30 novembre 2006
Quiconque nie que la division de la scène palestinienne est
fonction du rapport de forces régional préfère
se gargariser des vains slogans et prouve qu'il n'a pas
la capacité de résister. Certains préfèrent parler
à profusion de l'importance de l'unité nationale
palestinienne, de l'unité du sang, de l'ennemi commun
qui ne distingue pas entre un Arabe et un autre, un
Musulman et un autre, mais se cache en même temps des réalités
claires qui montent à la surface, en force, de
temps à autre, et notamment au cours des crises.
La crise financière que vit actuellement la Palestine
n'est pas uniquement un acte irresponsable de
l'Occident, mais exprime clairement une volonté de
faire plier les bras dans la région arabo-musulmane. Il
ne s'agit pas d'exprimer la colère occidentale contre
le peuple palestinien parce qu'il a choisi ceux qui sont
accusés de terrorisme, mais il exprime aussi la colère
de certains palestiniens et arabes au sujet de la
situation en Palestine. Les élections ont constitué
une nouvelle balle entre les mains de ceux qui sont hostiles
aux Etats-Unis et à Israël et par conséquent, il
s'agit d'une nouvelle balle qui n'est pas dans l'intérêt
des forces soutenant les Etats-Unis et Israël et leurs
alliés, et également ceux qui gravitent autour. C'est
pourquoi certains secteurs palestiniens, des Etats
arabes et des banques arabes participent au blocus
financier imposé contre le peuple palestinien, le but
étant de faire tomber le gouvernement du Hamas.
Personne ne peut nier que des Palestiniens participent
au blocus contre les Palestiniens, et qu'il y a des
Palestiniens qui encouragent les grèves des
fonctionnaires palestiniens protestant contre le non
paiement des salaires, et ce sont les mêmes qui
incitent les Etats occidentaux à ne pas envoyer de
l'argent. Ils encouragent la grève et empêchent que
l'argent arrive aux grévistes. Ces Palestiniens
constituent une partie de l'équation du conflit ou de
la concurrence dans la région dont les traits
commencent à surgir depuis quelque temps.
Actuellement, il y a un axe non déclaré qui englobe le
Hizbullah, la Syrie, l'Iran et quelques organisations de
la résistance palestinienne, et un autre qui rassemble
les Etats-Unis, Israël, des Etats arabes et quelques
organisations palestiniennes. Ces deux axes assistent
depuis quelques années à un rejet réciproque qui
s'est exprimé lors de la sixième guerre contre le
Hizbullah. Et les élections palestiniennes sont
venues pour embraser le feu face à l'axe américano-israélien.
Il est clair que la région se dirige rapidement vers
une polarisation, et plusieurs Etats arabes
commencent à prendre place dans ces pôles. Sur la scène
palestinienne, il y a une importante conscience
populaire vis-à-vis des changements dans les rapports
de force, plusieurs organisations étaient déjà prêtes
à cette polarisation, et beaucoup de palestiniens ont
tranché leur position et attitude.
Il est vrai qu'il y a des discussions palestiniennes au
sujet de la constitution d'un gouvernement d'unité
nationale et des moyens nécessaires pour lever les
obstacles à l'arrivée des aides financières
occidentales au peuple palestinien, mais celui qui
examine les bases de ce gouvernement promis trouvera
qu'il est inconsistant. Le gouvernement promis se
base sur le document de l'entente nationale
palestinienne qui regorge de contradictions, comme
l'appel à la reconnaissance de la légalité
internationale et à la résistance sous toutes les
formes. Hamas s'accroche aux textes qui concordent avec
son programme et Fateh s'accroche avec ce qui lui semble
bon, et le gouvernement reste ainsi suspendu par les
interprétations contradictoires, ce qui signifie que le
gouvernement ne pourra pas durer s'il est constitué.
Il y a un regard international et régional qui
surveille, juge et coordonne avec la partie
palestinienne qu'il approuve. Les Etats-Unis et ses alliés
ne sont pas satisfaits de la longue vie du gouvernement
du Hamas qui devait, selon eux, tomber dans les deux ou
trois mois après sa formation, et l'Iran et la Syrie
souhaitent que le Hamas poursuive ses tactiques
politiques réussies afin que la scène palestinienne
reste hors de la volonté américano-israélienne. Les
deux parties palestiniennes ne sont pas séparées des
autres éléments de l'équation régionale, mais sans
signifier qu'elles sont des outils entre les mains des
autres. Des Palestiniens comme les libéraux se considèrent
comme faisant partie de la civilisation occidentale, et
ont hâte que le conflit arabo-israélien se termine
selon la vision américano-israélienne, et il y a des
Palestiniens comme les religieux qui se considèrent
comme faisant partie de la civilisation arabo-musulmane,
et que le Musulman à Karachi, à Téhéran ou à
Damas est un frère qui participe à l'affrontement
contre l'invasion américano-israélienne.
Ce qui signifie que les éléments qui soutiennent les
parties palestiniennes ne sont pas seulement
palestiniennes et que la décision de toute partie ne se
prend pas en dehors de sa propre vision des choses dans
la région. Chaque partie se trouve en fin de compte en
coordination directe ou indirecte, matérielle ou
morale, avec ceux qu'elle considère comme étant ses
alliés dans la région. Si un regroupement palestinien
se réalisait sans traduire le rapport actuel des forces
dans la région, il se trouvera hors du cadre de la
concurrence entre les forces, et il se transformera en
regroupement local soumis à la concurrence régionale,
et la question palestinienne deviendra une question pour
ceux qui luttent hors du cadre du regroupement local.
La question palestinienne n'est plus une question
seulement palestinienne, du point de vue pratique. La scène
arabe s'était remplie auparavant de slogans affirmant
l'arabité de la question palestinienne et la
responsabilité des Arabes, mais elle n'avait pas trouvé
un terrain propice à son acuité. Mais les choses
semblent différentes actuellement, puisque les slogans
partent précisément de Téhéran ou du Hizbullah, et
elles sont concrétisées par des préparatifs
militaires sérieux qui sont apparus au sud du Liban. Ce
sérieux du défi à Israël rendra les forces
palestiniennes marginales, si elles décident de rester
hors de l'équation. Pour ces raisons, la scène
palestinienne restera dans une polarisation importante,
entre ceux qui veulent aller dans la voie du défi régional,
et ceux qui donnent l'illusion au public qu'ils défendent
la décision nationale palestinienne indépendante.
Cette polarisation s'est clairement exprimée au sujet
de la victoire du Hizbullah : il y a des Palestiniens
qui discutent avec force, même plus que Samir Geagea,
affirmant que le Hizbullah a été défait au sud, et il
y a d'autres qui considèrent que la victoire du
Hizbullah est le début de la fin d'Israël.
Source : ar-Rasid pour la documentation médiatique
Abdel Sattar Qasim,
professeur de sciences politiques à l'Université
an-Najah (Nablus)