
sociétés arabes ont souvent connu des jours difficiles, mais
celui-ci est le pire dans l'histoire arabe." Cette tribune
reflète probablement un sentiment répandu dans le monde arabe]
Asharq Al-Awsat, 17 juin 2007
http://www.asharqalawsat.com/english/news.asp?section=2&id=9298
La pire des insultes faites à la nation palestinienne, qui a
constaté avec embarras et dépit ce qui s'est passé sous ses
yeux. La scène a été terrible. Ce fut l'un des pires massacres
dans l'histoire de Gaza. Les soldats du
Hamas ont tué des dizaines de membres du Fatah. Ceux qui étaient
encore en vie et levaient leurs armes en signe de reddition, ils
les ont tirés de chez eux pour les abattre, devant des miliciens
du Hamas faisant le "V" de la victoire et déclarant,
toute honte bue, qu'ils avaient libéré Gaza.
Qu'est-ce qui se passe? N'est-il pas absurde que le Hamas
choisisse de combattre le Fatah alors que les Israéliens ne se
trouvent qu'à un jet de pierre? Le Hamas pouvait-il se contenter
de n'être qu'un simple instrument aux mains des Iraniens pour
saboter la situation et déstabiliser la région, comme il l'a
fait l'été dernier, quand il avait enlevé un soldat israélien
et qu'en représailles, Israël s'en était pris au Hamas? Cette
fois, le Hamas a choisi de s'attaquer aux QG du Fatah et aux
bureaux de la présidence, et de poursuivre ses fonctionnaires. Il
a donc gagné la bataille sur le terrain. Mais quelle sorte de
victoire le Hamas célèbre-t-il exactement?
Le Hamas a enterré la cause palestinienne et jeté aux orties le
respect du monde à l'égard des droits des Palestiniens. Bien
plus, il a amélioré l'image d'Israël et saboté tout espoir
d'un Etat palestinien indépendant. Ce qu'a accompli le Hamas
n'est que le début d'une dissidence qui dit adieu à la cause et
bienvenue à une guerre fratricide.
Les sociétés arabes ont souvent connu des jours difficiles, mais
celui-ci est le pire dans l'histoire arabe. Pour cette raison, le
monde arabe doit prendre une position tranchée, et ne pas
accepter la partition de la Palestine, même si elle est le fait
de son propre peuple. Le monde arabe n'accepte pas le silence
alors qu'un parti palestinien en massacre un autre.
Le monde arabe n'acceptera pas qu'un premier ministre limogé [Ismaïl
Haniyeh] annonce son soutien aux tueries, à l'anarchie, aux
pillages, aux incendies et à la vengeance contre les Palestiniens
du Fatah et de
l'Autorité palestinienne (AP), et à la prise de ses QG et de ses
bureaux, comme l'ont fait les hommes de Haniyeh. Le monde arabe
doit prendre une position claire et ferme, et annoncer qu'il
soutient la légitimité que
représente l'AP, et non le Hamas ou le Fatah. Cette légitimité
s'incarne avant tout par son président, qui a provoqué des élections,
admis le Hamas dans la compétition électorale, respecté ses résultats,
et donc nomme Ismaïl Haniyeh premier ministre, en lui accordant
tout le soutien nécessaire.
Aujourd'hui, le président Mahmoud Abbas a été forcé de limoger
Haniyeh. Celui-ci connaissait, et peut-être soutenu, les crimes
qui ont été commis. Il a été limogé parce qu'il a été celui
qui a annoncé l'abolition de l'AP et permis à ses hommes de
supprimer tous les postes qui symbolisaient cette autorité. Le
porte-parole officiel du Hamas a annoncé que la bande de Gaza était
libérée de sa bande de traîtres, ce qui voulait dire de l'AP
elle-même.
Tout le monde sait que Mahmoud Abbas a montré beaucoup de
patience envers Haniyeh, le Hamas et ses pratiques, son mépris
pour les accords signés, le fait qu'il a porté ses armes contre
l'AP, outre ses relations avec l'Iran et le fait qu'il permettait
à Khaled Mesh'al de diriger le Hamas depuis la Syrie.
Pendant des mois, Abbas a refusé les exigences du Fatah de
retourner vers le peuple par des élections anticipées, par
lesquelles il pourrait exprimer son point de vue sur ceux qu'il
souhaitait voir diriger la Palestine. Le Hamas ne veut pas de la décision
du peuple, car il sait que les Palestiniens sont extrêmement déçus
de sa manière de gouverner. Le Hamas n'a ni combattu Israël, ni
respecté les accords, ni soulagé les souffrances d'un peuple qui
a survécu aux pires moments qu'ont connus les territoires
palestiniens occupés depuis le début de l'occupation israélienne.
La Ligue arabe doit reconnaître la légitimité du président
[Abbas] et laisser les Palestiniens choisir leur premier ministre
par les élections. S'ils veulent Haniyeh, alors il doit rester.
S'ils n'en veulent pas, un autre candidat doit se présenter, qui
aura leurs faveurs.
* Abdoul Rahman Al-Rashed est directeur général de la chaîne de
télévision Al-Arabiya, ancien rédacteur en chef de Asharq
Al-Awsat, de l'hebdomadaire Al Majalla. Il publie également des
tribunes dans les quotidiens Al Madina et Al Bilad.